Le manifeste des pétitionnaires : « Une action, pour être féconde, doit se nourrir de pensée », L. S. SENGHOR (par Babacar DIOP)


Le manifeste des pétitionnaires : « Une action, pour être féconde, doit se nourrir de pensée », L. S. SENGHOR (par Babacar DIOP)
La pétition lancée à Thiès le 01 octobre et qui prend fin le 31 décembre 2016, vise à mobiliser 200 000 signatures afin de demander la démission des ministres socialistes du gouvernement et le retrait du Parti socialiste de la coalition Benno Bok Yakaar. Le Parti  se décompose, s’éloigne de ses valeurs et perd son âme. Il n’est plus démocratique dans sa structure ni socialiste dans son action. Cet état de fait est un violent défi au bon sens et à l’histoire. Cette situation révolte tous les militants restés encore debout. Dans cette bataille, ce qui est en jeu, c’est la sauvegarde de l’héritage laissé par les pères fondateurs : Léopold  S. Senghor, Mamadou Dia, Ibrahima Seydou Ndaw, Boissier-Palun, pour ne citer que ceux-là. Ces hommes avaient  choisi le chemin de la dignité.
A-t-on le droit de croiser les bras et de laisser tout cet héritage prendre feu sur l’autel des intérêts égoïstes d’une caste politique en fin de carrière ?
C’est la question que chaque militant socialiste et chaque citoyen sénégalais doit se poser. En vérité, le Parti socialiste n’appartient plus aux militants socialistes. Le Parti est devenu un patrimoine national. Nous esquissons, dans ce manifeste, une analyse particulière de la désobéissance militante en la reliant à la pétition. Toutes deux, sont des instruments démocratiques au service des militants opprimés et désorientés.
La désobéissance militante
La démocratie à l’intérieur des partis politiques est la faiblesse majeure de notre système politique. C’est la raison pour laquelle de plus en plus de militants se rebellent contre la position défendue par la direction de leur parti. Il faut soutenir cette contestation à l’intérieur des appareils, incapables de changer leur mode de fonctionnement. Cette exigence est légitime, parce qu’elle est une aspiration à plus de démocratie et de pluralisme. On respecte le mot d’ordre du parti, quand il est juste.  Par contre, s’il n’est pas juste, s’il viole le sens de la justice et bafoue les idéaux et les valeurs du parti, les militants ne sont pas tenus de le respecter. Ils doivent même le combattre. La discipline de parti tant évoquée, n’a de sens que si le parti fonctionne en respectant ses valeurs et ses idéaux. Une direction politique en rupture avec les valeurs et les idéaux du parti ne peut exiger des militants la discipline. Ce ne serait plus de la discipline, ce serait de la servitude. Nous refusons de nous soumettre à la dictature d’une minorité à la solde de ses propres intérêts.  C’est la lutte  contre un « pouvoir personnel » qui a amené Senghor  à quitter la SFIO  de Lamine Gueye. Il refusait qu’on mobilise les forces du parti ad majorem Lamini gloriam…fortunamque. Un parti politique n’est pas une propriété personnelle, il est une création collective et démocratique. Quarante ans à la tête d’un parti, c’est inacceptable. Vingt ans à la tête d’un parti, c’est une absurdité démocratique. Cette classe politique traditionnelle inamovible nous étouffe et nous maintient en otage depuis plusieurs décennies. Nous voulons voler de nos propres ailes parce que nous tenons à notre liberté.
Les militants qui sont dans nos partis politiques doivent réinventer la démocratie interne. Ils doivent refuser de suivre des mots d’ordre politique qui trahissent nos idéaux et nos valeurs. La direction politique d’un parti a des obligations vis-à-vis de ses militants.  Celle du Parti socialiste a failli à plus d’un titre. Elle ne consulte plus les militants. Les instances ne fonctionnent plus de manière régulière. Le Bureau politique et le Comité central ne se réunissent presque plus. Nous refusons une participation politique par procuration. La morale du sacrifice et de l’idéal de transformation sociale a cédé la place à la recherche effrénée de prébendes et de strapontins pour satisfaire un clan décidé à servir ses intérêts purement égoïstes. Pendant ce temps, on a oublié les  engagements du Parti dans  les Assises nationales. On a rangé dans les tiroirs le projet du Parti et les idéaux du Parti moyennant des sièges pour satisfaire les appétits des apparatchiks perdus dans la culture de la prédation, de la jouissance et du clientélisme. La situation actuelle profite à une caste au détriment des militants restés dans l’ombre et la pénombre. Et on leur demande d’accepter la domination et la servitude, au nom de la discipline de parti. Cette dernière est le nouvel opium  servi au peuple des militants pour les endormir dans la caverne des injustices.
Nous demandons aux militants de refuser de consommer ce discours de domination. Le Parti s’engage dans des positions opportunistes et s’éloignent du socialisme. Il faut revenir à Senghor. Il  s’interrogeait déjà dans sa célèbre lettre à Guy Mollet du 27 septembre 1948 : « Et depuis quand l’opportunisme est devenu… une vertu socialiste ? » Il faut de la dissidence pour faire éclore la vérité et la justice. La dissidence est une dimension de la culture démocratique. C’est pourquoi la désobéissance civile, l’objection de conscience de même que la désobéissance militante sont des instruments valables dans une démocratie.  On ne doit obéissance qu’aux décisions raisonnables et qui rentrent dans un idéal d’équité et de justice pour tous.
La désobéissance militante est une attitude de défiance des militants par rapport à une direction politique en faillite, en rupture avec les valeurs d’un parti. Elle se fonde sur les valeurs, le sens de la justice et des idéaux d’une militance politique fondée sur l’intérêt général. Elle vise à faire comprendre à une direction politique qu’elle a tourné le dos à l’idéal de la justice. Les militants ne sont pas tenus de suivre une direction aveugle et sourde vers un suicide collectif. Cette désobéissance militante est un antidote à la pensée unique et à la dictature à l’intérieur des organisations politiques et sociales.
