Les juges douteux du Tribunal des pairs

Le Conseil pour l’observation des règles d’éthique et de déontologie vient de procéder en grandes pompes, à l’installation du Tribunal des pairs. Cette instance a pour mission de juger les confrères auteurs de délits de presse. Ainsi, sept personnalités ont été choisies (on ne sait pas trop comment, ni sur quels critères) pour officier comme juge à ce tribunal bien particulier. Le hic dans cette affaire, c’est que la plupart d’entre elles, ne peut plus se prévaloir du statut de journaliste, alors que ledit tribunal est une « juridiction » des pairs, donc composée de journalistes pour juger des journalistes. L’essentiel des membres de ce tribunal ne sont plus journalistes, même si certains se considèrent toujours comme tel et entretiennent à leur corps défendant (ou sans le savoir) la confusion. Cela pose le problème de la profession au Sénégal : qui est journaliste et qui ne l’est pas? À quel moment cesse t-on de l’être? Etc. Ce sont les journalistes eux-mêmes qui entretiennent le mélange de genre et la confusion. La composition de ce tribunal en est la parfaite illustration...


Les juges douteux du Tribunal des pairs
Diatou Cissé Badiane a abandonné le journalisme au profit des vertes et grasses prairies de la communication institutionnelle. Elle travaille officiellement pour la SENELEC.
Par conséquent, son statut de juge au tribunal des pairs constitue un conflit d’intérêt, d’autant qu’elle ne peut plus se prévaloir de la profession de journaliste. C’est le même problème avec Saphie Ly Sow. L’ancienne directrice exécutive de Sud Quotidien, Saphie Ly Sow est une militante très engagée dans la défense des droits de l’enfant et à ce titre, travaille comme consultant pour des Ong, une activité donc incompatible avec la profession de journaliste.

Certains juges sont clairement présentés comme n’étant plus des « pairs », car ayant quitté la profession. Il s’agit de Kader Diop (ancien journaliste) et de Cheikh Tidiane Fall (consultant). Lorsque Abdou Latif Coulibaly a décidé de rejoindre le pouvoir pour faire de la politique, il a clairement déclaré qu’il quittait la profession. C’est honnête de sa part, mais on ne peut en dire autant de ces ex-confrères, qui veulent juger les journalistes souvent pour des papiers ou des sujets dans lesquels, ils ont des intérêts en temps que consultant ou communicant. Les activités professionnelles des juges risquent de polluer à un moment ou à un autre le travail du tribunal, car on ne peut pas être juge et partie.

Avant de poursuivre, il convient de s’interroger sur les capacités du CORED à résoudre les problèmes de la profession, notamment la corruption organisée et institutionnalisée par des Ong, des organes de l’État ou des institutions internationales qui, au vu et au su de tout le monde, constituent et entretiennent des réseaux de journalistes à coup de perdiem, de voyages et de séminaires pour soit disant sensibiliser à des causes d’intérêt général. Ce système inhibe de fait les capacités des journalistes à se poser des questions, à remettre en perspective les informations qu’on leur donne, bref à faire leur boulot de journaliste. Le mal est tellement profond, que le CORED envisage de donner des cours pour rehausser le niveau des professionnels, se substituant ainsi aux écoles de formation. Est-ce que la vocation du CORED est de dispenser des enseignements ou de veiller à ce que les écoles de formation en journalisme soient reconnues par la profession avec des normes claires?

Faut-il rappeler que le journaliste c’est d’abord l’indépendance et pas la connivence. Il n’y a rien d’illégal ou d’anormal dans les choix de carrière faits par les uns et les autres. Mais il est évident que ceux qui ne sont plus dans la profession, ne doivent pas siéger dans un tribunal des pairs, c’est une question de principe.

Dans ce lot des sept juges, il y a un cas qui pose problème d’éthique. Alors qu’il était directeur de publication du journal Le Quotidien, Mamadou Biaye a été attrait à la barre du tribunal par Me Alioune Badara Cissé pour diffamation. A l’issue de la procédure, le journaliste a été condamné, il y a un an à peine, à un mois de prison ferme avec interdiction d’exercer les fonctions de directeur de publication pendant trois mois. Cette condamnation aurait du l’éloigner d’un poste de juge au tribunal des pairs, à moins qu’il ne soit vraiment incontournable et encore…

L’attribution de la carte de presse devra tenir compte de tous ces aspects pour qu’on sache qui est qui et qui fait quoi. A partir du moment où les responsables du CORED nagent eux-mêmes dans des conflits d’intérêt, il y a peu de chances que ces problèmes soient résolus, pour une raison simple, ils ne vont scier la branche sur laquelle chacun d’eux est assis.
Lundi 8 Septembre 2014
Dakaractu




1.Posté par Zadig le 08/09/2014 09:59
On est journaliste par formation et non par fonction. Les deux dames citées ont la réputation d être d excellents journalistes, ayant une très belle plume et d une grande indépendance d esprit. Au Sénégal , on a une propension malsaine à toujours vouloir détruire ce que le voisin est en train de construire. Laissez le tribunal des Pairs travailler et jugez le sur les faits et rien que sur les faits.



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