Lettres enflammées de Mitterrand: "Je ne sais pas si j'ai bien fait"

La récente décision d'Anne Pingeot, compagne clandestine de François Mitterrand, de publier plus de 1.200 missives enflammées de l'ancien président français dans un recueil intitulé "Lettres à Anne, 1962-1995", a surpris. "Je ne sais pas si j'ai bien fait", confie-t-elle.


Lettres enflammées de Mitterrand: "Je ne sais pas si j'ai bien fait"

Le recueil "Lettres à Anne, 1962-1995" (Editions Gallimard), en librairie depuis jeudi dernier, confirme le talent littéraire du président-écrivain décédé en 1996. Les quelque 1 200 missives reçues par la mère de sa fille cachée, Mazarine, tracent le portrait d'un grand amoureux, sensuel et romantique. "O désir de tes bras, de ton être, du feu et de la houle, du cri qui nous dépose aux bords d'un autre monde..." , écrit-il à son "Anne très chérie" , "Trésor des trésors" .

Il avait 46 ans, elle 19
François Mitterrand était marié et père de deux fils au moment de leur rencontre, en 1962. Il avait 46 ans, elle 19. Jamais il n'envisagera de divorcer de Danielle, son épouse, une forte personnalité très engagée en politique.

Son premier courrier promet à "mademoiselle Anne Pingeot" de lui envoyer son exemplaire du "Socrate" de Platon. "Ce petit livre sera le messager qui vous dira le souvenir fidèle que je garde de quelques heures d'un bel été." 

Peu à peu, se noue une complicité rare. Et le cœur s'emballe. "Avec vous s'éveillent des sentiments que je n'ai jamais connus." Après un voyage ensemble à Amsterdam, en 1964, les amants passent au "tu". Les lettres se font plus intimes. Souvenir de baisers ou d'étreintes : "J'aime ton corps, la joie qui coule en moi quand je détiens ta bouche, la possession qui me brûle de tous les feux du monde, le jaillissement de mon sang au fond de toi, ton plaisir qui surgit du volcan de nos corps, flamme dans l'espace, embrasement."

Il tacle ses amis socialistes
La politique affleure parfois. Mitterrand ne se montre pas toujours tendre avec ses fidèles. Dans une lettre de 1967, il parle "des socialistes, mes partisans, idiots et sectaires, n'employant que des arguments de sous-sol" . Il n'envisage pas de divorcer par crainte que cela ne compromette sa carrière. Aux doutes d'Anne Pingeot et à ses envies de liberté dessinées en creux, il oppose son amour "absolu, terrible, définitif" (1970). "Je t'ai mal aimée toi que j'aime si fort" , reconnaît-il en 1980. Cela ne l'empêchera pas d'envisager une paternité clandestine. Mazarine naît en 1974. En janvier 1975, il s'adresse à sa "Mazarine chérie" : "J'écris pour la première fois ce nom. Je suis intimidé devant ce nouveau personnage sur la terre qui est toi..."

"Tu as été la chance de ma vie. Comment ne pas t'aimer davantage?" 
A partir de 1981 et son élection à la présidence, les lettres deviennent plus rares : le chef de l'Etat partage de plus en plus le quotidien d'Anne et Mazarine. Sa double vie est un secret de Polichinelle tu par la presse française, au nom du respect de la vie privée. Les Français découvent sa liaison en 1994 quand "Paris Match" publie des photos avec Mazarine.

Les derniers courriers datent de 1995. Mitterrand vient de quitter la présidence. Très malade, il meurt en janvier 1996, à 79 ans. "Mon bonheur est de penser à toi et de t'aimer" , dit sa dernière lettre qui se termine par ces mots : "Tu as été la chance de ma vie. Comment ne pas t'aimer davantage ?" 

"Je ne sais pas si j'ai bien fait"
Cette ancienne conservatrice de musée évoque "avec pudeur mais sans tabou" sa relation secrète avec le président socialiste mort en 1996, dans une série d'entretiens avec l'historien Jean-Noël Jeanneney sur France Culture.

Anne Pingeot explique que c'est à la demande de l'Institut François-Mitterrand qu'elle a rouvert une correspondance "commencée il y a plus d'un demi-siècle", en vue de la célébration, en 2016, du centenaire de la naissance du chef d'Etat. "Je l'ai transcrite, ce qui était à la fois une épreuve et une façon assez étonnante de revivre toute ma vie". "Je ne sais pas si j'ai bien fait", confie-t-elle, expliquant s'être laissée convaincre par Jean-Noël Jeanneney. Pour l'historien, la publication de cette correspondance intime s'imposait car elle apporte "une meilleure compréhension d'un des personnages majeurs de notre histoire nationale au XXe siècle".

A 73 ans, Anne Pingeot tenait aussi à ce que les lettres soient publiées de son vivant, "de crainte que ça ne soit pas fait correctement" plus tard.

Première apparition publique lors des obsèques de Mitterrand
Ce n'est qu'en 1994 que les Français découvrent l'existence de cette liaison, scandaleuse pour certains, lors de la publication de photos du président Mitterrand avec Mazarine, née en 1974. Anne Pingeot apparaîtra pour la première fois en public le jour des obsèques au côté de la veuve officielle Danielle Mitterrand, décédée en 2011.

 
Lundi 17 Octobre 2016
Dakaractu



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