Macky et l'équation du pouvoir


Macky et l'équation du pouvoir

  • De l’Affaire Dangote et de l’influence néfaste de l’entourage présidentielle
Un adage surement galvaudé dit : « Derrière chaque grand homme, il y a une grande dame ». Mais il faut remarquer aussi que derrière chaque grande déchéance d’un homme de pouvoir, le plus souvent accompagnée d’un désastre social, il y a l’influence prépondérante d’une femme dont la soif de pouvoir conduit l’époux sur le chemin de la dictature et de la tyrannie.
Les décisions impopulaires, l’intrusion dans le champ du pouvoir de sa voix non autorisée, l’influence des décisions de justice sont le limon fertile sur lequel pousse le ressentiment populaire qui se transforme inexorablement en une révolte populaire qui conduit l’époux vers une chute tragique, lamentable et honteuse.
Les cas sont légion : de la fin de l’empire musulman, à celui de l’empire ottoman dont le déclin a été précipité par la main mise de Roxanne sur Soliman le magnifique, à celle de Ben Ali, en passant par celle plus proche de nous de GBAGBO  avec sa femme Simone.
Ceci devrait servir de leçon à MACKY, mais c’est loin d’être le cas, semble t’il.
A vrai dire son cas me fait pitié.
Il me rappelle Ségoubali, ce héros tragique du pekaan. Il a combattu le caïman mythique Ngaari ngaoulé, il l’a tué pour faire plaisir à sa fiancée qui désirait manger sa chair.
Malheureusement, ceux qui étaient contre lui et jalousaient son succès l’ont tué ; en effet, il ne fallait surtout pas introduire la chair de Ngaary Ngaoulé dans le domicile familial, sous peine de causer sa mort. Ce que quelqu’un fit.
Et sa mère de s’écrier : »On a tué mon fils »
MACKY ressemble en plusieurs ponts à ce héros : il est soumis à l’influence de ses proches, auxquels il ne refuse rien ;  par la magie du décret il satisfait tous leurs exigences, et par là, il a foulé au pied certaines règles élémentaires pour quelqu’un qui exerce la plus haute fonction dans notre pays.il a lui-même introduit la chair de Ngaary Ngaoulé (le pouvoir) dans son espace familial.
C’est ainsi que ses proches l’ont malencontreusement propulsé en pleine ligne de mire à cause d’intérêts dans lesquels je suppose qu’il n’avait rien à gagner, du moins si l’on s’en tient aux déclarations des protagonistes de certaines histoires diffusées dans la presse.
Aujourd’hui, l’influence grandissante de son épouse, réelle ou supposée, est sujette à débat.
Sidy Lamine NIASSE rapportait que c’est elle qui l’avait appelé pour lui dire que son époux n’avait rien à voir avec ses déboires avec le fisc. C’est encore elle qui est citée comme étant une des instigatrices du dossier de Dangote, avec d’autres membres de l’entourage présidentielle par Serigne Modou MBACKE.
Les conséquences sont là : la sortie de Serigne Moustapha Saliou est sans équivoque. Et pour qui connait l’homme et ses principes, il est sûr que MACKY n’avait absolument rien à gagner à être directement ciblé par les propos du Chef religieux de Touba.
Celle et ceux qui s’en sont rendus compte ont réagi, mais à mon avis un peu tard, d’autant plus que les amis-ennemis de MACKY ont subrepticement sauté sur cette trop belle occasion de le fâcher définitivement avec TOUBA, et sans doute de le perdre aussi, pour jeter de l’huile sur le feu.
Cela a braqué définitivement le Marabout contre MACKY.
Ceux  parmi ses proches qui en sourdine appelleraient ce Chef religieux pour lui promettre une victoire devant la justice afin de désamorcer cette bombe ne font qu’augmenter le dépit des sages de Touba.
Cela les conforte dans leurs convictions que ce dossier depuis le début est  piloté par des proches de MACKY qui avalise toutes leurs décisions, contre leurs propres intérêts. La preuve étant l’arrêté préfectoral, qui autorise Dangote à poursuivre ses travaux sur le site incriminé en dépit du fait que le dossier est pendant devant la justice.
C’est donc toute la chaine administrative, le Premier Ministre en premier, qui est coupable.
 Elle  ne cache pas son aversion envers les confréries. Lorsque le problème du jour férié pour le MAGAL a été posé par le porte parole et repris à l’Assemblée nationale, elle a dilué la question en y ajoutant d’autres jours et d’autres évènements pas du tout du même acabit, en promettant un traitement global de la question.
Cela, TOUBA l’a bien compris ; et c’est pourquoi une délégation   a été dépêchée chez MACKY. Cela a du soulager certains parmi ses proches, mais le mal est déjà fait, la crise a atteint son nœud tragique, et l’effet commence à se faire sentir, sur tous les plans.
