Les marins d’une compagnie en faillite errent sans but sur les océans


Les marins d’une compagnie en faillite errent sans but sur les océans
C’est une situation particulièrement insolite pour les marins de la compagnie Hanjin Shipping et les quelques passagers qui les accompagnaient. La septième entreprise mondiale de fret maritime, appartenant au groupe sud-coréen Hanjin, a demandé début septembre son placement en redressement judiciaire, en Corée du Sud et aux Etats-Unis, déclenchant une situation ubuesque qui dure depuis près de deux semaines : la compagnie indique sur son site qu’une soixantaine de cargos sont toujours signalés comme « attendant au large » dans différentes régions du monde. Les ports internationaux leur interdisent l’entrée, car ils craignent que la compagnie ne puisse pas payer les frais de mouillage et de déchargement des marchandises.



Les membres d’équipage seraient entre 1 500 et 2 500 en tout, coincés au large des ports. Ils sont pour la plupart sud-coréens, philippins et indonésiens, mais il y a aussi des équipages polonais, allemands, deux passagers américains et une Britannique. Ces cargos qui errent sur toutes les mers du monde transportent par ailleurs 500 000 conteneurs, des marchandises dont la valeur avoisinerait les 14 milliards de dollars. Des sociétés comme Samsung et LG s’inquiètent de l’arrivée retardée de leurs stocks à l’approche d’une période de vente importante pour le marché américain : Thanksgiving, Black Friday et les fêtes de Noël.

Attente indéfinie

Samedi, la société Korean Air, membre du groupe Hanjin, a donné à l’armateur une caution de 55 millions de dollars (49 millions d’euros) pour essayer de résoudre cette crise. 36 millions de dollars (32 millions d’euros) ont été versés en début de semaine pour permettre de décharger des cargaisons. Selon les déclarations des régulateurs sud-coréens, le déblocage d’autres fonds pourrait prendre beaucoup plus de temps. Les médias sud-coréens estiment par ailleurs que le total des frais pour décharger l’ensemble des bateaux tournerait autour de 543 millions de dollars (483,6 millions d’euros).

Au début de septembre, la BBC détaillait les différents scénarios possibles pour les marins. Outre le fait d’être coincés sur un cargo pour une durée indéterminée, la plupart d’entre eux feront rapidement face à des incertitudes en termes de salaire, puisque les sociétés qui les emploient ne seront probablement pas payées par Hanjin Shipping. A terme, le pétrole ou la nourriture viendront à manquer, même si la BBC estime que si la situation atteint de telles extrémités, « les ports seront probablement obligés de les laisser accoster ». Outre l’injection de fortes sommes d’argent pour payer les frais portuaires, l’autre solution consiste à vendre les bateaux, au rabais.

Outre les marins, l’un des cargos a également embarqué à son bord Rebecca Moss, une jeune vidéaste britannique de 25 ans qui participait par l’entremise d’une galerie de Vancouver, à un projet de résidence d’artiste baptisé « Vingt-trois jours en mer ».
 

8 days after the news was announced of Hanjin's bankruptcy....

Une photo publiée par Rebecca Moss (@_rebecca.moss) le

Richesse artistique

Depuis la faillite de la compagnie, la jeune fille tient la chronique de son attente à bord du cargo Hanjin Geneva, parti de Vancouver pour Shanghai, et qui a jeté l’ancre au large du Japon. « Nous n’avons aucune idée de quand nous pourrons entrer dans un port », a confié la jeune artiste au Guardian, par e-mail. « Ne pas savoir quand cela va s’arrêter est le plus pénible », confie-t-elle, affirmant qu’elle et l’équipage sont « unis dans [leur] vulnérabilité face à des multinationales qui sont bien contentes de nous laisser là pendant qu’ils sauvent ce qu’ils peuvent récupérer ». Elle ajoute : « Notre liberté et notre dignité nous sont enlevées alors que nous tanguons sans but sur la mer. »

Mais l’artiste reconnaît également que cette situation trouve un écho particulier dans ses idées. Les dizaines de tonnes de marchandises avec lesquelles elle a embarqué n’ont finalement plus de destination : « Cette histoire a souligné la contradiction que j’ai toujours perçue dans ce flot infini de choses qui traversent en permanence l’océan Pacifique », a-t-elle affirmé.

Les œuvres de cette vidéaste consistent entre autres à se mettre en scène dans des scénarios improbables, comme de rouler sur une pente recouverte de tapettes à souris ou de sauter dans une flaque d’eau déguisée en grenouille. Pour elle qui avait embarqué dans le but d’explorer le « potentiel comique de la confrontation entre la nature et l’homme », la situation est donc particulièrement ironique, mais aussi très riche sur le plan artistique.

« Pour ceux qui connaissent mon travail et mon sens de l’humour, cette situation semble étrangement faite pour moi et je suis sûre que cette expérience nourrira mon travail pour les années à venir », a-t-elle affirmé. Elle a, cependant, confié à la BBC que l’incertitude de la situation l’empêchait, pour l’instant, de travailler et qu’elle avait hâte de pouvoir débarquer.
Samedi 17 Septembre 2016
Dakaractu



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