Ce mardi, là, lorsque Luc quitta vers 12 heures sous un soleil de plomb le cabinet du procureur de la République, devant une foule de curieux et sympathisants, il pensa certes à son épouse, et à ses enfants, à la tournure amère que prenaient les choses, compromettant son parcours jusque là de golden boy impeccable et méritant. Luc pensait surtout à ce qu’allaient dire, et commenter ces satanés sénégalais qui savent tout, inventent et déforment les faits comme autant de magiciens du récit vivant. