Le triste sort des affiches des candidats


Le triste sort des affiches des candidats

A côté des pierres jetées sur les convois des candidats, au grand dam des démocrates, il existe une pratique tout aussi inélégante à laquelle se livrent certains Sénégalais peu fair-play : la destruction ou le badigeonnage jusqu’à ce qu’elles soient méconnaissables des affiches de campagne.

Ainsi, les beaux posters des 14 candidats placardés sur les murs, aux carrefours des voies passantes ainsi que sur les panneaux publicitaires bordant les grandes artères ont, pour beaucoup d’entre eux, été déchirés, recouverts d’une couche de peinture noire ou blanche, voire chahutés de manière pernicieuse.

En effet, on remarque que sur telle affiche le beau sourire du candidat a été noirci et sur telle autre qu’on lui a arraché les yeux ou les oreilles. Autant de pratiques regrettables qui jettent une ombre sur la saine guerre des images que les Sénégalais sont en droit d’attendre des 14 personnalités qui vont briguer leurs suffrages au scrutin du 26 février.

Ce faisant, un triste décor s’offre souvent aux passants qui parfois sont stupéfaits devant autant de manque de fair-play dont les auteurs proviennent sans nul doute des différents camps qui s’affrontent dans l’arène politique. Et l’idée principale de ces actes n’est rien d’autre que de réduire auprès les électeurs la visibilité de l’adversaire.

Pourtant, l’expérience a prouvé que les Sénégalais ont toujours apprécié les affiches des candidats et que leur jugement se fonde quelquefois plus sur ces dernières que sur les programmes qui leur sont proposés.

Certains électeurs votent, ainsi, pour un tel parce qu’il est beau sur toutes les photos ou que son image passe bien. Dans le même temps, d’autres retiennent de glisser leur carte dans l’urne pour tel autre candidat parce qu’il leur a inspiré sympathie et confiance via son radieux sourire étalé sur une affiche.

On se rappelle, à la présidentielle de 1993, ce candidat qui avait beaucoup battu sa campagne autour de son beau sourire (‘’borom ree juneexji’’) illuminant ses affiches. Un autre candidat a, plus tard, mis l’accent sur ses mains propres (‘’loxo yu seet’’), histoire de prouver sa probité et son indépendance vis-à-vis des pouvoirs d’argent.

Conscients de l’impact des affiches, les candidats et leurs états-majors engloutissent des fortunes dans la confection de spécimens qu’ils veulent toujours plus originaux et attractifs en vue de s’attirer l’attention des électeurs.

Comment, au vu d’une telle démarche, comprendre que ces affiches qui contribuent à la visibilité et au marketing politique des candidats, sans compter qu’elles égayent le décor des rues et places, puisent être chahutées ou détruites en un tour de main ?

Ainsi, la bataille politique n’est pas seulement verbale dans cette campagne. Elle s’est déplacée sur les murs et les panneaux publicitaires où certains bonhommes maquillent ou remodèlent, au gré de leur imagination pernicieuse, les beaux visages et décors des affiches de campagne.

La toile n’y échappe pas non plus. Sur les réseaux sociaux, on s’amuse à créer toutes sortes de figures pour railler le candidat adverse en le présentant sous ses plus mauvais atours.

Les photos truquées voyagent d’un internaute à un autre, accompagnées de commentaires dans lesquels le candidat honni est traité de tous les noms d’oiseau.

Résultat des courses : tous les candidats sont chahutés. Au grand regret des démocrates pensant assister à un gaspillage de temps passé à concevoir une affiche et d’argent débloqué pour la réaliser.

’’Au début c’était très beau, un poster géant comme ça. Ça impose, mais il ne ressemble plus à rien du tout’’ quand il est chahuté, confie un passant surpris en train de regarder d’un air désolé une affiche ‘’agressée’’.

Les gens comme lui se demandent sûrement pourquoi les candidats continuent à afficher leurs photos soigneusement traitées par l’ordinateur si elles sont aussitôt détruites.

Pour parer à cela, des candidats ont recruté des hommes chargés de veiller nuit et jour devant leurs affiches. Une mesure qu’ils devraient accompagner par une forte sensibilisation de leurs militants sur le manque de fair-play et d’élégance politique que constitue le fait de ‘’hacker’’ les affiches de campagne.
APS

Jeudi 16 Février 2012




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