MAME ADAMA GUÈYE VIDE LES DERNIÈRES POLÉMIQUES : « Mes excuses aux magistrats honnêtes et intègres… C’est malsain de demander aux gens de se taire… La dynamique de rupture promise…»


MAME ADAMA GUÈYE VIDE LES DERNIÈRES POLÉMIQUES : « Mes excuses aux magistrats honnêtes et intègres… C’est malsain de demander aux gens de se taire… La dynamique de rupture promise…»
L’ancien bâtonnier de l’ordre des Avocats regrette-t-il la dernière polémique née de ses propos évoquant l’existence d’une corruption au sein de la justice? Pas totalement ! Invité à Grand Jury, l’ancien candidat à la Présidentielle s’est tout juste excusé de la forme empruntée pour faire part de ses dénonciations et des commentaires désobligeants qui les ont davantage enlaidies.
Mame Adama Guèye dit rester convaincu que dans le fond, ses propos recoupent totalement la réalité, mais déplore le fait que le distinguo n’ait pas été fait entre magistrats et avocats véreux et leurs collègues qui ne cèdent jamais à la tentation. 
Ainsi, lance-t-il, d’emblée tous ses remords d’avoir porté du tort à certains maladroitement. « Il faut se féliciter de l’apaisement qui a été fait. Cette question est un peu dépassée. Il faut espérer que ce soit une crise salvatrice, parce que c’est souvent à partir de crises qu’on construit de bonnes choses. Ce qui serait dommage c’est de ne pas rebondir sur cette crise. C’est une fièvre qui a affecté Dame Justice. Il faut baisser cette fièvre. Il faut casser le thermomètre. On travaille à baisser cette fièvre... Il ne faut pas qu’on pense que la justice est la seule affaire des magistrats et des avocats. La justice est rendue au nom du peuple Sénégalais. La justice fonctionne aujourd’hui sur la vision originelle alors que les missions ont considérablement changé. Il est temps de changer certaines choses. » 
Et, par rapport à ces dénonciations, Mame Adama Guèye s’est voulu sans ambages : « Je ne suis pas un homme de scandales. J’ai du respect pour les gens. Si je savais que mon propos pouvait blesser, je l’aurai dit autrement. De la manière, même si quelqu’un a tort, si la manière de le lui dire peut blesser, il ne faut pas le faire. L’autre élément important c’est par rapport à ces nombreux magistrats, très valeureux, fidèles à leur serment qui font un travail remarquable et qui ont pu se sentir visés à cause des interprétations mauvaises de mes propos. A ces personnes là , avec la plus grande humilité je leur présente mes excuses… à ces magistrats intègres. Mais sur le fond, tout le monde s’accorde sur la réalité de la situation. Si c’était à refaire, c’est cela que je prendrais en compte. » 
L’avocat de marteler, en passant,  que « cette question de la corruption est une question systémique qui intègre beaucoup d’acteurs » avant de préciser : « Je n’ai jamais dit que la corruption est l’affaire de toute la magistrature. »
 
Interpellé sur les réformes urgentes de la justice, Mame Adama Guèye préconise trois éléments essentiels à absolument intégrer. il s’agit, selon lui, d’abord de l’effectivité de l’autonomie financière de la justice, regrettant le fait que « c’est l’Etat qui tient toujours les cordons de la bourse. » Pour Me Guèye il faut que  «  le budget de la justice soit géré par la justice. »  Il s’agit, ensuite, de réformer profondément le Conseil supérieur de la Magistrature et enfin de réfléchir sur la question du statut des magistrats avec la mise en place d’un système d’avancement qui privilégie la compétence et l’intégrité au détriment du simple élément de l’ancienneté. Mame Adama Guèye de considérer que les propositions dans ce domaine du Président Sall manquent de pertinence. « C’est une réforme cosmétique…cela ne garantit pas la diversité. Il lui faut revenir à son engagement du Yoonu Yokkuté… Il faut aussi améliorer, élargir les compétences du Conseil Constitutionnel. »
 
« C’est malsain de demander aux gens de se taire »
L’invité de Grand Jury s’est aussi attaqué aux propos du Président Macky Sall et de son premier ministre qui ont demandé, d’une part et d’autre, aux débatteurs et aux professeurs de se taire. C’est notamment sur la question de la nature de l’avis qu’émettra le Conseil Constitutionnel lorsqu’il sera sollicité par le Chef de l’Etat sur la réduction de son mandat. Pour l’avocat «  c’est malsain en démocratie de demander aux gens de se taire…C’est très regrettable. C’est abusif de parler de République des professeurs. Les professeurs sont dans leur rôle hautement intellectuel de nous éclairer. Là où les gens ne se parlent pas, elles se battent. Il faut laisser les gens s’exprimer.  Ce débat qui l’a déclenché ? C’est Monsieur le professeur ministre-conseiller du Président de la République. »
 
Mame Adama Guèye pas emballé par le bilan d’étape
L’ancien bâtonnier de l’ordre des Avocats, réagissant sur le bilan d’étape du régime Sall, semble peu convaincu. A l’en croire, le Président Macky Sall doit être jugé par ses engagements de proposer une gouvernance sobre et vertueuse. «  Si on regarde les différentes questions posées  par les Assises nationales, les institutions, les libertés , la citoyenneté, les mandats, la taille du Gouvernement, la réforme de l’administration publique, la question de l’accès à l’information, les questions de l’appel à candidature, l’indépendance des corps de contrôle, le CESE, les agences, le clientélisme politique, les nominations avec une connotation politique très forte, 71% des marchés ont été faits par DRP… » La dynamique de rupture n’est toujours pas enclenchée, selon l’avocat.
Lundi 18 Janvier 2016
Dakaractu




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