MONTAGE DES DEUX SOCIÉTÉS OFFSHORE DE MAMADOU POUYE : Comment Mossack Fonseca a utilisé la... Croix rouge

D’après les fichiers obtenus par Libération, le cabinet panaméen Mossack Fonseca a abusé du nom de la Croix rouge pour monter Seabury et Latvae Group, les deux sociétés offshore contrôlées en partie par Pape Mamadou Pouye.


MONTAGE DES DEUX SOCIÉTÉS OFFSHORE DE MAMADOU POUYE : Comment Mossack Fonseca a utilisé la... Croix rouge
«Le Monde» avait révélé que le cabinet panaméen Mossack Fonseca, au cœur des «Panama papers», avait utilisé la Croix Rouge pour «couvrir» ses clients qui aimaient la discrétion. En effet, le quotidien français, qui a participé à l’en- quête internationale du Consortium des journalistes d’investigation écrivait : «La firme panaméenne met à disposition de ses clients deux fondations : la Brotherhood Foundation et la Faith Foundation.
Ces dernières peuvent être utilisées par les clients pour détenir les actions de leurs sociétés offshore. Pourquoi ? Une telle fondation, qui n’a pas d’actionnaires, permet notamment de masquer qui se cache derrière un compte bancaire. Ce service a eu un franc succès.
Selon les documents que nous avons pu consulter, environ 500 sociétés utilisent une de ces deux fondations. Ces dernières ont un ayant droit économique un peu particulier : pour ne pas éveiller de soupçon, Mossack Fonseca a simplement inscrit la Croix-Rouge dans ce rôle.
Grâce à ce montage, les noms des propriétaires restent cachés, et l’aura de l’ONG les protège des regards suspicieux. Mossack Fonseca a même préparé un certificat «généralement utilisé dans ces cas-là», explique une employée dans un e-mail en 2008.
Elle précise que le document désigne «l’organisation humanitaire nommée The International Red Cross» comme bénéficiaire de la Faith Foundation. Un document du 10 mars 2011 donne carrément l’adresse : «19 Avenue de la Paix, CH — 1202 Geneva, Switzerland». Soit la véritable adresse du CICR».

Quatre administrateurs liés à Faith Foundation identifiés

Libération est en mesure de révéler que le même procédé a été utilisé par le cabinet Mossack Fonseca pour monter Latve Group Inc et Sebury Inc, les deux sociétés offshore de Papa Mamadou Pouye immatriculées au Panama. D’après ses statuts, Latvae Group Inc, enregistrée dans le registre du commerce panaméen sous le numéro 776921 après sa création le août 2012, est une société anonyme avec administrateurs à savoir Aliator Sa et Dubro Limited Sa. Quant à Seabury montée le 21 août 2008 sous le numéro 630159, ses administrateurs sont Enders Inc et Rockall Inc.
Il se trouve que Dubro Limited Sa, Aliator Sa, Enders Inc et Rockfall Inc sont toutes des démembrements de Faith Foundation. Cette entité, montée par le cabinet Mossack Fonseca sur le dos de la Croix rouge, dispose, selon nos fichiers, de 23 filiales qui lui permettent d’administrer des sociétés offshore sans éveiller le moindre soupçon.
A côté de Aliator Sa, Enders Inc, Dubro Limited Sa et Enders Inc, elle contrôle Delancey Limited, First Shareholders Limited, Rolika Inc, Secmark Ltd, Hillard Entreprises Sa... Selon «Le Monde», ce montage qui s’est fait sur le dos de la Croix rouge a permis de couvrir un énorme détournement de deniers publics en Argentine, par exemple.

23 entités pour brouiller les pistes

En effet, renseignent nos confrères, «en 2013, des journalistes argentins mettent au jour un réseau de corruption et de blanchiment autour de l’ancien président Nestor Kirchner et de Cristina Fernández de Kirchner, qui a succédé à son mari en 2007 et quitté ses fonctions en décembre 2015. Le couple présidentiel aurait, entre autres, détourné et sorti du pays des fonds avec l’aide d’un homme d’affaires. Il aurait blanchi 65 millions de dollars au Nevada en utilisant un grand nombre de sociétés de Mossack Fonseca, selon le procureur argentin en charge du dossier.
D’après des documents de la justice américaine, ces sociétés offshores ont toutes un point commun : elles sont contrôlées par deux sociétés-écrans enregistrées par Mossack Fonseca aux Seychelles : Aldyne Ltd. et Garins Ltd.
Sur le papier, ces dernières n’appartiennent pas à Mossack Fonseca, mais à la Faith Foundation. Et voilà comment, sans le sa- voir, la Croix-Rouge s’est retrouvée bénéficiaire de l’actionnaire de sociétés contrôlant le magot qu’aurait détourné le clan Kirchner». Selon toujours «Le Monde», «ce stratagème a aussi rendu service à l’actuel président des Emirats arabes unis, le Cheikh Khalifa bin Zayid Nahyan.
En 2005, ce dernier voulait acquérir des maisons situées dans les quartiers les plus huppés de Londres. La banque d’Ecosse lui a accordé un prêt sans intérêt de 291 millions de livres sterling. Au final, c’est la société Mayfair Commercial Limited, enregistrée par Mossack Fonseca aux Îles Vierges britanniques et appartenant à un trust du cheikh, qui a acheté les maisons. Mayfair est reliée à travers plu- sieurs sociétés offshore à la Faith Foundation. Et donc, à nouveau,
à la Croix-Rouge. De cette manière, le cheikh, véritable propriétaire des maisons, pouvait espérer rester complètement anonyme, si la fuite des Panama papers n’avait pas eu lieu.»

Le nom de WWW a été aussi utilisé

La Croix rouge n’est pas la seule ONG abusée par Mossack Fonseca. Comme le révélait «Le Monde », l’identité de WWF a été aussi utilisé pour dissimuler des sociétés offshore. En 2013, renseignent nos confrères, «un client français veut dissoudre sa société enregistrée sur les Îles Vierges britanniques. Cela fait déjà presque dix ans qu’il l’utilise pour gérer un compte en banque avec environ 3 millions d’euros chez HSBC à Genève. Le respect de son anonymat semble une priorité absolue.
Non seulement, le Français inscrit le WWF comme bénéficiaire de sa société, mais il signe aussi un e-mail destiné à HSBC et à MF avec le pseudonyme «L’Oiseau». Le problème, c’est que pour liquider sa société, il a besoin de la signa- ture du bénéficiaire sur trois formulaires, c’est-à-dire du WWF. Comme le Français n’a en réalité aucun lien avec l’ONG, il décide de signer lui-même les formulaires, «pour et au nom du World Wildlife Fund». Ceci revient à une falsification de documents. Mossack Fonseca a mis en place ce système sans en informer l’organisation, dont le siège principal se trouve en Suisse.
«Nous ne savions pas que notre nom était employé par des fondations à Panama et nous n’avons jamais donné notre accord», répond Maria Boulos, Directrice des opérations du WWF.
L’ONG craint que cela nuise à sa réputation et, indirectement, à la protection de l’environnement. «Nous examinons les différentes actions juridiques possibles pour éviter que de tels agissements frauduleux ne se perpétuent.»
Samedi 18 Juin 2016
Dakaractu




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