Lettre ouverte à Mr le Président de la République Macky SALL

A bout de souffle et pour insuffisance de résultats, le Ministre de la Santé et de l’Action Sociale doit partir.


Lettre ouverte à Mr le Président de la République Macky SALL

Mr le Président de la République, dans notre dernière contribution parue dans le Journal « Libération » en date du 26 janvier 2016 et portant sur l’Action Sociale, nous avions promis d’en faire de même pour le secteur de la Santé.
Pour rappel, la nouvelle dynamique communautaire et sociale (NDCS) est une structure créée depuis mai 2013 et regroupe des travailleurs sociaux, des psychologues conseillers, des économistes de la santé, des animateurs communautaires. Elle est une structure d’alerte, de veille et de propositions dans les domaines de la Santé et de l’Action Sociale.
Mr le Président de la République, depuis votre accession à la magistrature suprême de notre pays, vous avez placé la santé au rang des secteurs prioritaires dans l’atteinte des objectifs de développement du Sénégal. Cet engagement s’est traduit dans le choix stratégique de faire du secteur santé comme pilier essentiel de « l’axe II du Plan Sénégal Emergent : Développement du capital humain» et mis en exergue par le volume d’investissement extraordinaire mobilisé pour ce secteur. Au bas mot, en 04 ans, plus de 600 milliards du budget Etat ne tenant pas compte de la forte contribution des nombreux partenaires Techniques et financiers ont été mobilisés. Des efforts fortement appréciés par l’ensemble des citoyens et les acteurs du domaine mais ils tardent à impacter et à transformer de manière qualitative l’accès aux paquets de soins et service des populations, votre cheval de bataille au quotidien. Rien n’a changé, pire nous constatons une dégradation de notre système de santé. A entendre les complaintes et plaintes des populations, l’impression forte qui se dégage renvoie à une forte déception  des citoyens sous votre magistère.
  Le dernier rapport de l’OFNAC sur la corruption en milieu hospitalier doit être assimilé à un scandale honteux et un crime vis-à-vis de pauvres citoyens. Une situation connue, mais silence et complicité coupable de la part des responsables du Ministère.
Le sentiment le mieux partagé est que les résultats actuels du secteur de la santé qui ne s’est jamais aussi mal porté, constituent un échec retentissant de votre bilan et remettent ainsi en question la perception des citoyens relativement à vos réalisations.
Le secteur est traversé de part en part par de sérieux goulots d’étranglement. Nous  en citerons quelques  éléments patents.
1/ La couverture maladie universelle ; c’est l’un de vos projets sociaux les plus pertinents et qui amplifie votre vision de faire de l’émergence des populations une réalité dans ce domaine. Nous connaissons tout l’engagement du Directeur Général de l’Agence de la Couverture Maladie Universelle qui a parcouru et sillonné tout le pays pour donner corps à votre vision en mettant en place des centaines de mutuelles de santé et accompagner les acteurs des départements dans l’élaboration des plans d’actions. Lui a compris votre vision malgré les difficultés et pesanteurs internes posées par le Ministère. C’est un expert du domaine sur qui vous pouvez compter pour amorcer des changements et impulser une dynamique au secteur de la santé moribond. Cependant, les avancées significatives en CMU sont remises en cause par les contraintes liées à la dégradation des plateaux techniques des structures sanitaires, aux ruptures fréquentes de médicaments, au mauvais accueil des patients, aux grèves perlées dans les hôpitaux… il faudrait revoir l’ancrage institutionnel de l’Agence de la CMU.
 Sur l’accueil des patients, l’ONG SYCODEV vient de sortir un rapport accablant qui montre comment la majorité  des sénégalais se détournent des structures sanitaires tellement habités par la psychose (45% des sénégalais). Avec ces écueils, il est illusoire d’espérer la réalisation de la CMU.
