ME ABDOULAYE BABOU, ANCIEN PRÉSIDENT DE LA COMMISSION DES LOIS DE L’ASSEMBLÉE : «Me Ousmane Ngom a joué un rôle néfaste et négatif dans la survenance des événements du 23 juin 2011...»

Les propos tenus par Me Ousmane Ngom devant la délégation présidentielle venue présenter des condoléances suite au rappel à Dieu de la fille de Médoune Thiam, ont révolté Me Abdoulaye Babou. L’ancien président de la commission des lois de l’Assemblée nationale a tenu à faire, à son tour, des révélations fracassantes sur le rôle de l’ex ministre de l’Intérieur dans les événements du 23 juin 2011. Libération publie, in extenso, ses propos.


«Me Ousmane Ngom, je le souligne est un ami, mais je suis choqué par ses révélations dites fracassantes dans la dernière livraison de votre jour. Révélations pour révélations, je peux affirmer sans risque d’être démenti, que Me Ousmane Ngom a joué un rôle néfaste et négatif dans la survenance des événements du 23 juin 2011. Et, les Sénégalais ont le droit de le savoir.
Je rappelle que j’étais le président de la commission des lois de l’Assemblée nationale. Le mardi 21 juin 2011, nous avons examiné en commission le projet de loi constitutionnelle numéro 13 relatif au fameux changement que tout le monde connaît. Le gouvernement était représenté par le ministre d’Etat Cheikh Tidiane Sy. Il s’est passé ce jour-là quelque chose d’extraordinaire que les Sénégalais doivent savoir. Tous les députés du Pds, les seuls présents ce jour-là, ont refusé catégoriquement le projet du Président Wade. Tous, en commission, avaient dénoncé le fait que manifestement, le but du projet était que Karim Wade remplace son père. Nous avions, en sortant, débattu pendant 7 heures d’horloge et enregistré 50 amendements de ce projet. A la fin des travaux, j’ai estimé, en ma qualité de président de la commission, que la situation était grave.
C’est pourquoi, le mercredi 22 juin 2011, je me suis rendu à l’Assemblée nationale et j’ai informé le Président Mamadou Seck. Je lui dis que si le gouvernement persiste à présenter ce projet, de main jeudi 23 juin, le président Wade sera désavoué par sa propre majorité.
Immédiatement, le Président Mamadou Seck a appelé la Présidence pour solliciter une audience. Mamadou Seck, Doudou Wade et moi-même nous nous sommes rendus à la Présidence. Une fois, sur place, nous avons retrouvé aussi Me Ousmane Ngom, ministre de l’Intérieur. J’ai personnellement tiqué en me disant pourquoi le ministre Cheikh Tidiane Sy, qui a présenté le projet et qui était avec nous en commission, n’était pas là. Abordant le vif du sujet, Me Wade a dit : «Qu’est-ce qui s’est passé à l’Assemblée ».
Le Président Mamadou Seck : «On donne la parole à Me Babou président de la commission pour rendre compte». J’ai dit in extenso au Président Wade : «Monsieur le Président, votre majorité n’est pas d’accord avec votre projet de réforme constitutionnelle». Et le Président Wade de me demander : «Mais pourquoi ? ». Et je réponds : «tout le monde pense que ce projet est destiné à votre fils Karim Wade».
Le Président m’a répondu : «Ah bon ?». Il a levé les deux bras en l’air et en plaisantant nous a dit : «si c’est comme ça, je vous envoie alors Viviane». Puis, pendant un instant, j’ai remarqué que le Président est redevenu silencieux avec une mine assez grave. C’est en ce moment que la parole a été donnée aux personnes présentes. Maitre Ousmane Ngom lui-même a encouragé le Président de la République à maintenir la réforme proposée. Mieux, il a même fait une proposition qui, dit-il, devrait amener les députés à tout accepter. Pour l’heure, je ne dévoile pas la proposition qui a été faite par Me Ousmane Ngom mais personnellement je peux affirmer qu’il a influencé le Président Abdoulaye Wade pour le maintien du projet de réforme et sa présentation le jeudi 23 juin dont tout le monde mesure la conséquence. Je peux aussi affirmer qu’après mon exposé, le Président de la République Abdoulaye Wade avait commencé à douter. Si Me Ousmane Ngom, qui était à l’époque ministre de l’Intérieur, détenant par voix de conséquence des informations importantes pour prévoir ce qui allait se passer le jeudi 23, connaissant par ailleurs la position des députés de la majorité, avait conseillé au Président Wade de surseoir ou de reporter le projet, je suis convaincu que le Président allait suivre son avis. Il ne l’a pas fait. Et c’est une responsabilité historique. Maintenant, je défie Me Ousmane Ngom : s’il nie ce que j’ai dit, je reviendrai vers vous pour vous révéler les propositions faites par Me Ousmane Ngom pour, disait-il, apaiser la rancœur des députés Pds. Je prends aussi à témoin, pour l’histoire, le Président Mamadou Seck et le député Doudou Wade, président du groupe parlementaire à l’époque. Quand on a joué un rôle aussi négatif dans l’histoire de son pays, je crois que la meilleure des choses est de faire profil bas et non d’essayer de tirer une gloriole pour le cas rapporté.»

Libération 
Lundi 3 Octobre 2016
Dakar actu



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter



Dans la même rubrique :