Lettre ouverte au Chef de l’Etat : Au nom des Archives et des Archivistes, je vous dis Merci (par Alassane DIALLO, Archiviste, Journaliste, Communicant, Master II en Droit de Régulation)

"Sous l'avalanche ininterrompue d'informations insignifiantes, plus personne ne sait où puiser les informations intéressantes." Bernard Werber in « La révolution des fourmis ».

En recevant le rapport 2015 de l’Inspection générale d’Etat (IGE), en juin dernier, vous aviez dit que vous êtes « gravement préoccupé par les défaillances constatées dans la gestion des archives. Des carences d’autant plus inacceptables qu’elles entraînent la disparition pure et simple de documents comptables et financiers comme l’avait constaté l’IGE dans certaines entités contrôlées ». Et vous aviez déclaré : « Ce rapport fera l’objet d’un examen attentif de ma part pour en déduire toutes les mesures idoines ». Eh bien, vous l’avez fait et prouvé, en rappelant, à la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres de ce mercredi 20 janvier 2016, « l’importance primordiale que vous accordez à la bonne conservation des archives et documents administratifs ».


Lettre ouverte au Chef de l’Etat : Au nom des Archives et des Archivistes, je vous dis Merci (par Alassane DIALLO, Archiviste, Journaliste, Communicant, Master II en Droit de Régulation)
Mieux, Son Excellence, le Président de la République, vous avez invité le Gouvernement « à veiller, dans les ministères et structures publiques, au traitement et au reversement réguliers des archives, conformément, aux lois et règlements en vigueur ».
Ainsi, vous apportez une solution aux problèmes soulevés dans le rapport 2015 de l’Inspection générale d’Etat qui signalait « la disparition de documents financiers et comptables et proposait d’aller vers la numérisation des archives ». En effet, dans ce document, « la conservation des documents financiers et comptables posait problème dans l’Administration sénégalaise».
A cette occasion, le Vérificateur général, M. François Collin n’indiquait-il pas que «la mauvaise tenue des archives ou leur destruction peut être source de distraction de ressources financières de l’Etat et de perte, pour la Nation, d’un important patrimoine, matériel comme immatériel ? »
Si je ne me trompe pas, je pense que c’est ce qui vous avait poussé à inviter « à exploiter au plus vite toutes les possibilités qu’offre le numérique en matière de stockage de données, quitte à adapter les textes relatifs à la conservation des archives ».
Réceptacle d’une grande partie de la production documentaire de l’Etat dont elle constitue la mémoire, la Direction des Archives du Sénégal éclaire les décisions des décideurs, en se fondant sur une information juste et fiable.
Et c’est pour cela aussi, je le suppose que vous avez demandé au Premier Ministre « de renforcer les moyens logistiques, humains et financiers de l’Ecole des Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes (EBAD), et de la Direction des Archives nationales » et que vous l’avez invité également à vous proposer, dans les meilleurs délais, « un Programme de Modernisation de la Gestion des Archives qui intègre la réalisation, à court terme, d’un Centre national des Archives, au Pôle urbain de Diamniadio ». Qui a dit ou fait mieux ? Personne, à part vous, Mbegnou Gana Samba Mariame Molo Barroga.
Excellence, Monsieur le Président de la République,
Merci d’avoir instruit de redonner ses Lettres de noblesse à l’Ecole des Bibliothécaires, Archivistes et Documentalistes (EBAD) dont la renommée dépasse de loin nos frontières (je me souviens de mes camarades africains comme Nana Adam et Adja Salami Mouna du Togo, Moussa Oumarou du Niger, Martine Epoupa, Jaqueline Maganou, Aminatou Moustapha du Cameroun, Pascaline Fernande Mouango, Valérie Antchoué, Saba Sébastien, Zodi Guy Jonathan, Abelogo Arlette du Gabon…, sans parler des Sénégalais), dont je m’honore d’être des siens et qui a formé beaucoup de gestionnaires d’Archives, dont, malheureusement, après avoir vécu un long chômage, ont, en majorité changé de métier. C’est mon cas, aussi.
