Le texte prémonitoire du policier tué à Baton Rouge

« Je jure devant Dieu que j’aime cette ville, mais je me demande si cette ville m’aime », a écrit l’officier de police Jackson Montrell peu de temps avant sa mort


Dix jours avant d’être tué en plein exercice de ses fonctions, l’officier de police de 32 ans, Jackson Montrell, expliquait via un post Facebook à quel point il était difficile d’être un policier noir aux États-Unis.

Si depuis sa mort, le post a été supprimé du mur de l’officier, une capture d’écran de celui-ci est devenue virale.

Au regard des événements qui se sont déroulés depuis, elle apparaît comme un effrayant présage de son destin à venir.

Un homme noir abattu

Publication Facebook de l'officier de police Jackson Montrell, le 8 juillet 2016.
Publication Facebook de l’officier de police Jackson Montrell, le 8 juillet 2016.
Le 5 juillet, à Baton Rouge, en Louisiane, un homme noir est abattu par un policier blanc. Vendeur ambulant, Alton Sterling est maîtrisé au sol par deux policiers. Alors qu’il semble immobilisé, il est abattu par balle.

Dans son post Facebook, Jackson Montrell, qui vit à Baton Rouge, annonce prier pour « quiconque ayant été directement touché par cette tragédie ».

Le lendemain, un autre homme afro-américain, meurt sous les balles de la police, cette fois à Saint Paul (Minnesota), lors d’un contrôle d’identité apparemment banal.

« Ces trois jours m’ont mis à l’épreuve »

Dans un post, publié le 8 juillet, l’officier dit être « fatigué physiquement et émotionnellement » par cette série d’événements.

« Ces trois jours m’ont profondément mis à l’épreuve. »

Pour quelles raisons ? Car il reçoit des « regards haineux » dès qu’il revêt son uniforme et est « considéré par certains comme une menace » dès qu’il le retire.

Il explique la défiance qu’il a dû affronter ces derniers jours, même par son entourage :

« Je suis déçu par les commentaires irréfléchis de certains membres de ma famille, amis et officiers. […] Je vous aime toujours car haïr requiert trop d’énergie, mais je ne vous regarderai plus de la même manière. [...] Je jure devant Dieu que j’aime cette ville, mais je me demande si cette ville m’aime. »

Jackson Montrell meurt à son tour

Après ces deux homicides successifs, les forces de l’ordre ont été ciblées lors d’une manifestation contre les violences policières à Dallas. Cinq policiers sont morts.

Moins de deux semaines plus tard, c’est à Baton Rouge, que trois policiers de police, sont tués ce dimanche matin.

Jackson Montrell
Jackson Montrell - AP/SIPA
Les officiers Jackson Montrell, auteur du post Facebook, et Matthew Gerald, ainsi que l’adjoint du shérif Brad Garafola ont été victimes d’une fusillade qui visait les forces de l’ordre. Ils sont morts.

Quatre autres policiers ont été blessés. Les circonstances de la fusillade restent imprécises. Les motifs du tireur, Gavin Long, homme de 29 ans originaire de Kansas City (Missouri), restent pour le moment inconnus.

Selon le New York times, Long était un ancien «  Marine  » de l’armée américaine. Il aurait notamment servi en Irak pendant près de six mois.

« Si tu as besoin d’un câlin »

Après l’attaque de Dallas, Barack Obama avait rappelé, dans une courte intervention, que rien ne justifiait une attaque sur les forces de l’ordre et avait invité à l’unité.

La voix de Jackson Montrell, qui allait dans ce sens, a su se faire entendre, mais post mortem.

La publication, partagée des dizaines de milliers de fois, a suscité de vives émotions. Le policier appelle à l’unité. Jackson Montrell écrit :

« Je travaille dans ces rues, alors à tous les protestataires, officiers, amis, famille, ou qui que ce soit, si tu me vois et que tu as besoin d’un câlin ou souhaite dire une prière, je suis là. »

Sa publication se termine sur une note d’espoir, avec la présence de deux émoticônes côte à côte : celui d’un officier de police et celui d’un signe de paix.
Mardi 19 Juillet 2016
Dakaractu




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