MAGUETTE DIOP (UMS) : « Au Sénégal, il n'y a pas de lien ombilical entre la justice et l’exécutif… Dans l’affaire Karim, la justice n’a pas été instrumentalisée… La corruption est partout! »


Président de l’Union des Magistrats du Sénégal, le juge Maguette Diop s’est refusé catégoriquement, tout au long du « Grand Jury » de ce dimanche dont il était l’invité, d’accepter qu’au Sénégal, la justice n’est pas complètement indépendante. Cette indépendance est, selon lui, «  la marque de fabrique » du pouvoir judiciaire. « On ne peut concevoir une justice qui n’est pas indépendante. Ce n’est pas un luxe pour nous, mais un socle de notre métier. L’indépendance de la justice au Sénégal est une œuvre continue. L’art 53 de notre charte fondamentale le consacre clairement. Elle s’apprécie aussi au plan individuel. C’est un état d’esprit », dit-il, avant de soutenir mordicus que « les magistrats du Sénégal sont absolument indépendants. Je me base sur des faits concrets. J’aimerai que l’on me dise en quoi on douterait sur l’indépendance des magistrats. Les magistrats ne versent jamais dans une victimisation à outrance. Ce sont d'honnêtes gens qui ont de la dignité, de l’honorabilité à conserver. L’indépendance est un comportement de tous les jours. Le magistrat doit s’affranchir de toutes les pesanteurs. Le juge doit observer l’obligation de neutralité vis-à-vis de tout le monde, de son chef religieux, de sa famille… Il est mis en place un mécanisme pour que qui s’écarte de ce code de conduite, soit sanctionné! »
 
APPLICATION DU PRINCIPE DE L’INAMOVIBILITÉ DU JUGE 
Toutefois, Maguette Diop estime qu’il faut que  « cette indépendance soit davantage renforcée ».  Pour ce, précise-t-il, il faut aller dans le sens de donner au principe de l’inamovibilité des juges toute sa quintessence. Ce principe est, regrette-t-il, souvent écorché par la nécessité de service. Il y a des exceptions qui enlèvent à ce principe tout son sens. Une loi organique est en voie, tout de même ». Le juge rappelle par ailleurs que la justice est un service public, ce qui légitimise l’existence d’un ministre de la justice. Par contre, martèle-t-il, « il n'y a pas de lien ombilical entre la justice et l’exécutif et par conséquent, aucune ingérence de sa part dans la manière de distribuer la justice. »
 
LA JUSTICE INSTRUMENTALISÉE DANS L’AFFAIRE KARIM ?
« Absolument pas ! » a été la réponse du Président de l’UMS. Pour lui, dans cette affaire, « la justice a fait ce qu’elle avait à faire. Si la loi a été respectée dans toute sa rigueur, pourquoi trouver à en redire. Le Président de la République a usé de son pouvoir de grâce, en quoi la justice est-elle concernée? La justice est faite et définitivement faite. Dans cette affaire, les magistrats ont appliqué la loi. Je le dis de façon péremptoire jusqu’à ce qu’on m’apporte les preuves que les magistrats ont été instrumentalisés dans cette affaire et dans toutes les autres affaires… » 
Interpellé sur l’avenir de la traque des biens mal acquis, le juge estime qu’elle doit se poursuivre. « Elle doit être poursuivie. Elle ne doit pas s’arrêter. C’est l’Etat du Sénégal qui doit mener jusqu’à terme cette politique. Elle ne doit pas se terminer comme un boudin…. J’estime qu’elle est au ralenti. La commission d’enquête judiciaire ne se saisit pas d’office. Elle ne se saisit pas. Chaque affaire qui sera portée à son examen sera traitée à  équidistance des parties. Le juge est là pour faire appliquer la loi dans toute sa rigueur. Les pressions ne peuvent pas provenir du pouvoir politique ». Invité à donner son point de vue sur le protocole de Rebeuss, le juge Maguette Diop lave à grande eau les magistrats une nouvelle fois en posant, notamment, cette question : « Est-ce que vous avez la signature d’un magistrat?, avant de conclure sur la question en ces termes « cela ne concerne que des politiques ».
 
LA CORRUPTION EST PARTOUT
« La corruption est aussi vieille que le monde. La corruption, elle est partout. Il appartient à chaque corps d’avoir des mécanismes forts pour combattre ce phénomène qui gangrène tous les secteurs », a laissé entendre le Président de l’Union des magistrats du Sénégal. 
Toutefois, il rappelle que le secteur de la magistrature sanctionne ses membres à chaque fois qu’ils commettent des fautes graves. Pour ce qui concerne l’affaire Mame Adama Guèye, Maguette Diop déclare que l’UMS avait porté plainte. « Nous avons estimé que c’était une accusation extrêmement importante. Me Adama Guèye a lui-même reconnu qu’il a commis une erreur. Mais, nous nous battons pour des principes. Personnellement, je n’ai rien contre lui. C’est une corporation... »
Dimanche 14 Août 2016
Dakaractu




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