Le Train Express Régional : Est-ce un luxe ou une nécessité? (Par Thiémokho DIOP)


Depuis l’annonce de la réalisation du Train Express Régional (TER) reliant Dakar au nouvel aéroport international Blaise Diagne (AIBD) de Diass, de nombreux sénégalais ont rué dans les brancards pour dénoncer un projet pharaonique, inopportun et coûteux. J’ai délibérément choisi, dans ce papier, de ne discuter que de l’opportunité ou non du projet car à mon humble avis, le gigantisme et le coût ne peuvent être abordés qu’après avoir vidé le débat sur son bien-fondé.
La question sur l’opportunité de réaliser le TER Dakar-Diamniadio-AIBD a été agitée par un grand nombre de sénégalais particulièrement ceux de la classe politique et de la société civile. Parmi ces voix divergentes, on peut citer celle de Fadel Barro du Mouvement Y’en a marre qui, lors du rassemblement du 7 avril, puis sur les plateaux de télévision, a clairement montré son scepticisme quant à la justesse dudit projet. Ces interrogations légitimes de plusieurs sénégalais m’ont amené à rédiger cet article. Pour mieux aborder la question, il me semble nécessaire de se poser la question de savoir si le projet du TER a été proposé à l’issue d’une étude sérieuse menée par des experts reconnus. La réponse est qu’un document datant de 1997 avait effectivement proposé la réalisation d’une telle infrastructure. Il s’agit du Plan national d’Aménagement du Territoire (PNAT) adopté le 23 janvier 1997 par le Conseil interministériel sur l’Aménagement du Territoire (CIAT).
Le PNAT est un document prospectif à long terme (1989-2021) composé d’un Plan général d’Aménagement du Territoire (PGAT) et de dix Schémas régionaux d’Aménagement du Territoire (STRAT). Le PGAT est le document d’envergure nationale alors que les SRAT intéressent les régions qui composaient le Sénégal à l’époque. Ce document réalisé de façon collective par toutes les structures étatiques pertinentes et avec la "mobilisation de toutes les compétences" avait, après avoir dressé un bilan diagnostic qui a décelé des disparités intra et inter-régionales, proposé un scénario d’aménagement et de développement harmonieux et durable intitulé "Sénégal 2021". Ce scénario, qui vise "l’exploitation optimale des ressources et des potentialités, la décentralisation et la recherche d’un meilleur équilibre entre les régions" avait proposé dans le secteur ferroviaire : "l’extension du réseau [ferroviaire] de Dakar pour le développement des transports de masse (trains de banlieue ou métro à ciel ouvert)". En d’autres termes, il y a plus de 20 ans, des experts sénégalais, au terme d’une décennie de travaux, avaient proposé la réalisation d’une infrastructure de transport de masse de style "métro à ciel ouvert" pour répondre aux besoins du pays à l’horizon 2021. Le projet de Train Express régional ne peut que s’inscrire dans le cadre de cette proposition puisqu’il est du même style (métro à ciel ouvert) et vise les mêmes objectifs que le PNAT à savoir le développement du transport de masse.
Il apparait donc que le projet du TER n’est pas une création du Président Macky Sall quand bien même on pourrait légitiment lui accorder le mérite de l’initiative. Si l’on se fie aux recommandations faites par les experts ayant conçu le PNAT, le TER n’est pas un luxe mais une nécessité qui vise un développement harmonieux et durable du Sénégal. Rejeter donc l’opportunité de réaliser ce projet, c’est être en retard de plus de 20 ans sur les propositions d’experts compétents qui ont consacré leur temps et leur énergie à nous offrir une vision d’un Sénégal à l’horizon 2021. Mais les sénégalais semblent être coutumiers du fait car, l’autoroute Dakar-Diamniadio dont ils se glorifient aujourd’hui, avait connu le même sort à ses débuts. En effet, une frange importante de l’opinion trouvait également le projet inopportun et onéreux (il était estimé à près de 400 milliards).  Pourtant, cette infrastructure n’est pas non plus une idée du Président Wade mais bien du PNAT qui avait proposé "l’autoroute Dakar-Thiès [avec la] réalisation d’une première tranche Dakar-Diamniadio". Cette attitude corrobore le caractère ambivalent de l’opinion publique sénégalaise qui peut être critique envers un projet puis devenir très élogieux quelques temps après.
 
Thiémokho DIOP
Analyste et Économiste
 
 
 
 
 
 
Mercredi 19 Avril 2017
Dakar actu



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