Aujourd’hui plus que jamais, il y a donc lieu de promouvoir une critique publique pour sauver notre Parti de la dérive des apparatchiks. La direction politique doit arrêter la logique dévastatrice du « Command and Control » ; elle doit se transformer en une instance éducatrice des masses en libérant les énergies. De manière indéniable, il faudrait donc rompre avec le centralisme démocratique et la bureaucratie opportuniste qui étouffent le dynamisme et les initiatives des militants. La bureaucratie est la négation directe de  toute activité autonome. Au nom de cette manière de voir la gouvernance du Parti, toute initiative nouvelle est considérée comme une hérésie, une violation de la discipline de parti. L’autorité centrale contrôle et se montre prêt à lever le sabre sur toute voix dissidente. Nous affirmons fortement que nous devons conserver notre « indépendance critique » pour ne pas nous fossiliser dans le confort paresseux des sentiers battus. La critique ne peut être absente de la politique, elle est au cœur de l’action publique. C’est pourquoi, nous devons promouvoir la désobéissance militante pour restaurer la dignité en politique et inventer du nouveau.
Le sens de notre pétition
La pétition est un instrument démocratique au service des victimes et des indignés d’un système démocratique en crise. Elle est valable dans une démocratie, car elle est une action publique qui s’adresse à l’opinion publique. Lorsque des injustices graves, visibles et répétées  sont constatées à l’intérieur d’un système censé être régi par la démocratie, les citoyens ont la possibilité de recourir à une pétition. C’est pour attirer l’attention de cette opinion publique sur leur situation. C’est aussi une action non-violente qui s’inscrit dans les valeurs de la démocratie. Elle redonne la parole aux militants, lorsque l’appareil politique est verrouillé et lorsque les libertés sont confisquées. C’est un instrument qui permet d’arrêter les dérives d’une direction politique en rupture avec les valeurs et les idéaux de son Parti. La pétition permet une expression libre des préférences. Celle-ci rappelle à la direction qu’elle ne doit être que le porte-parole du Parti et non le propriétaire. Une direction politique doit exprimer les aspirations profondes des militants.
Notre pétition est un référendum « libérateur » du Parti. Il s’agit de briser les chaînes de servitude et de domination, afin d’« ouvrir une voie de rapide évolution constructive  vers des scénarios de vaste participation caractérisés par un haut degré de participation ». Notre pétition est une plainte contre tout un système de mal gouvernance, de corruption, d’accaparement des richesses nationales par  une « minorité de privilégiés » qui s’opposent à tout changement politique. Il s’agit de casser ce système qui nourrit le clientélisme politique pour assurer ses arrières. C’est la dénonciation d’une classe politique traditionnelle engluée dans l’appât du gain personnel, des intérêts égoïstes, des privilèges et des positions. La pétition rejette les hommes politiques qui se comportent comme des « marchands » guidés par leurs intérêts personnels au point de méconnaitre la notion d’intérêt général. Elle se veut un rejet de cette conception traditionnelle de la politique qui a enfoncé le Sénégal dans l’arriération et la stagnation. Cette pétition est un appel profond d’une jeunesse meurtrie, d’un peuple bafoué dans sa dignité pour détruire les citadelles des injustices et des iniquités sociales construites par des élites politiques sans scrupule. Le Sénégal a soif de changement et cette pétition en constitue un  nouveau moment fondateur. C’est une rébellion contre un système et une aspiration à des changements profonds et radicaux.
Egalement notre pétition est un combat pour les valeurs contre « la pauvreté des aspirations » qui afflige notre société. C’est une pétition pour la dignité, car elle repose sur une « revendication de la dignité », un appel à la dignité en politique. Elle est plus qu’une indignation, c’est un projet de transformation. Elle est une refondation de la politique qui met fin à un cycle historique décadent pour ouvrir un nouveau cycle porteur de changement. Car elle est une exigence de renouvellement de la classe politique. Nous devons  renouer  avec les valeurs fondatrices de notre société, les « principes recteurs » d’une société équitable et démocratique. Aussi, nous sommes d’avis que les hommes politiques doivent mettre la dignité au cœur de l’action politique, afin de se réconcilier avec le peuple. La politique, c’est des valeurs avant tout, sinon elle n’est rien, elle ne peut rien, elle ne vaut rien.
En somme cette pétition annonce une révolution démocratique, citoyenne et culturelle dont principalement les jeunes et les femmes seront les principaux acteurs. Elle est un désir d’avenir et un désir d’utopie. Le temps de la  grande conquête est arrivé : celle de la réforme de la société, parce que  cette pétition est une revendication pour une alternative radicale. Avec elle, un espoir est né au sein de notre jeunesse. Nous appelons à plein cœur le peuple à nous soutenir. Car, nous luttons pour un Sénégal nouveau. En définitive, cette pétition  est  une idée de justice. Rien ne peut plus l’arrêter. Léopold S. Senghor  nous réconforte dans nos convictions : « L’idée est l’arme la plus invincible ». Notre foi en l’avenir est inébranlable.
Babacar DIOP, Secrétaire général  de la Jeunesse pour la Démocratie et le Socialisme (JDS)
babacar.diop1@gmail.com
 
 
 
Mardi 25 Octobre 2016
Dakar actu



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