MA VIE… MOUSTAPHA GUEYE, 29 ANS - «J’ai le Sida et ma famille m’a jeté à la rue»

L’on retient de ce jeune homme sa timidité maladive, son débit lent, son innocence, mais surtout son combat pour vivre. Moustapha Guèye a 29 ans, il a le Sida. Un mot lourd, très lourd à fourguer la frousse au plus téméraire, à faire peur tout simplement. Ce jeune homme affronte «l’horreur» sans se laisser vaincre. Il a contracté la maladie, il y a quatre mois de cela. Il a failli se tirer une balle dans la tête. Mais, il s’est ressaisi. Sa famille lui a tourné le dos, puis l’a jeté à la rue comme un malpropre. Son épouse P. Diallo, enseignante, 11 ans d’âge de plus que lui, lui aurait transmis le virus. Elle s’est fondue dans la nature. Sans donner de ses nouvelles. Aujourd’hui, Moustapha Guèye erre aux abords des allées Ababacar Sy (Dakar) sans gîte. Seul, très seul avec une si grande souffrance.


MA VIE… MOUSTAPHA GUEYE, 29 ANS - «J’ai le Sida et ma famille m’a jeté à la rue»
«Je suis de Mbour où j’allais en vacances chez ma tante. C’est elle qui m’a éduquée, après le décès de ma mère au quartier Diameguène II. Ensuite, dernièrement, je me suis rendu en Mauritanie chez ma grande sœur,  il y a de cela quatre mois. J’y ai passé un mois, il y avait des gens qui faisaient des campagnes de sensibilisation pour inciter les gens à faire le dépistage du Sida (Syndrome immuno déficient acquis). J’ai fait le dépistage et cela s’est révélé positif. Depuis quatre mois, je vis avec le virus du Sida. Quand j’ai découvert que j’avais contracté le virus du Sida, je n’étais plus moi-même. J’ai même pensé au suicide. Je me suis dit pourquoi ça m’arrive à moi. Je m’en suis ouvert à ma sœur qui me disait toujours de croire en Dieu. Elle m’a épaulé. Elle s’appelle Soukeyna Fall. Je pensais que quand on a le Sida, on meurt sous le coup. Elle m’a dit que tel n’était pas le cas et que des gens vivaient avec cette maladie depuis des années et personne ne s’en rend même pas compte.
A mon retour à Mbour, j’en ai parlé à ma tante. Mais elle m’a fait savoir que je ne pouvais plus rester chez elle. Elle m’a rejeté. Même quand j’entrais dans une chambre, je faisais l’objet de suivi. Les gens de la maison pensaient que je voulais les contaminer. Ma tante vérifiait toujours les seaux d’eau. Même quand j’entrais dans les toilettes, elle venait pour vérifier ce que je faisais. On ne me laissait jamais seul. A chaque fois, il y avait quelqu’un pour me surveiller. Il y avait des enfants de 5 à 6 ans dans la maison. Après cela, le mari de ma tante m’a appelé pour me dire que je ne pouvais plus rester dans la maison. Et c’était pareil dans tous les domiciles de mes parents où j’étais. Mes parents m’ont rejeté sans ménagement. Je suis venu à Dakar, j’ai encore refait le test et on m’a confirmé que j’avais le virus du Sida. Actuellement, je me sens seul. Je passe la nuit aux abords des Allées Ababacar Sy (Dakar). Lundi, j’ai même été victime d’agression et des voyous m’ont pris tout mon argent.
A Mbour, J’étais marié à une Sénégalaise du nom de P. Diallo qui a 11ans d’âge de plus que moi. Et je pense que c’est elle qui m’aurait transmis la maladie. Elle vivait à Saly (station balnéaire de Mbour), mais n’y est plus. Notre mariage n’a duré que six (6) mois. Nous ne sommes pas sortis trop longtemps. Nous nous sommes mariés l’année dernière. Nous nous sommes rencontrés dans une boîte de nuit. Une boîte qui s’appelle «l’Etage» et qui se trouve à Saly. J’avais 29 ans. J’allais lui rendre visite à son appartement. Elle