Le Sénégal au crépuscule de la perte des valeurs


Le Sénégal au crépuscule de la perte des valeurs
S’il était jadis réputé être une terre de valeurs ancestrales, longtemps incarnées par des générations d’hommes et de femmes issus de toutes les contrées de la nation et qui s’identifiaient dans tous les secteurs de la vie (social, économique, culturel et cultuel, politique …), le Sénégal est devenu aujourd’hui un terroir de prédilection des antivaleurs.
Terre d’illustres et dignes fils qui toute leur vie durant ont œuvré pour l’incarnation des valeurs (bravoure, solidarité, dignité, discrétion, respect de soi et d’autrui, rigueur, etc.) qui devraient être le ciment de notre cohésion sociale et le socle de notre développement économique, le Sénégal s’en retrouve dépouillé de sa carapace qui le protégeait de toute attaque ou agression déstabilisatrice.
Espace d’éclosion intellectuelle, de démocratie et de construction d’une citoyenneté active mais fortement ancrée aux us et coutumes léguées par les anciens, ayant produit d’éminents hommes politiques, de science et de lettres, notre pays croule impitoyablement sous le poids de la lâcheté, de la calomnie, de la médisance, de la méchanceté et des coups bas, de l’hypocrisie et de la tricherie,…
De scandales à scandales secouant les remparts de la nation, comme on ne pouvait jamais l’imaginer, nous avons les raisons de croire au pire.
Que Dieu nous en garde !
Du scandale de la drogue du lamantin Beach de Saly, mouillant des agents de la douane, à celui du tout récent brûlot du Colonel Abdoulaye Aziz Ndao de la gendarmerie, en passant par l’affaire de la drogue de la Police, ébruitée par le Commissaire Cheikhna Keita, l’on s’interroge sur l’avenir de notre pays où de tout temps, les forces de l’ordre, de défense et de sécurité ont incarné nos valeurs les plus chères à nous.
A la limite de l’indignation et de la peur, quand on sait combien la stabilité du Sénégal est en jeu ces dernières années, l’on est en droit de demander aux autorités d’être suffisamment responsables, pour traiter de la manière la plus rigoureuse de ces questions, dont celle-ci la plus récente, ne doit pas échapper à la rigueur des procédures judiciaires et disciplinaires. Quand des Colonels de la gendarmerie nationale, corps d’élite caractérisé par sa rigueur et son professionnalisme, sont cités dans une affaire de ce genre, le citoyen lambda est en droit d’exiger que la lumière soit faite, que des mesures disciplinaires soient prises et que cela soit le déclic d’une action d’envergure, pour un nettoyage très profond de nos administrations, des services et institutions dont la sauvegarde de l’image républicaine nous incombe à tous.
Halte à ces scandales avant que cela ne soit trop tard !
L’occasion doit aussi être saisie pour procéder, de façon beaucoup plus large à une introspection, chacun à quelque niveau qu’il se situe, mais aussi et surtout à l’éradication de ces fléaux qui risquent de mener la barque, Sénégal, à la dé-rive.
Qu’Allah nous en préserve !
 
