Les grands chantiers pour normaliser le football sénégalais (Abdoulaye SY)


Les grands chantiers pour normaliser le football sénégalais (Abdoulaye SY)
Dans la perspective de l’élection du Président de la Fédération Sénégalaise de Foot-ball, certains acteurs, et pas des moindres, sont montés au créneau pour exiger le départ du Président en exercice, en l’occurrence Maître Augustin SENGHOR.
Les arguments avancés sont aussi divers qu’ahurissants :
  • Le football étant normalisé, il faut maintenant normaliser la Fédération ;
  • Le Président actuel a atteint ses limites ;
  • La Fédération a accumulé trop d’échecs.
  • La gestion du foot-ball doit revenir aux footballeurs ;
  • etc.
Au-delà de l’habillage, on reproche à la Fédération le manque de résultats. Pour ses pourfendeurs, il est temps pour le Sénégal de gagner un trophée majeur et qu’il serait écrit que cela n’arrivera pas avec le Président actuel.
Outre l’irrationnel qui sous-tend  cet argumentaire, il ya surtout un manque de modestie et beaucoup de vanité chez ces messieurs.
Etant fan de foot et observateur depuis au moins 40 ans, je note que toutes ces éminences qui s’expriment avec tant d’autorité sont dans le système depuis au moins 30 ans soit comme joueurs, encadreurs ou membres des instances dirigeantes.
Je suppose donc qu’ils sont avertis des réalités du foot-ball et savent qu’on peut avoir la meilleure organisation possible, disposer d’une équipe compétitive bien préparée, mettre en place les moyens adéquats et aller à une compétition et perdre.
A contrario, une équipe mal préparée, minée par  des problèmes de primes et même invitée de dernière minute  peut gagner.
Le football n’est pas la mathématique. C’est aussi marquée par l’incertitude et personne ne peut de façon certaine établir la fonction de la victoire.
V (victoire) = F (bonne fédération, équipe compétitive, moyens adéquats) n’est pas vérifié. Cette fonction est erronée.
Je conseille donc aux prétendants de ne pas bâtir leur campagne sur la prochaine victoire de l’équipe nationale A.
La Fédération et l’Etat (éventuellement) ont une obligation de moyens pas celle de résultat. Il faut quand même noter que c’est avec cette Fédération que nous avons eu les meilleurs résultats de l’histoire du football sénégalais : en vrac 
  • Vainqueur des jeux africains de Brazzaville,
  • ½ finaliste coupe du monde des U 20 en Nouvelle Zelande,
  • Seconde participation à la Coupe du Monde 2017 U 20 en Corée du Sud
  • ¼ finaliste J.O Londres 2912 etc.
  • etc.
Par ailleurs sa gestion des finances est bonne. La Fédération Sénégalaise de Football est presque autonome. C’est elle-même qui finance toutes ses activités hors équipe nationale A.
Au vu de ce qui précède, on peut objectivement dire que la Fédération est globalement performante.
Par contre il ya des chantiers majeurs qu’il faut entamer et réussir nécessairement et qui malheureusement ne relèvent pas de ses seules compétences. Ils nécessitent l’implication de l’Etat, des collectivités locales et de tous les acteurs du Football soucieux de la grandeur de notre nation et de notre sport roi en particulier.
Il s’agit de :
  1. Terminer la réforme Lamine DIACK
  2. Corriger certaines incongruités
  3. Donner au mouvement navétane une finalité
I. Terminer la Réforme Lamine DIACK
Cette réforme des années 70 avait pour soubassement la création de clubs forts disposant de moyens et d’un potentiel affectif réel, capable de compétir honorablement en Afrique.
Des regroupements furent opérés et de grands clubs virent le jour : le Jaraaf de Dakar, la Linguère de Saint-Louis, le Casa sport, le Saltigué de Rufisque, le Ndiambour de Louga, etc. Les clubs arrivaient à rivaliser avec leurs homologues africains.
Les trois clubs phares de Dakar : le Jaraaf, l’US Gorée, la JA atteignirent  tous les ½ finales des coupes africaines et même la finale pour la JA.
Malheureusement, nous fûmes rattrapés par nos démons : la division.
Des clubs naissent  aux flancs de ces grands clubs, même des entreprises qui devaient les accompagner créèrent  leur propre club : Port, SEIB, CSS, SIDEC, ETICS, etc. Parfois ce sont des clubs corpo qui se muèrent en clubs civils : Douane, Police forts de l’expérience de l’ASFA.
Résultat : dispersion des ressources financières et humaines.
Aujourd’hui, la situation a empiré  avec l’avènement des clubs de quartier et des centres de formation.
Aucun club n’est en mesure de mobiliser et de remplir le petit stade Demba DIOP alors qu’il ya  30 ans, il fallait aller au stade le matin pour espérer une place à l’occasion d’un match Jaraaf/Linguère, JA/USGorée, Ndiambour/Saltigué, etc.
Si nous voulons des clubs qui peuvent s’illustrer en Afrique, nous devons obligatoirement procéder à la fusion d’un grand nombre d’entre eux. Voila un chantier urgent.
II. Corriger les incongruités
Sortir des centres de formation des compétitions !