m’a proposé le mariage. Elle me disait qu’elle était enseignante, même si je n’en suis pas sûr. Elle était la seule femme de ma vie. Et c’est elle qui a tout organisé pour le mariage. Mes parents étaient contre le mariage. Quand ma grande sœur est tombée malade en Mauritanie, je suis allée la voir. Je suis resté un mois là-bas. Depuis mon retour, je n’arrive pas à la retrouver. Je suis allé chez elle pour en savoir un peu plus, mais elle avait disparu. Je n’ai jamais eu de relationssexuelle avec des hommes, mais seulement avec des femmes. Et c’est vrai que j’ai eu pas mal de copines dans ma vie.
Par exemple à Dakar, j’ai eu une relation avec une Cap-Verdienne et notre relation a duré deux ans. C’était du temps où je logeais dans la capitale. J’ai fait l’amour avec elle une seule fois et cela s’est fait sans protection.
Quand j’accuse mon épouse de m’avoir transmis le virus, je fonde l’accusation sur le fait que je surprenais ma femme parfois qui ne cessait de tousser. Il lui arrivait également de tomber malade très souvent. Je pensais même qu’elle était enceinte. D’autant plus qu’elle me disait avoir mal au ventre et elle est venue à Dakar pour se soigner.
J’aimais vraiment ma femme. Et quand elle m’a proposé le mariage, je n’ai pas hésité. A l’époque, je disposais d’un Brevet technique supérieur (Bts) et ne faisais que des stages. Quand je suis revenu de la Mauritanie, elle avait disparu. Elle n’était plus dans son appartement et son téléphone était tout le temps sur répondeur. C’est une des raisons qui me poussent à penser que c’est elle qui m’a transmis le virus du Sida. Je ne sais pas pourquoi elle a disparu sans donner signe de vie. C’est vrai que quand mon épouse m’a dit qu’elle était enseignante, je n’ai pas cherché à en savoir davantage. Mon épouse m’a juste dit qu’elle était enseignante et je m’en suis tenu à ça.
Je connaissais une de ses cousines qui faisait la navette entre Thiès et Saly et qui logeais dans le même appartement que nous à Saly. Elle s’appelle A.Diallo. A part ça, elle a complétement disparu dans la nature. La propriétaire de la maison m’a juste dit qu’elle avait résilié le bail sans explication. Jusqu’à présent, je n’ai pas divorcé d’avec ma femme. Aujourd’hui, je suis devenu un sans domicile fixe, j’erre dans les rues et je ne sais plus quoi faire de ma vie. Je sais qu’avec cette maladie, je ne peux plus prétendre avoir une vie normale. La seule chose que j’espère, c’est avoir un toit, du pain et de quoi suivre un traitement. J’ai fait une contre-expertise auprès d’un médecin à Mbour qui m’a alors annoncé que mes résultats étaient positifs, il m’a dit que j’avais le Hiv1 et que c’était moins grave. Il m’a donné rendez-vous dans trois (3) à six (6) mois. Et en attendant, il m’a incité à avoir une vie saine. Ce qui m’est difficile.
Ma mère qui n’avait plus toute sa tête à la suite d’un accouchement est décédée en 2008. Je suis resté avec mes demi-frères et la cohabitation ne se passait pas très bien. J’ai une vie difficile et du plus loin que je m’en souvienne, j’ai toujours versé des larmes dans l’intimité de ma chambre à cause des paroles et actes malveillants que mes demi-frères m’opposaient. Même maintenant, leur demander de l’aide équivaut à m’exposer à d’autres moqueries et insultes. Je suis devenu un loup solitaire, toujours enfermé dans ma chambre. Aujourd’hui, les choses se compliquent pour moi, je n’ai plus où aller.»

L'Observateur

 
Dakaractu2




Mercredi 14 Août 2013
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