Lorsqu’il remet les clefs de la maison Super Etoile à Mbaye Dièye Faye, paradoxalement, l’un des premiers actes du tout nouveau ministre de la Culture ferme pratiquement les portes de l’international à ce groupe qui aura mis trois décennies à se faire un chemin sur les plus grandes scènes du monde. Ainsi donc, nous assistons au dernier épisode d’une saga fabuleuse qui atteint son apogée avec les consécrations de son leader au plan mondial entre le premier disque d’or et le dernier Grammy Awards. Une époque rythmée de tournées internationales dont le point d’orgue annuel restera le Grand Bal de Bercy…
Certes, Mbaye Dièye Faye a du talent à revendre. Il est de taille à remplir le Thiossane tous les samedis, il n’y a pas en douter. Le fils de Vieux Sing Faye pourrait même faire un carton comme tête d’affiche à Demba Diop. Seulement, en lui décernant le leadership d’un groupe habilité à revendiquer des ambitions internationales, devant des pointures de la dimension de Jimi Mbaye ou Habib Faye, je me demande si l’ancien roi du mbalakh ne vient pas d’emprisonner le Super Etoile dans un ghetto local et, à travers ce groupe mythique, la musique sénégalaise dont il est l’indiscutable locomotive.
Youssou Ndour échappe-t-il à un naufrage collectif en acceptant d’entrer dans le gouvernement de Macky. Ça fait déjà quelque temps que le mbalakh bat de l’aile. Non pas que la musique ne s’améliore pas. Seulement, à force d’entendre les mêmes rythmes pendant trente ans, ça commence à lasser son monde. Pire, au plan du discours, l’éloge des jet-setteurs dépensiers, d’«Assurance» Malick Diop à Cheikh Amar, en passant par «Mathiou», le mbalakh n’a pas apporté grand-chose à la morale publique, loin s’en faut. Sans doute, les années soixante-dix, en plein dans l’élitisme de Senghor, cet art populaire qui console les laissés-pour-compte des quartiers difficiles a le mérite de les faire exister. Dans les cercles huppés, ces gens-là ne comptent pas. C’est déjà bien, de se voir dédicacer un disque le dimanche, avec «Craven Music Parade»…
C’est encore mieux de se faire graver les éloges dans du vinyle à trente-trois tours. Le bas peuple y tient son gotha. Youssou Ndour prendra la tête de file, pour remplir Sorano pour y glorifier Princesse Thioune et compagnie. Un devoir de résistance culturelle qui autorisera toutes les tolérances. Qu’importe si en guise de musique, on doit supporter un vacarme infernal. Côté message, ça ne vole pas plus haut que «Serigne Ndiaye, doom’ou baay’ou Mansour Bouna, doom’ou Bouna Ndiayebi Djolof marré naan». Franchement pas de quoi tirer une œuvre philosophique… Mais les gens de peu tiennent leur porte-parole et le vénèreront contre vents et marées. Sa réussite est la leur.
Lorsque vient la première alternance, en 2000, il y a déjà comme une première salve qui annonce le crépuscule des Dieux. Des groupes de rappeurs se mettent à clasher à tout-va, insolents de talent. Ils racontent les hérésies sénégalaises, dénoncent ce pays bâti sur sa propre hypocrisie… D-Kill Rap est un petit bijou d’irrévérence, Pee Froiss, Bill Diakhou et, maximum respect, Rapadio annoncent la fin d’une époque. Lorsque survient l’alternance, ce petit pays qui se prend alors pour le centre du monde a le triomphe facile. Une sorte d’optimisme béat qui rend l’artiste optimiste. Le mbalakh, musique d’insouciance s’il en est, reprend les commandes d’un pays qui ne demande plus qu’à s’amuser. Ça a beaucoup chanté des niaiseries, beaucoup danser. Les nouvelles stars people ? On les trouve dans la danse, genre Pape Ndiaye «Thiou» ou Oumou Sow, chez la génération montante des chanteurs populaires, façon Fallou Dieng et Alioune Mbaye Nder. Une percée s’annonce alors, du côté des taasoukat : Salam Diallo, Pape Ndiaye «Thiopett».
Le discours qu’est censé porter le mbalakh se dilue dans des borborygmes et des danses qui sont plus de furieuses parties de coups de reins… Alors que le pays se meurt dans ses grandes déceptions de l’alternance, le mbalakh et ses princes festoient. Les icônes du peuple deviennent progressivement les incarnations des injustices nationales. En face d’eux, les rappeurs se réveillent et prennent la tête d’une révolte sociale qui aura raison d’un régime ivre de ses égoïsmes.