Ces résultats dégradants sont corroborés par l’article de Dr Mohamed LY parue dans le Journal « Libération »N°4052 en date du 26 mai 2016 qui confortent le recul de notre pays dépassé par des pays comme la Mauritanie, la Gambie, le Ghana… notre pays n’est plus une référence en Afrique. Les catastrophiques résultats de la mortalité maternelle et infantile doivent heurter nos consciences et appeler à une rupture pendant ce temps l’autorité ministérielle préfère faire dans l’activisme et le populisme.
Nos gestionnaires et professionnels vont apprendre désormais au Rwanda, au Burkina Faso, quel recul : Incapacité du Ministre de la Santé et de l’Action Sociale.
2/ Le management du secteur : notre pays n’arrive pas aujourd’hui à présenter une situation claire et cohérente de sa situation sanitaire. Des échos qui nous sont parvenus de la dernière Revue Annuelle Concertée (RAC) activité majeure, notre pays est incapable de fournir des données cohérentes et complétes. Fait majeur incompréhensible et insoutenable, l’absence des données et des contributions des partenaires techniques et financiers mettant ces derniers dans une position gênante. Ne soyons pas surpris de voir les bailleurs de Fonds déserter le secteur de la santé par ce que ce dernier ne dispose de tableau de bord clair. Le Ministre fait dans l’activisme à travers des campagnes médiatico-folkloriques pour citer Dr LY au lieu de s’occuper de ce tableau pas reluisant du tout.
Le management des ressources humaines du Ministère de la Santé et de l’Action Sociale demeure aujourd’hui très préoccupant. Il est marqué du sceau du clanisme, du népotisme. A titre d’exemples, la nomination des Directeurs des Hôpitaux, des Médecins chefs de région, de la Directrice Générale de l’Action Sociale.
Pour preuve, la situation dramatique de l’hôpital régional de Saint-Louis qu’elle est incapable de résoudre et qui tient en haleine tout un système  nécessitant ainsi l’implication à la fois de Mr le Premier Ministre et du Médiateur de la République, est causé tout simplement par un problème de casting à travers le choix inapproprié du Directeur de l’Hôpital qui n’a pas véritablement le profil pour gérer la structure. Les changements intempestifs apportés à la tête  des directions des hôpitaux est une volonté de caser des affidés, des éléments de sa cour (hé oui le Ministre a sa cour) au moment où des cadres valeureux et dignes  se tournent les pouces à la Direction Nationale des Hôpitaux. Ceci explique cela.
 La dernière nomination de la Directrice Générale de l’Action Sociale, Médecin de son état qui n’a jamais connu l’administration est la preuve la plus manifeste du manque de loyauté du Ministre de la Santé vis-à-vis de Mr le Président de la République. Comment comprendre au moment où le Chef de l’Etat veut apporter des réponses concrétées  et hardies  à la forte demande sociale des populations (plus de 60% d’indice de pauvreté), l’autorité ministérielle  lui propose un Médecin sans aucune expérience administrative et qui a laissé derrière elle   une gestion catastrophique au  Centre Talibou Dabo pour diriger la Direction Générale de l’Action Sociale, mais comme elle est membre du fameux mouvement CO.ME.VA (comme EVA), manière cynique  de la motiver. Ce choix confirme une fois de plus tout le mépris du Ministre de la Santé à l’endroit des cadres confirmés de l’Action Sociale. Ce mauvais casting présage  d’un échec évident.
Mr le Président de la République,  au regard de tout ce qui précède, ce deuxième passage du Ministre de la Santé a déçu toutes les espérances. Après plus de 04 ans passés au Ministère de la Santé et de l’Action Sociale et marquée sans nul doute par le poids de l’âge (70 ans), Mme Awa Marie COLL SECK doit passer le témoin. Notre pays regorge suffisamment de ressources humaines très qualifiées capables de la remplacer, d’impulser le secteur et d’apporter des résultats probants.
Un poste de Ministre  à vos côtés, en attendant un virtuel atterrissage à l’OMS,  ne lui ferait que du bien.
Sentiments patriotiques.
 
                                                                      Le Président de NDCS  Moustapha DIBA
                                                    Diplômé Sciences Sociales (Université de Liège, Belgique)
                                                                               Dakar, FANN

Mardi 14 Juin 2016
Dakar actu




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