Une petite anecdote, si vous le permettez… A ma sortie de l’EBAD, en 1996, grande et triste fut surprise d’entendre de la bouche d’un responsable d’une société de la place auprès de qui je venais solliciter un emploi d’archiviste me répondre, avec plein de railleries : «Archives, « jaarna dem ba »* Université. Ici, c’est notre gardien qui est l’archiviste de la société ».
Excellence Monsieur le Président de la République,
Merci de réhabiliter les Archives et de redorer le blason de l’Archiviste. Oui, celui-là que le regretté Jean Favier médiéviste français et ancien Directeur des Archives de France définissait comme « celui grâce à qui, ce qui fut fait se transforme en documentation au profit de ceux qui feront aussi bien qu'au profit de ceux qui voudront savoir comment on fit ».
C’est nécessaire, car les archives et les archivistes sont peu connus ici. Du moins, leur utilité est ignorée par beaucoup de gens. Et pour vous soutenir dans cette dynamique, en félicitant et encourageant ceux qui m’ont donné la passion des archives (Mes professeurs Ibrahima Lô, Directeur du Livre, Mbaye Thiam, ancien Directeur de l’EBAD, Saliou Mbaye, ancien Directeur des Archives du Sénégal, le regretté Antoine Tendeng, Ousmane Sané, ancien Directeur de l’EBAD, Mody Sow, ancien Directeur de l’EBAD, Pr Ahmed Ndiaye,  Babacar Ndiaye, ancien Directeur des Archives. La liste n’est pas exaustive…), j’appelle de tous mes vœux, tous les archivistes et diplômés de cette prestigieuse Ecole, à s’approprier ce combat que vous êtes en train de mener pour la transparence dans la gestion publique.
Pour ce faire, en nous basant sur la loi n° 2006-19 du 30 juin 2006 relative aux archives et aux documents administratifs qui a abrogé et remplacé la loi n° 81-02 du 2 février 1981, rappelons d’abord la définition des archives, mais aussi de leurs fonctions.
Définition des archives
Les archives sont constituées par l’ensemble des documents quels qu’en soient la nature, la forme ou le support matériel, produits ou reçus par une personne physique ou morale dans le cadre de son activité publique ou privée. Les archives sont soit publiques, soit privées.
Selon leur mode d’utilisation on distingue : les archives courantes ; les archives intermédiaires  et les archives historiques.
C’est cela que certains assimilent aux trois âges des archives (actives, semi-actives et inactives).
Les archives courantes ou actives sont les documents utilisés de manière fréquente par les administrations et organismes qui les ont produits ou reçus dans l’exercice de leur fonction.
Les archives intermédiaires ou semi-actives sont des documents utilisés de manière épisodique et qui sont conservés sans limitation de durée.
Les archives inactives sont celles destinées à la recherche scientifique.
Fonction des archives
Matière première pour les historiens, mais aussi pour les sociologues, les psychologues et psychiatres, les chercheurs en médecine (avec la médecine généalogique mais aussi pour retracer les épidémies), les chercheurs scientifiques et les économistes (des chiffres hors contexte ne veulent rien dire), les archives, bien qu’étant du passé, sont collées au présent pour servir l’avenir. Que ce soit au niveau des entreprises privées que pour les organismes publics, les archives aident à l’efficacité administrative. Combien coûte un document qui n’est pas trouvé à temps en recherches vaines ? Combien de contrats manqués pour cause de manque de documentation  ou de non respect des échéanciers ?
Leurs fonctions sont nombreuses et variées. Mais l’une des plus importantes est la valeur probatoire. Elles servent de preuves et éclairent la décision publique. Comme disait l’autre : « les archivistes peuvent apporter des réponses face aux nouvelles problématiques techniques et sociétales que posent les documents numériques. Les professionnels du document étudient depuis longtemps l’évolution des inscriptions du savoir et sont donc des vecteurs pour aider à définir une certaine stabilité dans ce tourbillon d’informations et de nouvelles technologies qui changent nos manières de voir et de faire ».
