MEA CULPA DE LA RÉPUBLIQUE : La principale force de développement d’une nation est la volonté. Celle-ci a deux spécificités (Aliou CISSE)


MEA CULPA DE LA RÉPUBLIQUE : La principale force de développement d’une nation est la volonté. Celle-ci a deux spécificités (Aliou CISSE)
  • La volonté politique
  • La volonté populaire
Si, aujourd’hui, on est toujours au point de départ, c’est parce qu’aucune de ces deux sus nommées n’est engagée. A l’heure où les pays riches ne parlent plus de développement mais de développement durable, nous on n’a même pas encore atteint le stade de décollage économique.
Dans notre très cher pays le Sénégal, nous sommes champions du monde des disciplines non-olympiques : beaux discours, séminaires, colloques, panels, projets de développement, palabre, politiques, révélations de la vie privée d’autrui, diffamation, grèves, revendications, népotisme, corruption, enrichissement illicite, abus de pouvoir, longues détentions préventives, bavures, escroqueries, paresse, fétichisme, diffamation, maraboutage... La liste est longue.
Dans notre pays, il y a plus d’habitants que de citoyens. Les gens passent tout leur temps à revendiquer leurs droits sans jamais s’acquitter de leurs devoirs. Nous sommes classé parmi les pays les plus malpropre au monde. Les gens jettent leurs déchets à tout coin de rue, sans se soucier des conséquences néfastes que cela engendre sur leur santé, en disant que « mbedd mi mbeddum buur la » (c’est la place du roi). C’est qui le roi ? Et les autorités ne sanctionnent pas. Il y a une mauvaise gestion des ordures ménagères voire même une absence totale de volonté et un comportement indigne de la population. Les sénégalais ont une mauvaise culture environnementale. Aller au Rwanda c’est l’un des pays les plus propres au monde et il est classé parmi les pays émergents, pourtant il sort, il y a moins de deux décennies, d’une guerre civile. Ce résultat est dû grâce à la combinaison des deux volontés (politique et populaire).
Politique : Au Sénégal, la politique est le métier le plus lucratif. Nul besoin d’être diplômé pour l’être, il suffit juste d’être un beau parleur, savoir insulter et chanter les louanges du Président pour être nommer. Des ministres milliardaires, on en voit qu’au Sénégal. La médiocrité gangrène nos administrations. Pourtant des compétents, il y’en a des centaines de milliers dans ce pays. Où est cette rupture tant cantonnée sur tous les toits ?
Lors du conseil des ministres décentralisé de Dakar, le Président de la République a dit : « il ne faut pas réveiller un lion qui dort.» Donc depuis 2012, on a un lion qui dort et qui continue de dormir. On a besoin d’un lion fort qui rugie, montrant ainsi sa domination, sa puissance et sa splendeur. Nous voulons des hommes forts et compétents à la tête de notre République. C’est vraiment déplorable et irrespectueux, de la part d’un Ministre, d’interrompre le discours du Président République pour chanter les beaux yeux de celui-ci ou le remercier de ses réalisations. C’est vraiment le comble, pourquoi remercier un Président de ses réalisations alors qu’il a été élu pour ça. Un peu de retenue Mr le Ministre d’Etat Mbaye NDIAYE ; Ce genre de comportement n’est pas digne d’un ministre d’Etat. On n’est ni en campagne électorale, ni dans une scène de théâtre, ni dans un concert.
Nous avons un système éducatif à l’agonie, des syndicats qui poussent comme des champignons. Des grèves interminables hypothéquant l’avenir de millions de jeunes. Le niveau des élèves qui baisse d’année en année. Conséquences : abandon précoce de l’école favorisant ainsi la délinquance juvénile, le banditisme, le vol, le viol, la prostitution, la mendicité...
En 2013, il y a eu les réformes de l’enseignement supérieur dans le but d’améliorer les conditions d’études des étudiants. Aujourd’hui, ces conditions sont pires qu’avant. Prenons l’université Alioune Diop de Bambey, malgré ses excellents résultats chaque année, les conditions d’étude reste à désirer. Des équipements pédagogiques quasi-inexistants. Pour faire cours, certains étudiants sont obligés d’aller chercher des table-bancs. Et quels table-bancs ? La majeure partie des étudiants ont la maladie d’hémorroïde à cause de ces table-bancs durs et inconfortable. Située dans une zone aride, il est difficile de faire cours matin et soir en période de canicule. Pourtant moins de 5 millions suffiraient pour climatiser les salles de classes et apaiser ainsi la souffrance des étudiants et diminuer les absentéismes. Pendant ce temps, l’administration universitaire dépense des dizaines de millions chaque mois pour des événementiels et leurs prestiges. Toutes leurs campagnes de communication n’est que de la poudre aux yeux. Une restauration chaotique avec toutes ses conséquences : intoxications alimentaires, ulcères, maux de ventre, maladies cardiaques...
