MENACE DE DÉMOLITION DE 160 MAISONS A GRAND-MÉDINE : Des populations partagées entre craintes et détermination

Les populations de Grand Médine vivent la peur au ventre, depuis l’annonce de la démolition de certaines habitations pour les besoins de la construction d’une voie de « Bus rapide ». Elles comptent s’opposer à la mise en œuvre de ce projet du Centre d’études pour les transports urbains de Dakar (Cetud) qui risque de détruire 160 maisons.


Pauvreté et promiscuité, c’est ce qui frappe, de prime abord, à Grand-Médine. Ce quartier de la commune de Patte d’Oie est très animé en cet après-midi du jeudi 31 mars 2015. Dans cette localité, considérée comme l’un des plus grands bidonvilles de la capitale sénégalaise, des cabanes et quelques immeubles modernes se côtoient. Créant un contraste saisissant entre une certaine opulence et une pauvreté extrême.  En empruntant les ruelles très étroites et très sablonneuses du quartier, un autre constat happe le visiteur : la forte concentration humaine. Les habitants de cette localité nichée entre les Parcelles Assainies, le stade Léopold Sédar Senghor (LSS) et la commune de Grand-Yoff, vivent de manière permanente sous la hantise d’un déguerpissement. Déjà, lors de la construction du Stade LSS, une grande partie du quartier avait été rasée.

« On n’a jamais vu un endroit au monde où on a détruit des maisons pour y construire une gare routière ». Comme s’ils se sont donné le mot, cette phrase revient sans cesse dans les discours des habitants de Grand-Médine. D’une seule voix, ils rejettent le projet de construction d’une route, dans le cadre de la mise en œuvre du projet de Bus rapides sur voies réservées (Brt) récemment annoncé. « Comment peut-on demander à quelqu’un qui habite un lieu, depuis plus de 30 ans, de le quitter ? » s’interroge Abou N'diaye, le délégué du quartier de Grand-Médine 1. Assis sur une natte au milieu de sa chambre à coucher, il affirme que les promoteurs du projet n’ont pas demandé aux populations leur avis.

Lors de la seule réunion entre les autorités et les délégués de quartier, à laquelle il n’a pas pris part parce qu’absent, « ils ont exposé un plan de construction d’une gare urbaine qui doit toucher beaucoup de maisons », explique-t-il. Selon toujours ses confidences, lors de ladite réunion, il y a eu des altercations très violentes entre les promoteurs du projet et les délégués de quartier. La preuve, selon lui, que personne n’est d’accord sur un quelconque déplacement.

Le maire Banda Diop au banc des accusés

Le maire de la commune de Patte d’Oie Banda Diop qui, dès l’ébruitement du projet, a dégagé toute responsabilité de l’institution qu’il dirige, est dans le collimateur des populations. Qui considèrent qu’il est impliqué d’une manière ou d’une autre dans cette affaire. « Il veut vendre nos maisons, ce que nous n’accepterons jamais », se révolte une jeune dame trouvée dans le domicile familiale. Elle a des positions plus radicales que sa maman Mbeugué Dièye. La dame, très calme, se dit très surprise par cette décision brusque. « Nous n’avons que Grand Médine. Tous nos enfants et petits enfants sont nés ici », lance-t-elle d’une voix à peine audible. Elle invite le Chef de l’Etat à venir en aide aux citoyens démunis de cette localité. En lieu et place d’un déguerpissement, elle réclame des titres fonciers pour leurs maisons et un lotissement du quartier.

« Les oubliés de l’Etat »

Cette position est largement partagée au sein de la population. Malgré l’étroitesse de sa maison, Mouhamed Lamine Badiane la partage avec sa dizaine de moutons. De taille moyenne et de forte corpulence, il estime que Grand-Médine mérite autre chose que d’être rayé de la carte. L’assainissement et le lotissement du quartier, selon lui, doivent être la priorité des autorités. « J’ai fait 48 ans ici, mais le quartier est toujours le même. On est des oubliés de l’Etat », regrette Abou N'diaye. Entre la peur d’être déplacés à tout moment et les conditions de vie très difficiles, les habitants de Grand-Médine souffrent de plusieurs maux.         
Vendredi 1 Avril 2016
Dakaractu




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