Ceci dit, ils jouent à la fois le rôle de gar¬dien de la mémoire, média¬teur, ges¬tion¬naire et de déci¬deur.
Adossés au code de déon¬to¬lo¬gie, ils procèdent au traitement des documents (de la collecte à la cotation, en passant par le versement, le classement et la définition des calendriers de versement, à la communication et à la valorisation des documents, conformément aux délais de prescriptions légales).
Mais pour qu’ils accomplissent cette mission, il leur faut des espaces de dépôts des archives. Le papier n’est-il pas le pain quotidien de l’Administration ? Qu’en est-il alors de la préservation ou de la conservation des documents d’archives ? C’est là, Excellence, Monsieur le Président de la République que votre décision de mettre en œuvre un Programme de Modernisation de la Gestion des Archives qui intègre la réalisation, à court terme, d’un Centre national des Archives, au Pôle urbain de Diamniadio, est plus qu’intéressante.
« En effet, l’archiviste, nous enseignait Feu Antoine Tendeng (disparu dans le Joola), doit prendre soin des documents qui lui sont confiés de façon à ce qu’ils puissent être utilisés non seulement aujourd’hui, mais aussi dans l’avenir. Il importe donc de prendre des mesures préventives de conservation dès le moment de l’acquisition, en évitant une mauvaise manipulation dans le but de prévenir les dommages causés par les agents chimiques, l’eau, le feu, la saleté, la moisissure et les insectes xylophages (mangeurs de bois ; le papier est du bois). En outre, l’absence de poussière et de pollution dans l’air prolongera la vie des documents. (…) » Comment l’archiviste, du moins, l’archiviste sénégalais pourra-t-il faire tout cela, au moment où des kilomètres linéaires des fonds d’archives de l’AOF et du gouvernement du Sénégal ont du mal à tenir aux sous-sols du Building administratif, actuellement en réfection. Où vont être reçus les versements d’archives avec toutes ces difficultés ? Vous comprenez aisément, pourquoi une bonne partie de notre mémoire collective est perdue chaque année. Mais, avec votre noble décision, tout cela ne sera bientôt qu’un mauvais souvenir, Excellence Monsieur le Président de la République.
Je vous épargnerai de poursuivre ce cours très redouté par les jeunes « Ebadistes », mais il faudrait que je partage avec vous, sur l’origine de la création des Archives du Sénégal, pour vous permettre de jauger l’importance de ce métier dont la vulgarisation et la promotion méritent encore d’être mieux faites.
Créé par l’arrêté n° 959 du 1er juillet 1913, le service des Archives a été érigé en direction par le décret n° 77-621 du 21 juillet 1977, sous le nom d’«Archives du Sénégal ». C’est l’organe de l’Etat compétent pour toutes les questions d’archives. La Direction des Archives du Sénégal relève du Secrétariat général du Gouvernement qui est rattaché à la Primature.
Excellence, Monsieur le Président de la République, Merci mille fois pour cette ingénieuse décision, car grâce aux archives, la réalisation des objectifs visés à travers ces actions, irradiera de lumière et de bonheur le Plan Sénégal Emergent (PSE), ce nouveau modèle de développement et référentiel de la politique économique et sociale sur le moyen et le long terme pour accélérer la marche de notre pays vers l’Emergence.
En prenant cette décision de développer les archives, vous posez un faisceau de lumière sur la gestion publique. Et l’on sait que « la décision est souvent l'art d'être cruel à temps ».
*Pour être archiviste est-il nécessaire d’aller à l’Université ?

Alassane DIALLO, Archiviste, Journaliste, Communicant, Master II en Droit de Régulation
Tel : 77 634 90 96
E-mail : alassane68@gmail.com

 
Vendredi 22 Janvier 2016
Dakaractu




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