Partout dans les universités publiques, c’est les mêmes maux. Des bacheliers orientés dans des URF qui n’ont rien à voir avec leur profil (des bacs S, G ou T orientés dans des filières littéraires qu’ils n’ont pas opté et vice-versa). Et tant d’autres anomalies qui sévissent dans nos universités. De Wade à Macky, on entend souvent les autorités dires qu’il y a une inadéquation entre la formation est l’emploi. Quand un système ne marche pas, il faut tout simplement le changer. Mais depuis des années c’est le même discours que nos gouvernements nous font croire et pourtant c’est toujours le même système. Le fond du problème, c’est qu’ils cherchent à masquer leurs échecs face à l’employabilité des jeunes (diplômés). On ne peut pas rester entre quatre murs et décider de l’avenir de la jeunesse sans demander à celle-ci son avis. On ne peut pas soigner un malade sans l’avoir consulté d’abord.
Qu’on se dise la vérité, nos gouvernements n’ont jamais cru à la jeunesse. Concrètement, allant des socialistes passant par les libéraux jusqu’aux apéristes aucune politique d’emploi des jeunes n’a jusqu’ici réussi. La preuve, lorsque le Président veut nommer un Directeur Général à la tête d’une société, il préfère prendre, en majeure partie, un vieux retraité, qui n’a plus rien à prouver, plutôt qu’un jeune débordant d’ambition, qui ne veut qu’une seule chose servir son pays. Comment la jeunesse peut-elle être le moteur de développement de notre nation si on ne la responsabilise pas.
Demander aux jeunes ce qui ne va pas, ils vous le diront et vous montreront les voies à suivre pour trouver des solutions. L’avenir d’une nation repose sur sa force vive qu’est la jeunesse, une valeur sure. Les secteurs porteurs d’emplois et de croissance sont très nombreux. Il faut de la volonté politique et populaire avec une jeunesse responsabilisée et mise en avant, non comme bouclier politique mais comme bâtisseur d’une nation prospère.
Economiquement parlant, avec le contexte actuel de l’économie mondiale, ce n’est pas des financements de 5 ou 10 millions pour de petits projets qui vont régler le  problème. Voyons les choses en grand. Les micro-entreprises ne peuvent pas développer ce pays. Nous avons des secteurs encore inexploités (rien que l’agrobusiness peut employer plus de 3/4 de la jeunesse ; l’homme ne peut pas vivre sans s’alimenter). Le pays regorge de jeunes start ups (jeunes entrepreneurs débutants) porteurs de projets ayant d’énormes potentialités de croissances et pouvant engendrer des centaines de milliers d’emplois. Ils n’ont qu’un seul obstacle : le financement. Nos banques, extrêmement liquides ne veulent pas prendre de risques pour financer ces jeunes. Evidemment, elles appartiennent, en majeure partie, à des multinationales occidentales, particulièrement françaises qui préfèrent sucer les richesses notre pays que de participer à son développement. Ces milliers de jeunes qui traversent l’atlantique, au péril de leurs vies, pour rejoindre l’Europe ne font que suivre la matière première qui est embarquée ici pour être transformée de l’autre côté de la manche. Là où se transforme la matière première, il y a toujours de l’emploi. Pour témoigner de leur manque de sensibilité, un conférencier français disait que «  l’Afrique n’a pas vocation à transformer sur place. »  Donc, nous devons nous contenter d’être des consommateurs finaux. Nous pouvons remédier à cette bassesse. Comment faire ?
D’abord, il faut recenser les potentialités qui existent dans chaque pôle du pays :
  • Dans la zone sylvopastorale : Chaque année c’est des milliers de litres de lait qui sont déversés dans la nature faute de repreneurs. Solution : Il faut installer sur place une grande unité de transformation avec un vaste réseau de collecte pouvant employer les jeunes de la localité. Les dérivées du lait sont nombreuses : lait frais, écrémé, concentré, yaourt, fromage...
  • Dans la vallée du fleuve : la culture rizicole est l’activité dominante. Obstacles : le matériel agricole est insuffisant, inadapté à une production d’envergure, les unités de transformations existant sur place sont de petites unités et souvent artisanale d’où la mauvaise qualité du riz local commercialisé. La plus grande usine de transformation date des années 70 avec une installation très vétuste. Il faut de nouvelles unités de grandes capacités de production et un vaste réseau de distribution bien encadré pouvant desservir l’ensemble du territoire national voire même exporter le label Sénégal dans la sous-région. La culture de la banane peut être très prolifique dans cette zone et l’aquaculture aussi.
 
