MACKYAVELISME !


MACKYAVELISME !

Nous avons assisté à des réactions jubilatoires, au lendemain de la publication du projet de loi portant réforme de la Constitution par le président de la République, Macky Sall. L’extase de certains a été ponctuée par des commentaires du genre : «Macky clôt le débat». D’aucuns de ses partisans ont même reproché à la presse de n’avoir pas suffisamment salué la volonté du chef de l’Etat de respecter sa parole, en comparaison au «wax waxett» d’Abdoulaye Wade qui avait fini par mettre notre pays sens dessus-dessous, avec son lot de morts. Mais, y-a-t-il réellement de quoi fouetter un chat ? Jusque-là, Macky Sall reste dans la logique de son engagement à réduire son mandat. Toutefois, contrairement à son successeur qui s’est publiquement dédit, sans utiliser de faux-fuyants, le président de l’Alliance pour la République, lui, avance masqué et entretient un flou artistique qui ne permet toujours pas de dissiper complètement les grosses zones d’ombre qui planent sur sa volonté de réduire son mandat. Contrairement à ce que voudrait nous faire croire le secrétariat exécutif de l’APR, le problème est loin d’être résolu.

Et pour cause, beaucoup d’entre eux, et pas de moindres, continuent à soutenir que le Chef de l’Etat est tenu de respecter l’avis (et non une décision) du Conseil Constitutionnel. Or, tout le monde sait déjà la réponse des 5 Sages, qui sera sans aucun doute : «non à la rétroactivité». On se souvient encore de la jurisprudence Wade. «La déclaration du président de la République, quelle que soit la solennité du moment, n’a aucune valeur juridique», avait déclaré le Conseil Constitutionnel pour valider la candidature du pape du Sopi en 2012. Le camp de Macky Sall est convaincu qu’il n’en sera pas autrement. C’est pourquoi, il ne voudrait pas qu’il fasse fi de cet éventuel avis. 

La campagne du «NON» lancée

Et dans l’hypothèse où le Président Sall déciderait de passer outre l’avis des «5 Sages», il pourrait aussi compter sur la campagne du «NON» qu’il aurait lui-même bénie. La thèse de la démocratie interne du parti que tentent de nous vendre les membres de l’APR ne tient pas la route. C’est encore une fois du saupoudrage savamment orchestré pour valider le septennat. Pourtant dans le pays, des meetings sont organisés par des responsables de l’APR pour voter «NON». Le week-end dernier c’était à Rufisque, où des ténors du parti ont effectué le déplacement.

Le 30 janvier prochain, il est prévu un méga meeting de Farba Ngom pour la campagne du «NON», etc. Cette «indiscipline» des militants est voulue par le Chef de l’Etat. Sinon, il aurait depuis longtemps sifflé la fin de la récréation. Comme il a déjà eu à le faire avec Moustapha Cissé Lô, qui avait déclaré la guerre à Moustapha Niasse pour la conquête du Perchoir de l’Assemblée nationale. 

Mieux, pour accorder au leader de l’Alliance des forces du progrès, un quinquennat, il fallait qu’il s’assure que ce dernier ne lorgne plus son fauteuil en 2017 ou 2019. Ce qui prouve que même si l’âge politique de Macky Sall est relativement court, il est loin d’être le dernier de la classe.  

L’exemple du Général De Gaulle

 Toutefois, c’est à se demander si Macky Sall ne court pas un énorme risque en bénissant la campagne du NON contre son référendum. La souveraineté nationale appartient au peuple qui l’exerce par la voie référendaire ou de ses représentants. Autrement dit, le peuple est au-dessus de n’importe quel texte de loi, fût-il la charte fondamentale (Constitution). 

Ce référendum aura donc une conséquence sur la présidence de Macky Sall. Qu’adviendrait-il, si le patron de le patron de l’Apr affiche une volonté de réduire son mandat tout en tirant les ficelles, autrement dit en laissant à  ses militants toute la latitude de mener une campagne du «NON» et que ce dernier l’emporte ? Un tel résultat pourrait être interprété comme un désaveu populaire de sa politique. Le débat qui s’en suivra, risquerait d’être intenable. Il pourrait même être assimilé à ce qui est arrivé au Général Charles De Gaulle en 1968. Pour répondre aux désirs de modernisation de la France exprimés lors des manifestations de 1968, rappelle-t-on, De Gaulle avait préparé une réforme du Sénat accompagnée d'une loi sur la régionalisation. Il avait également décidé de mettre tout son poids dans cette élection en annonçant qu'il démissionnerait en cas de victoire du «non». Lorsque les résultats donnant une victoire du «non» ont été officiellement annoncés, il avait remis sa démission, quittant définitivement la vie politique française. C’est dire que cette stratégie qui est en train de prendre forme au sein de l’APR, est un couteau à double tranchant. 

La jurisprudence  Wade

L’autre risque encouru, c’est encore une future polémique en cas de non rétroactivité de la loi. Dans le cas de figure où l’élection présidentielle se tiendrait en 2019, avec une adoption du projet de loi faisant passer le mandat du président de 7 à 5 ans, Macky Sall pourrait postuler en 2024 pour un 3ème mandat. Pour la bonne et simple raison que la nouvelle modification passant d’un septennat à un quinquennat, et adoptée seulement en 2016, ne concernerait pas le mandat de 7 ans de l’actuel Chef de l’Etat. Il aura fini de faire 12 ans, s’il est bien sûr réélu, et n’aura que 63 ans à ce moment. Ses constitutionnalistes vont encore monter au créneau pour défendre un éventuel troisième mandat sous le prétexte que son premier n’était pas concerné. Le débat s’installera et le Conseil Constitutionnel sera une nouvelle fois appelé à trancher pour un résultat connu d’avance. Parce que comme l’avait soutenu avec beaucoup d’humour et de vérité cruelle, l’ancien Chef d’Etat du Sénégal : «Les constitutionnalistes sont comme des tailleurs. Il suffit juste de leur dire ce que vous voulez». Alors, évitons au Sénégal, ce probable fiasco. Aidons Macky Sall à rentrer dans l’histoire et redonnons à la démocratie sénégalaise, tant chahutée, la place qu’elle mérite en Afrique. Surtout pour notre peuple ! 
Jeudi 21 Janvier 2016
Dakaractu




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