Parallèlement, dans les coulisses, un autre combat se livre : la question des droits d’auteurs et droits voisins. Les musiciens, instrumentistes, compositeurs et arrangeurs broient du noir et sont au régime sec. Or, c’est bien sur eux que repose l’industrie musicale locale. En toile de fond, l’épineuse question des droits d’auteurs qui leur filent sous le nez et qui nous fait assister à des tragédies insupportables.
Certes, Mbaye Dièye Faye a du talent à revendre. Il est de taille à remplir le Thiossane tous les samedis, il n’y a pas en douter. Le fils de Vieux Sing Faye pourrait même faire un carton comme tête d’affiche à Demba Diop. Seulement, en lui décernant le leadership d’un groupe habilité à revendiquer des ambitions internationales, devant des pointures de la dimension de Jimi Mbaye ou Habib Faye, je me demande si l’ancien roi du mbalakh ne vient pas d’emprisonner le Super Etoile dans un ghetto local et, à travers ce groupe mythique, la musique sénégalaise dont il est l’indiscutable locomotive.
Youssou Ndour échappe-t-il à un naufrage collectif en acceptant d’entrer dans le gouvernement de Macky. Ça fait déjà quelque temps que le mbalakh bat de l’aile. Non pas que la musique ne s’améliore pas. Seulement, à force d’entendre les mêmes rythmes pendant trente ans, ça commence à lasser son monde. Pire, au plan du discours, l’éloge des jet-setteurs dépensiers, d’«Assurance» Malick Diop à Cheikh Amar, en passant par «Mathiou», le mbalakh n’a pas apporté grand-chose à la morale publique, loin s’en faut. Sans doute, les années soixante-dix, en plein dans l’élitisme de Senghor, cet art populaire qui console les laissés-pour-compte des quartiers difficiles a le mérite de les faire exister. Dans les cercles huppés, ces gens-là ne comptent pas. C’est déjà bien, de se voir dédicacer un disque le dimanche, avec «Craven Music Parade»…
C’est encore mieux de se faire graver les éloges dans du vinyle à trente-trois tours. Le bas peuple y tient son gotha. Youssou Ndour prendra la tête de file, pour remplir Sorano pour y glorifier Princesse Thioune et compagnie. Un devoir de résistance culturelle qui autorisera toutes les tolérances. Qu’importe si en guise de musique, on doit supporter un vacarme infernal. Côté message, ça ne vole pas plus haut que «Serigne Ndiaye, doom’ou baay’ou Mansour Bouna, doom’ou Bouna Ndiayebi Djolof marré naan». Franchement pas de quoi tirer une œuvre philosophique… Mais les gens de peu tiennent leur porte-parole et le vénèreront contre vents et marées. Sa réussite est la leur.
Lorsque vient la première alternance, en 2000, il y a déjà comme une première salve qui annonce le crépuscule des Dieux. Des groupes de rappeurs se mettent à clasher à tout-va, insolents de talent. Ils racontent les hérésies sénégalaises, dénoncent ce pays bâti sur sa propre hypocrisie… D-Kill Rap est un petit bijou d’irrévérence, Pee Froiss, Bill Diakhou et, maximum respect, Rapadio annoncent la fin d’une époque. Lorsque survient l’alternance, ce petit pays qui se prend alors pour le centre du monde a le triomphe facile. Une sorte d’optimisme béat qui rend l’artiste optimiste. Le mbalakh, musique d’insouciance s’il en est, reprend les commandes d’un pays qui ne demande plus qu’à s’amuser. Ça a beaucoup chanté des niaiseries, beaucoup danser. Les nouvelles stars people ? On les trouve dans la danse, genre Pape Ndiaye «Thiou» ou Oumou Sow, chez la génération montante des chanteurs populaires, façon Fallou Dieng et Alioune Mbaye Nder. Une percée s’annonce alors, du côté des taasoukat : Salam Diallo, Pape Ndiaye «Thiopett».
Le discours qu’est censé porter le mbalakh se dilue dans des borborygmes et des danses qui sont plus de furieuses parties de coups de reins… Alors que le pays se meurt dans ses grandes déceptions de l’alternance, le mbalakh et ses princes festoient. Les icônes du peuple deviennent progressivement les incarnations des injustices nationales. En face d’eux, les rappeurs se réveillent et prennent la tête d’une révolte sociale qui aura raison d’un régime ivre de ses égoïsmes.
Parallèlement, dans les coulisses, un autre combat se livre : la question des droits d’auteurs et droits voisins. Les musiciens, instrumentistes, compositeurs et arrangeurs broient du noir et sont au régime sec. Or, c’est bien sur eux que repose l’industrie musicale locale. En toile de fond, l’épineuse question des droits d’auteurs qui leur filent sous le nez et qui nous fait assister à des tragédies insupportables.
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