« Le mal est en nous, nous devons nous soigner »


« Le mal est en nous, nous devons nous soigner »
« Si vous allez chez le Charlatan ou le guérisseur ou bien dans les cliniques privées, ils accueillent bien ».
            « Il faut de la rigueur, c’est ce qui manque. Il faut surveiller, il faut sanctionner »
Ingénieur Biologiste, aujourd’hui Administrateur Hospitalier, M. Adama Faye a diagnostiqué la problématique de l’accueil dans les hôpitaux. Dans cet entretien, il n’a pas fait dans la dentelle.
M. FAYE peut-on dire qu’il y a négligence dans l’accueil des malades dans nos hôpitaux ?
L’accueil des malades dans nos structures pose problème. L’adage dit : « un malade bien accueilli est à moitié guéri », dans ce bon accueil, le malade gagne mais aussi la structure qui va développer moins de moyens nécessaires pour la prise en charge. L’accueil est primordial, le malade doit être mis au cœur du système. C'est un problème de moyen, d'organisation, de communication mais surtout de comportement de certains de nos collègues. Notez que même nous agents de santé, quelque fois on est victimes de mauvais accueil dans d’autres services, d’autres structures. Le mauvais accueil favorise la corruption : certains malades, en allant à l’hôpital, se demandent d'abord s'ils connaissent là-bas quelqu'un. C’est ainsi qu’ils peuvent  s’armer d’argent ou de quelque chose, qu'ils peuvent proposer au cas où. C’est aussi un problème de communication, exemple: un médecin ou un infirmier peut être appelé en urgence dans un autre service pour un malade, en traversant le couloir en courant, il tombe sur un autre malade qui l’arrête net pour lui demander quelque chose, le malade est inquiet, stressée et ne voit que son mal, là il faut une bonne communication si non le malade peut retenir une mauvaise image de l’agent et de l’hôpital alors que l'intention était bonne.
Donc il n’existe pas réellement un bon accueil ?
Si, il y a un bon accueil comme chez le charlatan ou le guérisseur ou la clinique privée, il y a aussi des agents du public qui accueillent bien, mais ce n’est pas partout malheureusement, il y a toujours de la mauvaise graine, des gens qui plombent les bons efforts de prise en charge des malades.
le rôle des syndicats de Santé
Les syndicats y ont un rôle à jouer, celui de former, d’éduquer leurs militants en ce sens, en dehors des revendications d’ordre pécuniaire ou organisationnels. Les malades sont reconnaissants envers nous, quand le malade est satisfait il est content, il peut prier pour toi jusqu’à pleurer. Quand nous faisons nos grèves et nos settings et que les malades passent, ils disent : « nous sommes avec vous, courage, vraiment l’Etat doit vous satisfaire », quand on fait des marches, ils nous suivent. Voyez ça.
Et l'Etat
L'Etat a aussi une part de responsabilité, car dans certains secteurs les moyens manquent. Les malades en venant à l'hôpital croient tout trouver, surtout avec toutes ces promesses d'accompagnement, certains parmi eux ne tolèrent pas un seul manquement et cela peut être source d'accrochage.
Quel est l’utilité des bureaux d’accueil et d’orientation dans les hôpitaux ?
L’accueil, c’est de la porte de l’hôpital jusqu’à guérison, durant tout le circuit du malade, ce n’est pas seulement au niveau des services dédies aux Urgences, tout le monde est intéressé et doit participer, même l’administration. Le Ministère de la Santé a donné des Directives au nombre de 11, dont : la création des bureaux d’accueil et d’orientation, des bureaux des Usagers, l’affichage de la chartre du malade, le système de fléchage entre autres mais cela ne suffit pas, il faut surveiller, et sanctionner certains agents qui ont des comportements reprochables,
Avez-vous vécu des cas qui vous ont marqué dans votre vie professionnelle ?
J’ai été, Surveillant de service (Major comme on nous appelle) puis Surveillant Général, puis Conseiller à la Direction et à présent Chef des Services Administratifs et Financier :SAF (Adjoint au Directeur), avec mes 35 ans de présence à l’hôpital, je connais bien le problème de l’accueil. Je déplore un fait que j'appelle: "la solidarité aveugle", il faut l’éviter et faire toujours la part des choses. Dans le service, le Major doit jouer ce rôle d’arbitre et de surveillant. Il m’arrivait des fois de sortir de mon bureau pour réorganiser les malades; un enfant qui pleure, un vieillard, un malade qui gémit, je leur demandait poliment de le laisser passer, il arrivait aussi qu’il y ait des altercations entre les malades et le personnel, je les appelais dans mon bureau les écoutais, quelque fois c’est le personnel qui avait tord et je le lui signifiais carrément. J’ai toujours été préoccupé par ce problème d’accueil : j’observais les malades, je faisais des enquêtes, je proposais des solutions sous forme de projets et je les soumettais aux Administrations, le dernier en date m’a servi de sujet de Mémoire au CESAG en 2010 « Amélioration de la qualité de l’accueil à l’hôpital Aristide le Dantec »  Il y a aussi le port de blouse qui pose problème et influe négativement sur l’accueil des malades. A chaque catégorie professionnelle est dédiée une blouse, ce que les agents ne respectent pas tous, certains garçons de salle, manœuvres, aides-soignants ou brancardiers enlèvent leurs blouses et portent des blouses de médecins ou d’infirmiers et le malade a un problème pour les reconnaitre. Il y a une quinzaine d’années, la Direction de l’hôpital Le Dantec avait en plus des blouses confectionné des badges pour le personnel, ainsi, le malade pouvait lire sur ta blouse : M. tel Médecin, M. tel Infirmier, ou garçon de salle ou brancardier ou comptable. Mme telle : Sage-femme, ou aide-soignante. Mais il fallait voir la suite : beaucoup d’agents ont commencé à mettre les badges à l’envers puis à les ranger tout simplement, aujourd’hui, plus de trace de badges. Donc il y un problème de rigueur dans l'application.
quels sont vos conseils
Il faut donc une accélération du projet de CMU qui pourrait régler une bonne partie des problèmes d'accueil dans les structures, il faut aussi surveiller les structures, il faut sanctionner positivement les bons agents et négativement ceux qui ont de mauvais comportements. L’Etat pourrait instituer par exemple une « journée nationale du malade » à l’instar de la journée de la femme, journée de l’arbre, journée du cheval. Chaque année on pourrait lors de cette journée fêter malades, les consulter gratuitement, réfléchir sur l’accueil en les y associant, choisir les structures et les agents qui ont mieux accueilli les malades, leur donner des distinctions par exemple.
Pour une bonne prise en charge, il faut en amont un bon accueil, soignons nos comportements si nous voulons aider les malades, sans oublier que nous pouvons l’être nous aussi, du jour au lendemain.


M. Adama FAYE, S.A.F Hopital Aristide Le Dantec sur l’accueil dans les hôpitaux
 
Mardi 24 Octobre 2017
Dakaractu



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