MARIAGES COLLECTIFS YOFF : 122 couples devant Dieu et les hommes

Célébrer plus de cent mariages en une après-midi. C’est la prouesse réussie par les dignitaires et les disciples de la communauté layène, samedi. Une cérémonie qui s’est déroulée avant la ziarra générale de la communauté au Khalife général de la confrérie, Seydina Abdoulaye Thiaw Laye.


MARIAGES COLLECTIFS YOFF : 122 couples devant Dieu et les hommes

« La main de Seynabou Fall a été accordée à Lamine Fall, celle de Oulimata Mbaye à Libasse Hann ; Mantoulaye Diop est donnée en mariage à Djibril Dieng... ». Un long chapelet d’unions matrimoniales est déclamé par Mame Djine Ndoye, qui récite les noms inscrits sur des papiers pense-bête. Derrière lui, le clerc de la mosquée lui transmet prestement les petits blocs, au fur et à mesure que se nouent les mariages. Le temps d’un après-midi frisquet, ce samedi, la grande mosquée layène de Yoff s’est transformée en un raout aux mariages.

La tradition a été respectée, pour la quatrième fois, par les disciples et autorités de cette communauté religieuse, naguère troisième force confrérique du Sénégal. Parents et beaux-parents sont assis en petits groupes dans des tenues traditionnelles blanches qui éclipsent toutes les autres couleurs. Les conciliabules pour les modalités de l’union résonnent en un murmure diffus dans la mosquée.

L’horloge numérique indiquant les heures de prières affiche 16h 20mn. Des attestions de mariage à l’effigie de Seydina Issa Laye, premier khalife des layènes, passent de main à main. Les parents des conjoints y paraphent leurs signatures. La cérémonie religieuse terminée, la constatation se fera à l’état-civil. Pour cette année, les mariages sont célébrés après la prière de l’après-midi, pour laisser place à l’autre évènement du jour, la ziarra (présentation de vœux) au khalife des Layènes (voir encadré). « Les gens sont regroupés selon les localités. Là, c’est pour Cambérène. Au milieu, en face du minbar, c’est pour Yoff. A l’extrême gauche, c’est pour Ngor. Il y en a pour Malika, Guédiawaye, Ouakam etc. », explique le chargé de communication Moustapha Dème.

Dans les coursives de l’édifice, des interpellations, des embrassades, des poignées de mains, des accolades et sourires ponctuent systématiquement les rencontres entre deux groupes de personnes. Dehors, sous le préau, les haut-parleurs tonnent aux rythmes des chants layènes ponctués d’une chorégraphie de bras et de mains évoquant le mouvement de pêcheurs tirant les filets.

Le mariage précoce, une réponse à la crise sociale

Quinze autres épousailles viendront s’ajouter aux 107 officiellement annoncées, lors de la ziarra. Au total, 122 mariages ont été enregistrés dans le registre de la mosquée, soit cinq de plus que les 117 de l’an passé, et deux de plus que 2012 et ses 120 mariages. En milieu layène, le mariage précoce est une des réponses à la crise sociale. Le fondateur de la confrérie, Seydina Limamou Laye, avait instauré le « mayu ndës », en référence aux nattes sur lesquelles on s’asseyait pour consacrer une union.

Ce mariage des bébés de sexe féminin, âgées à peine d’une semaine, était célébré par l’imam chargé de baptiser l’enfant. Une fois majeures ou nubiles, et que l’une des parties n’est pas consentante, le mariage était annulé et la dot remboursée. L’actuelle hiérarchie layène tient à suivre cette ligne : « Nous sommes des facilitateurs. Les consentements des époux et parents sont primordiaux. Toutes ces personnes que nous avons unies s’aimaient au préalable. Le mariage forcé n’a jamais existé chez les Layènes », a déclaré Baye Djine Thiaw, le fils de l’actuel Khalife, lors de la cérémonie de présentation de vœux à son père.

Le caractère massif de cette cérémonie induit des poncifs, surtout l’idée d’un « mariage-promotion » assez répandue dans l’opinion. Les modalités sont pourtant sensiblement les mêmes que pour les alliances « classiques ». Les formes sont respectées dans la tradition de ce qui se fait pour ce genre de cérémonie. Pour des raisons pratiques, les localités viennent avec leurs imams, qui disent le sermon à chaque fois que se noue une nouvelle union. La dot de 3000 F Cfa qui fait le charme de cette cérémonie n’est pas une invention, mais c’est sans les frais annexes.  «Une somme de 10 000 F Cfa, incluant la dot, est versée pour l’ensemble de toutes les charges », confie Moustapha Dème.

Au bonheur des parents

La dévotion des époux pour leur couple, la lutte contre le gaspillage dans les cérémonies, les règlements des litiges en toute discrétion doivent être la marque de fabrique de ces mariages nouvellement noués, selon Chérif Idrissa Laye Thiaw, le maître d’œuvre de ces mariages collectifs. Certains parents des heureux élus approuvent cette initiative.

« C’est mieux de les unir devant Dieu et devant les hommes. Avec ce nouveau rôle social, ils vont apprendre à assumer des responsabilités », commente Baïthir Thiaw, cheveux blancs, qui se réjouit que son fils se soit marié dans la pure tradition layène. « Nous leur souhaitons tout le bonheur du monde car c’est courageux de leur part de s’être engagés par respect des préceptes religieux », enchaîne Khadim Ndiaye, père d’une mariée. Par le passé, plus de cinq-cents mariages ont été célébrés par l’actuel khalife. 


EnQuête 

Lundi 22 Décembre 2014
Dakaractu




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