Birama NDIAYE
Mercredi 23 Juillet 2014
Dakaractu




1.Posté par Malick NDOUR le 23/07/2014 21:37
« Quand la grande muette devient plus prolixe que le monde civil, on a de quoi avoir peur ».
Par Me Malick NDOUR :
Tenus par une obligation de réserve, les hommes en uniforme étaient jadis assimilables à des enveloppes estampillées «confidentielles», «très confidentielles» ou «secret défense». Mais aujourd’hui, cette comparaison ne tient plus qu’à un seul fil, très ténu du reste. Il est même regrettable de constater qu’on assiste ces derniers temps à un inversement pur et simple des rôles entre les hommes de tenue obligés de garder le silence et les civils qui peuvent exercer la plénitude de leur liberté d’expression. Autrement dit, ceux qui étaient censés garder le secret, telle que la loi les leur recommande, sont ceux qui exposent sur la place publique des affaires confidentielles menaçant du coup la sécurité et la stabilité nationales. Le plus cocasse réside dans le fait que cet imbroglio implique toujours des plus hauts gradés de la hiérarchie des limiers, des pandores et même des mâtons.
Des scandales et des déballages tous azimuts se multiplient et ne se ressemblent guère, faisant les choux gras d’une presse évasive, attentiste et mercantiliste qui épilogue plus sur les détails que sur l’essentiel et refuse de percer le mystère pour rétablir la vérité.
N’a-t on pas alors raison d’avoir peur après tout ce qui s’est passé à des niveaux insoupçonnés de la police et de la gendarmerie ? Ces forces de l’ordre sont-elles en passe de devenir des forces du désordre, si l’on sait la loi leur interdit formellement de telles attitudes. Je pense que les réponses semblent être à l’affirmative et ce, à plusieurs égards.
En effet, on a vécu récemment la scabreuse affaire de drogue qui a éclaboussé la police avec les révélations du Commissaire Cheikhna Cheikh Sadbou Keita. Ces allégations d’un homme de terrain qui a dirigé pendant des années l’Ocrtis, mettant en cause de grosses pontes de la corporation policière, sème le doute dans l’esprit des citoyens qui cherchent désespérément à connaitre toute la vérité dans cette affaire. Et au lieu de tirer celle-ci au clair l’Etat s’est juste contenté de prendre des mesures disciplinaires et administratives sur la personne du Commissaire Keita. Pourtant, quelques semaines plus tard, l’histoire a semblé lui donner raison avec l’arrestation par la gendarmerie, d’un policier de l’Ocrtis dans une supposée affaire de complicité de trafic de drogue. Et toute cette situation n’honore point la police dont la mission régalienne est d’assurer le maintien de l’ordre, la sécurité des personnes et des biens.
Avant même que cet épisode de la drogue au niveau de la police ne connaisse son épilogue, c’est une autre affaire qui secoue cette fois-ci la gendarmerie avec la sortie livre du Colonel Abdoulaye Aziz Ndao intitulé « Pour l’honneur de la Gendarmerie Sénégalaise ».Un véritable brulot, qui dépeint des pratiques scandaleuses d’une extrême gravité tant sur le dossier de la crise Casamançaise que sur les révélations du meurtre de l’ex-président du conseil régional de Ziguinchor Mr Oumar Lamine Badji. L’homme en bleu n’a pas mis des gants pour jeter un pavé dans la mare de la gendarmerie et de l’Etat en général. Toutes choses qui entachent la réputation et l’honorabilité de ceux –ci au point que beaucoup de citoyens s’en émeuvent.
Mais qu’est ce qui justifie le fait que les hommes en uniforme sortent de plus en plus de leur carapace ? Mystère et boule de gomme !
En tout cas le moins qu’on puisse dire, c’est que le mobile est à chercher dans les frustrations auxquelles ils sont souvent victimes. En attestent les scandales qui ont émaillé ces derniers temps la police et la gendarmerie.
Pour le cas du Commissaire Keita, ses sorties fracassantes font suite à des nominations faites au sein de la police. Celles ci ne trouvant pas son assentiment, l’ex Dg de l’Ocrtis n’a pas manqué de signaler pour le regretter, des pratiques peu orthodoxes d’un de ses collègues sur qui un choix a été porté. Et c’est la sourde oreille de ses supérieurs qui l’ont fait sortir de ses gonds.
Alors que le colonel Ndao a publié son ouvrage consécutivement au fait qu’il ne soit pas promu au grade Général, pourtant faisant partie des plus gradés colonels de la gendarmerie. Autrement dit, eu égard aux nominations clientélistes, arbitraires faites au sommet de la hiérarchie, les hommes qu’il faut ne sont point à la place qu’il faut. La nomination aux emplois civils et militaires, étant quand bien même un pouvoir discrétionnaire du Président de la République, peut exacerbée davantage ce mal qui gangrène notre pays. Mieux, si elle n’est pas encadrée et faite dans les règles de l’art, elle peut ouvrir une boite à pandore à d’autres récalcitrants.
Ce qui remet au goût du jour la lancinante question de la réforme des institutions du pays qui est plus que jamais d’actualité mais semble moins être une priorité pour le régime en place.
Et si l’on n’y prend garde, ces derniers événements malheureux de la police et de la gendarmerie, continueront sans doute à muer «la grande muette» en une «grande râleuse».



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