Les ponts à vrai dire sont presque définitivement rompus avec Serigne Moustapha.
Je doute qu’il revienne sur sa position : ni les suppliques et autres tentatives de justification  au téléphone, ni les missi dominici ne le feront changer d’avis.
A trop vouloir s’immiscer dans le fonctionnement de l’Etat et d’influencer ses décisions sans en avoir le droit, on finit par se retrouver dans une position dangereuse. Quand on ouvre les yeux, il est trop tard. Et c’est là que l’on mesure l’absence d’autorité, de discernement et le laisser aller manifeste dans l’espace présidentiel.
MACKY, ce héros tragique (?) aurait peut être pu échapper à cette situation s’il y avait dans son entourage des hommes d’Etat, capables d’ériger des barrières qui l’auraient préservé et lui auraient évité de devoir maintenant se retrouver en situation de comptable de leurs errements.
Et si ces personnes existaient aussi, il leur aurait sans doute fallu beaucoup de tact, pour avoir accès au domicile présidentiel dont l’entrée est dictatorialement régentée. Demandez à certains de ses proches, ou de ses plus que proches.
C’est donc dire que MACKY est un homme seul, isolé et pourtant entouré, par des gens qui le conduisent à sa perte en s’arrogeant des pouvoirs qu’ils exercent sans en avoir le droit et dont il paye directement les erreurs, et par des collaborateurs qui l’isolent pour mieux le manipuler, sans compter une coalition qui se délecte de ses déboires en attentant sa déchéance prochaine.
Souleymane Jules DIOP avait bien raison de dire à propos de MACKY, après avoir fait remarquer qu’il n’était nullement préparé pour exercer le pouvoir à des niveaux de responsabilité où seul le choix de WADE l’avait porté, il avait bien raison de dire donc que « voter pour MACKY, c’est élire MAREME FAYE ».
En effet, les faits lui ont donné raison aujourd’hui. Avec les conséquences que l’on sait.
  • De l’Acte 3 de la Décentralisation, et des manœuvres politiciennes de MACKY
Sur cette question,  je ne sais pas si je dois avoir pitié de MACKY, ou si je dois être doublement en colère, ou si je dois cuver ma déception suite à notre fameuse rencontre, en qualité de partis non alignés, avec son Excellence, en présence du Premier ministre et de quelques uns de ses affidés au palais présidentiel.
La manipulation est aussi vieille que la politique ; et MACKY a imaginé un scénario non pas machiavélique, mais si simpliste qu’il aurait bien pu passer, et offrir aux observateurs de la politique sénégalaise, une vision en trompe l’œil qui n’aurait pas été loin d’occulter la réalité.
Tout dans la consultation avec nous autres soit disant partis non alignés- sur MACKY ou sur l’opposition qualifiée de significative ! a été manipulations, calculs pour certains, danses du ventre pour d’autres.
Toutes les entourloupes ont été employées par des politiciens comiques, fourbes et maladroits pour démontrer au maitre des céans qu’ils étaient avec lui et souhaitaient, ou même désiraient, ou encore mieux réclamaient une audience pour lui manifester leur soutien indéfectible, au nom d’un prétendu patriotisme qu’eux même n’arrivaient pas à qualifier !
D’autres ont chanté les louanges d’un glorieux Mbaye Jacques DIOP qui a déclaré être présent malgré sa convalescence parce qu’un ministre le lui avait demandé avec insistance. Sa présence en tout cas opportune a été l’occasion pour ses affidés de rappeler à MACKY tout ce qu’eux devaient à Monsieur DIOP, avant de lui demander comme s’ils s’étaient passés le mot de le nommer auprès de lui.
Enfin, Bref, tout a été fait de manière à  faire croire  que c’était spontané.
Mais à la fin de la rencontre, ceux qui étaient invités à s’adresser à la presse et à servir de faire valoir devant les caméras de la télé nationale ont été soigneusement sélectionnés par M. Jules DIOP.
Nous n’avons pas été dupes.
Et nous exprimons solennellement notre refus de faire partie de cette mascarade de consultations. Je vous épargnerai tous les détails de cette rencontre où le comique de situation l’a disputé à du griotisme de mauvis aloi.
Pour le moins, on aura appris une leçon : c’est MACKY qui préside certes, mai c’est vraiment MIMI qui gouverne. La preuve nous en a été administrée à plusieurs reprises, par la concernée.
Pour reprendre depuis le début,  le futur premier ministre  a arraché sa nomination de la bouche de MACKY, quand elle a eu vent  des tractations pour la formation d’un nouveau gouvernement.