  • Dans le centre (bassin arachidier) : Développer la culture de contre saison, en diversifiant les espèces céréalières et maraichères, par la mise en place de systèmes d’irrigation goutte à goutte,  à travers l’aménagement des terres près des zones d’eau, l’élargissement des bassins de rétention pour le drainage des eaux pluviales. Mettre sur place des fermes agricoles avec des unités de transformation des céréales et autres produits. Développer les variétés de sels produites (sel fin aromatisé, sel fin pimenté et pleins d’autres sous-produits du sel). Transformer le pain de singe en poudre alimentaire et les résidus en aliments de bétail...
 
  • Dans le sud (la haute et la basse Casamance) : Rien que cette partie du territoire peut nourrir toute la population nationale. Les ressources fruitières sont immenses (mangues, oranges, mandarines, acajous, anacardes, bananes, carassoles, avocats, « mades », tamarins, « ditakh », etc.). Chaque année, c’est des milliers de tonnes de fruits qui pourrissent dans la nature faute d’unités de transformation. Il faut installer sur place des industries de transformation de ces fruits en plusieurs sous-produits (jus de fruits, arômes, mangues séchées, poudre de mangue pour les pâtisseries et autres, confitures, savons, vinaigre, etc.). Tout le monde sait que la région du sud est la plaque tournante de la culture du chanvre indien et il sera très difficile de le stopper voire même l’éradiquer. Connaissant ses vertus médicinales, la solution serait de signer des accords avec des laboratoires pharmaceutiques multinationaux pour un usage médico-légal tout en réglementant et encadrant sa culture comme l’a fait récemment la Colombie pour décourager le trafic de drogue et mettre fin à la rébellion des FARC. Ceci permettra aux habitants des forêts d’avoir des revenus légaux et bien d’autres pays ont adopté cette démarche.
Il y a pleine de choses qui peuvent être réalisées dans cette zone aux richesses intarissables. La liste est loin d’être épuisée.
Autant de projets potentiels qui peuvent régler le problème de l’emploi des jeunes. Comment régler le problème de financement ?
Bien évidemment, ce n’est avec des Accords de Partenariat Economique (APE) avec l’Union Européenne (signer ces accords signifierait tuer nos entreprises locales). Ce qu’il nous faut, c’est des Accords de Partenariat d’Investissement (API) c’est à dire des Capital-risqueurs capables de financer des start ups qui ont des projets de croissance potentielle.
Terme financier, un capital-risqueur c’est un bailleur de fonds prêt à investir sur un projet à fort potentiel de rendement futur et qui accepte d’être remboursé à partir de la phase de maturité de l’entreprise moyennant un taux d’intérêt fixé au début.
C’est une pratique souvent utilisée dans les pays développés et qui a porté ses fruits et dans le continent, ça commence à se développer au Kenyan.
Une 2ième solution : Comme aime tant se targuer le Ministre de la jeunesse : « l’argent est là mais il n’y a pas de projet ; apporter nous des projets. » Nous saluons, l’initiative des domaines agricoles communautaires et des micro-financements mais peut mieux faire. Ce que vous ignorez Mr le Ministre, vous ne pouvez recevoir de projets parce que la plupart des jeunes ont des projets dépassant largement les montants proposé par vos structures de financement.
La solution serait de mettre sur pied un fonds commun d’investissement à capital-risque pour financer ces start ups et l’Etat sera actionnaire et aura des représentants dans chaque entreprise pour veiller à la bonne gestion des fonds investis. Une fois entré dans ses fonds, il pourra se retirer de la société en cédant ses parts.
Une 3ième solution : l’Etat pourrait nouer des partenariats avec le secteur privé national, ensemble cibler les secteurs en potentiel de croissance, préfinancer des projets et confier la gestion à des jeunes bien préparés. Ces derniers ne seront propriétaires qu’une fois le financement remboursé.
Dans la vie rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Les solutions sont multiples. Il suffirait qu’on y mette de la volonté aussi bien politique que populaire. Comme le disait un célèbre guide religieux sénégalais, un grand panafricaniste : « En avant ! Certes l'avenir de toute nation repose sur sa jeunesse, mais pas sur n'importe quelle jeunesse: sur les jeunes cultivés et doués de caractères nobles et d'ambitions élevées; une jeunesse sans culture et sans caractères nobles est comme un arbre stérile... » Cette jeunesse-là, elle existe au Sénégal. Ecouter la, encadrer la et elle mènera se pays vers la prospérité.
 
Aliou CISSE, Défenseur de la jeunesse
Jeunesse en avant pour la prospérité !  
Jeudi 8 Septembre 2016
Dakaractu




1.Posté par mstian le 08/09/2016 21:35
Très belle analyse, c'est vraiment pertinent

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