Les centres de formation ont pour vocation centrale de former des jeunes footballeurs et de les vendre aux clubs professionnels d’Europe ou d’ailleurs pour avoir les moyens de survie. C’est leur objet primordial. C’est un business.
Que ce soit Diambars, Génération foot, Dakar sacré cœur, Yegoo toutes ces structures sont soit des délocalisations des clubs européens ou ont de fortes connexions avec eux.
Certains promoteurs de ces centres sont de redoutables hommes d’affaires donc de grands manœuvriers qui se sont retrouvés dans les instances dirigeantes de notre foot-ball qu’ils influencent en leur faveur.
Ainsi contre toute logique ils participent à nos compétitions nationales tels que le championnat et la coupe nationale qui ne sont en réalité que des espaces leur permettant d’exposer leurs produits en vue de les vendre.
C’est une  hérésie qu’il faut corriger. Un autre grand chantier.
Ils peuvent participer aux compétitions réservées aux petites catégories mais cela doit s’arrêter là.
 III. Donner une finalité au Navétane
Le navétane est une spécificité sénégalaise.
L’objectif des précurseurs (enseignants, jeunes cadres) était d’occuper les jeunes citadins pendant les grandes vacances scolaires par des activités saines avec la pratique sportive, le théâtre, l’alphabétisation, les thé-débats etc. Tout cela était  calé sur une période stricte allant de mi-juillet après les examens scolaires et universitaires à mi-septembre pour permettre aux élèves et aux étudiants de préparer la rentrée début octobre pour les uns et début novembre pour les autres.
Il a secrété de grands footballeurs et artistes qui ont fait la fierté du Sénégal.
Aujourd’hui ce mouvement est devenu un monstre incontrôlé sans aucune finalité.
Il s’est étendu en milieu rural où les jeunes ont déserté les champs pour des parties de football interminables. Le mouvement capte beaucoup d’argent sans transparence dans l’utilisation sous prétexte d’autonomie.
Les compétitions se terminent souvent  par des violences aux stades et dans les quartiers au grand  dam  des populations. 
Il est même arrivé qu’on  déplore   des morts.
Les dirigeants du mouvement qui ne sont contrôlés par aucune autorité font chanter les gouvernants, les élus locaux et les hommes politiques.
Le chantier doit consister à réformer ce mouvement, d’en faire une spécificité qui tire notre jeunesse vers le haut.
A titre de contribution à cette réflexion, voici ce que je propose ;
FAIRE DE l’ASC, UNITE DE BASE DU MOUVEMENT, UN LIEU D’ENCADREMENT ET DE SOCIALISATION DES JEUNES DU QUARTIER OU DU VILLAGE.
C’est une lapalissade  que d’affirmer que notre frange jeune surtout celle de 10 à 20 ans est traversée par beaucoup de déviations. Nos quartiers sont parfois le refuge d’individus louches dont personne ne connait les activités.
L’ASC serait une entité de la commune proche des populations ayant pour cible les jeunes de 08 à 20 ans.
La commune mettrait à sa disposition des animateurs sportifs et culturels rémunérés (football, basket, athlétisme, théâtre, jeux de société, etc.), des éducateurs religieux, etc.
L’ASC disposerait d’un local dédié avec des bureaux, un espace numérique, une salle de spectacles.
L’ASC ainsi outillée aura pour mission d’exercer un encadrement rapproché de notre jeunesse, pour en faire une jeunesse enracinée et ouverte, une jeunesse respectueuse de notre environnement et de nos institutions, une jeunesse entreprenante et compétitive ayant l’amour de soi, de son quartier et de son pays.
Les parents et le système éducatif font ce qu’ils peuvent mais ce n’est pas suffisant au vu du constat amer du comportement de nos jeunes dans la vie courante.
Outre cet encadrement des jeunes, l’ASC pourrait être un collaborateur précieux de la Mairie dans la connaissance des habitants du quartier, leurs activités et situation sociale. Elle remplacerait l’institution archaïque qui est le chef de quartier.
Les compétitions ne seront pas supprimées mais élargies pour faire éclore tous les talents au sein du quartier.
Les maires qui le souhaitent pourront organiser des compétitions entre leurs ASC dans tous les sports, les arts, le numérique, les lettres et les sciences.
Ces compétitions ne concerneraient  que les jeunes de 10 à 20 ans.
Le mouvement navétane tel qu’il est aujourd’hui doit disparaître. Il n’apporte rien au Sénégal. C’est le troisième  chantier.
Je reconnais, construire ces trois chantiers n’es pas chose aisé. Beaucoup de force s’opposerons à leur érection et ne ménagerons aucun effort pour maintenir le statiqo.
Il faut alors beaucoup d’audace, de tact, de la détermination et du sacrifice. C’est l’intérêt supérieur de notre foot-ball et de notre nation qui est en jeu.
 
Abdoulaye SY
Ancien Président de la commission juridique
de la ligue de Dakar de Basketball
 
 
Lundi 8 Mai 2017
Dakaractu




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