Pour la première fois, dans l’Histoire politique du Sénégal nous étions informés de la nomination d’un Premier  ministre par lui même, avant même la finalisation de sa nomination, et le limogeage de son futur ex prédécesseur !!!
C’est que la bonne dame sait accélérer la cadence !!!
Aujourd’hui, MACKY est pris de vitesse par cette dame à la voix forte, comme sa personnalité me dira-ton, cette dame qui supervise par-dessus son épaule ses notes de présentation et qui semble véritablement être le Chef dans  ce couple antinomique, où sa voix, encore une fois est celle qui annonce et impose les grandes décisions, pendant que MACKY est chargé de justifier et d’expliquer les choix du gouvernement qu’elle dirige.
C’est donc dire que nous sommes embarqués dans une situation délicate ; une situation qui me rappelle celle du couple POUTINE –MEDVEDEV,  l’un chauffant le fauteuil présidentiel pendant que l’autre préside de son poste de PM.
L’ambition dévorante de cette dame est sans limites aucune ; déjà au sein de son parti, elle a fini de prendre ses aises, à telle enseigne qu’elle a imposé ses choix à tout le monde, y compris à l’entourage présidenttiel. Son but, son agenda caché dirai-je est simplement d’être à la place du Président. Espérons que ces manœuvres ne déboucheront pas sur une crise de la nature du coup d’état rampant debout et autre théorisé par SALEH.
Curieuse situation que de se retrouver dans la position de cible,  piégé par sa propre stratégie. C’est ce qui risque d’arriver à MACKY. Et cela nous préoccupe, car il est le Président et notre pays n’a pas besoin de crise institutionnelle.
C’est encore elle qui a pris l’engagement auprès des représentants du peuple, et du peuple par extension, en réaffirmant tout haut ce que son leader ne dit plus qu’en marmonnant, pendant que ses comparses lui cherchent une porte de sortie qui s’appelle renoncement stratégique, comme l’aurait qualifié Machiavel de nos jours par rapport à la réduction  du mandat présidentiel..
Pour en revenir à l’acte 3 de la décentralisation, l’idée est noble et généreuse, mais MACKY n’a pas les moyens de son ambition. Tout le monde a oublié Arame NDOYE mais la question que l’on devrait se poser est pourquoi l’avoir limogée et ensuite continuer le processus qu’elle avait enclenché ?
Aujourd’hui, les collectivités locales étouffent et aucune d’entre elles n’a les moyens de porter le développement économique et social de son terroir. La faute au gouvernement, qui viole annuellement le système de péréquation établi par la loi pour en lieu et place pondre une circulaire qui répartit sans logique apparente les fonds destinés à la décentralisation.
 En créant d’autres collectivités locales, l’Etat a-t-il prévu une assiette fiscale, pour leur permettre d’avoir les ressources leur permettant de remplir leurs missions respectives ? Pour les communautés rurales, avec quelles ressources l’Etat va-t-il mettre en place les investissements structurants leur permettant de relever le niveau de vie de leurs terroirs et de créer des emplois qu’elles pourront prendre en charge ?
Les questions sont nombreuses, et je crains que l’Etat n’ait mis la charrue avant les bœufs.
J’en veux pour preuve les conseils des ministres décentralisés : des centaines de milliards ont été promis aux régions visitées. Dans sa déclaration de politique générale, Le Premier ministre l’a sans doute oublié ; à titre d’exemple, elle a parlé de 20 000 000 000 F CFA pour la Région de Casamance ; ou peut être n’est elle pas partie prenante des promesses mirobolantes faites par son prédécesseur avec la bénédiction de MACKY quand ils tenaient ces conseils des ministres touristiques.
Fort de tout cela, j’en viens à la conclusion que le véritable motif de toute cette agitation est moins la volonté de lancer la territorialisation du développement que d’avoir un prétexte valable pour renvoyer les élections locales aux calendres grecques, le temps pour les éléphants blancs de MACKY de changer de couleur, grâce à la cadence effrénée de MIMI.
La classe politique a bien raison de refuser ce consensus factice que leur propose MACKY, après avoir refusé de dialoguer avec eux depuis on accession au pouvoir.
Je partage ce refus, au nom de la stabilité politique de mon pays. La rupture, c’est laisser de coté la politique politicienne, et de ne pas avancer vers ses adversaires avec un agenda caché.
Ce jeu est dangereux et dessert MACKY dans son propre camp, et aussi vis-à-vis des membres de son alliance qui sont contents de l’entendre affirmer, comme s’il avait besoin de s’en convaincre lui –même, que la décision finale lui revient.
Hé bien, pour paraphraser DE GAULLE ; qu’il la prenne donc !
Cissé Kane NDAO
Président de l’Alliance Démocratique pour la République
A.DE.R.
 
Lundi 4 Novembre 2013
Dakaractu




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