MENACE DE FERMETURE DES ÉCOLES HIZMETH APRÈS L’ATTENTAT RATÉ EN TURQUIE : Tout sur le poids d’une menace à Yavuz Selim

Après l’attentat avorté en Turquie, la recherche des coupables. Recep Tayyip Erdogan a accusé ouvertement Fethullah Gülen d’être le cerveau de la bande. Un tribunal d’Istanbul a ainsi émis un mandat d’arrêt à l’encontre du prédicateur exilé aux États-Unis depuis 1999. Pis, l’actuel Président de la République de Turquie vise la fermeture des établissements du mouvement Hizmet à travers le monde. Au Sénégal, le Groupe Scolaire Yavuz Sélim ne sent pas le poids d’une telle menace.


Il fait exactement 11H dans les locaux du collège Bosphore, derrière l’hôpital Samu Municipal (Dakar). Ici rien n’a changé, hormis les vacances qui ont pratiquement vidé les lieux. Un membre du personnel s’affaire à ranger un nouveau matériel qui venait sans doute d’être réceptionné. L’impression ? On prépare déjà l’ouverture des classes. Quid de la menace de fermeture qui plane sur les établissements du mouvement Hizmet depuis le putsch manqué du 15 juillet dernier par une partie de l’armée turque ? L’ampleur n’est pas la même d’un pays à l’autre.

«Le Sénégal est souverain et nous respectons les règles»

«Le Sénégal est souverain et nous respectons les règles. C’est cette convention qui a donné naissance au Groupe Scolaire Yavuz Selim. Il y a sur ce plan une précision à faire : à chaque fois qu’on parle du Groupe Scolaire, les gens pensent à une école turque. Ce n’est pas du tout le cas, c’est une école réellement sénégalaise de par son effectif. Plus 90% des élèves sont des Sénégalais. Le curriculum est aussi sénégalais. Le personnel, depuis le top management jusqu’au personnel de service, est en grande majorité de notre pays (plus de 95%).»
Ici, on minimise l’ampleur, même pas d’allusion.
«Si ça ne dépendait que du président turc, toutes les écoles de l’association Hizmeth qui se trou- vent dans le monde allaient être fermées. Et cela ne date pas d’aujourd’hui. Seulement, ces écoles ne sont pas financées par l’association mais par le produit. Depuis la nuit des temps, Erdogan essaie de mettre la pression. Et le constat est que les pays les plus faibles du point de vue de la souveraineté ont fermé dans ce sens», a aussi expliqué Ibrahima Ndour, conseiller en éducation de l’école Yavuz Selim.
Inspecteur à la retraite, par ailleurs ancien directeur de l’enseignement moyen secondaire général au ministère de l’Education nationale, ce non moins maire d’une commune de Diourbel de citer le cas de la Gambie. «Seulement, tempère-t-il, le Sénégal n’est pas la Gambie, le Président Macky Sall n’est pas Yaya Jammeh et les deux peuples ne sont pas les mêmes du point de vue démocratique. C’est de la dictature et c’est très loin de ce que nous vivons. Nous, nous faisons de l’éducation et du social et pas de la politique.»

«Nous ne sommes pas des terroristes mais des éducateurs»

Pourtant, un Link (lien) est vite fait avec l’appartenance de l’école à la chaine d’établissements à travers le monde contrôlé par le mouvement de l’ancien Imam et prédicateur exilé aux USA depuis 1999. «On ne reçoit pas des financements extérieurs pour faire fonctionner l’école. Nous sommes sereins et le Gouvernement que nous connaissons souverain, ne fermera pas le Groupe. Yavuz Selim est très à cheval sur les lois de ce pays, sur les textes de l’Education nationale. Pour nous, il n’y a point de menace, nous ne faisons pas de la politique, nous sommes limpides comme de l’eau de roche», évacue M. Ndour. Et de signifier que les vrais terroristes, il faut les chercher ailleurs, «chez ceux-là qui inventent des coups d’Etats, qui achètent le pétrole des terroristes. L’opinion connait les enjeux.»
L’inspecteur à la retraite ne se sent nullement concerné par les accusations d’Erdogan, au même titre que la composante de l’école. «Je ne suis pas un terroriste et, au plus profond de ma chair, je me le refuse, il en est de même pour les autres», tranche-t-il.

«Nous avons une réputation, que cette menace ne peut entacher»

Même si, pour les acteurs, la menace ne mérite pas une considération, l’information est agitée. Aussi, vu l’impact qu’il pourrait y avoir sur ledit Groupe, ils gardent le même optimisme. «Nous avons des liens très solides avec les parents d’élèves. De ce point de vue, nous n’avons pas d’inquiétudes. Ils sont venus nous réconforter et nous renouveler leur confiance», précise encore le conseiller en éducation. Yavuz Selim vise l’éducation en plus de l’enseignement : «inculquer des valeurs aux enfants à travers des activités intra muros comme extramuros pour leur apprendre la solidarité».
Pour Ibrahima Ndour, «le vivre ensemble, le respect de l’autre, quelque soit sa religion, sa race, ces valeurs sûres de nos religions révélées sont, entre autres, nos priorités».
«L’établissement, à l’image de ceux qui le compose, n’enseigne ni la violence, ni le terrorisme. Nous incarnons une discipline collective. Que ce soit au niveau des enseignants, de l’administration, des étudiants et tous nos collaborateurs», dit-il. «Nous fascinons des citoyens avec des têtes pleines mais aussi et surtout bien éduqués. Nous ne craignons pas pour notre réputation qui est déjà bonne. En at- teste, les demandes de branches instaurées partout presque dans le pays grâce à la confiance des parents. Si nous enseignions autre chose, cela ne serait pas possible aujourd’hui. Les enfants des autorités, des hommes d’affaires, des gradés et des Sénégalais lambda, un peu comme ça se passe dans les autres établissements sont nos élèves», détaille-t-il.
Mardi 9 Août 2016
Dakaractu




Dans la même rubrique :