Le jour où DSK est tombé

Il y a cinq ans, jour pour jour, l'arrestation à New York de Dominique Strauss-Kahn, accusé d'agression sexuelle, met un brutal coup d'arrêt à ses ambitions présidentielles et sonne le glas de sa vie politique.


Un coup de tonnerre. Le 14 mai 2011, il y a cinq ans jour pour jour, la France et la gauche découvrent, effarées, l'arrestation de Dominique Strauss-Kahn à New York pour «agression sexuelle». Quelques heures plus tôt, une femme de chambre de l'hôtel Sofitel de Manhattan, Nafissatou Diallo, est entrée dans la luxueuse suite n°2806 (3000 dollars la nuit) du patron du FMI pour la nettoyer, croyant qu'elle était vide. La femme de chambre reproche à DSK d'être sorti de la salle de bains complètement nu avant de tenter de l'agresser sexuellement. Il aurait forcé Diallo à lui faire une fellation et tenté de lui enlever ses vêtements, avant qu'elle ne s'échappe et prévienne le staff de l'hôtel qui a immédiatement alerté la police.
DSK quitte précipitamment le Sofitel et embarque sur un vol Air France à destination de Paris. Il est débarqué, quelques minutes avant le départ, par des inspecteurs en civil de l'autorité aéroportuaire de New York et du New Jersey. Avant d'être transféré dans un commissariat de Harlem, entendu, placé en garde à vue et inculpé. Le puissant patron du FMI est filmé, menotté, à la sortie de ses longues heures d'auditions. Encadré de deux policiers américains. Le visage fermé, le regard noir. L'humiliation est planétaire.
 

Un coup de tonnerre. DSK entre dans un long tunnel: après son arrestation le 14 mai, il est inculpé pour agression sexuelle le 15, avant d'être placé en détention provisoire à la prison de Rikers Island le 16. Le 18 mai, il démissionne de son poste de directeur général du FMI. Son destin bascule. Donné largement gagnant contre Nicolas Sarkozy à la présidentielle de 2012, DSK se préparait à se lancer dans la course à l'Élysée. «Cette nuit du 13 au 14 mai, je me suis réveillé à 6 heures du matin, raconte le député PS d'Indre-et-Loire, Laurent Baumel, ex strauss-khanien. J'ai eu le réflexe de regarder mon portable. J'ai vu cette alerte s'afficher: “DSK arrêté à New York pour agression sexuelle”. Dans la seconde, je me suis dit: “c'est fini”. Comme si on venait de nous annoncer un décès.»

En France, c'est la sidération. Les socialistes découvrent ou font mine de découvrir les failles de l'ancien ministre de l'Économie, mis en cause dans plusieurs affaires de mœurs (affaire Banon, affaire du Carlton de Lille). Mais c'est surtout le visage de la primaire du PS, programmée pour l'automne suivant, qui se trouve radicalement bouleversé. Le «pacte de Marrakech», passé entre Martine Aubry et Dominique Strauss-Khan (le mieux placé des deux ira à la primaire avec le soutien de l'autre) vole en éclats: au pied du mur, la maire de Lille se résout à se présenter. De son côté, François Hollande qui avait indiqué au patron du FMI qu'il serait candidat quoi qu'il arrive, voit l'horizon s'éclaircir. Le patron du conseil général de Corrèze qui, fin 2010, plafonnait à 3% dans les sondages, en devient rapidement le favori. Plusieurs partisans de DSK se rallient à lui, comme Pierre Moscovici, qui devient son coordonnateur de campagne.

Les strauss-kahniens, qui pour certains d'entre eux ont mis plusieurs semaines à comprendre que leur mentor ne reviendrait plus, finissent par tourner la page, lentement. Ils se divisent entre pro-Hollande (Pierre Moscovici, Vincent Peillon, Gérard Collomb, Marisol Touraine...) et pro-Aubry (Jean-Christophe Cambadélis, Christophe Borgel, François Pupponi...). «La question historique qui pourrait être posée, c'est: “qu'aurait été un quinquennat de DSK, s'il n'y avait pas eu New York et s'il n'avait pas eu ce problème avec les femmes?”», interroge le frondeur Laurent Baumel, qui bataille depuis 2012 contre François Hollande. «Est-ce que la présidence de DSK aurait été différente? Je le pense en partie. Strauss-Kahn avait une aisance dans les milieux économiques et financiers, il aurait sans doute été moins baladé que Hollande. Par ailleurs, je reste persuadé qu'il aurait su tenir tête à Angela Merkel.» On ne le saura jamais.

Samedi 14 Mai 2016
Dakaractu




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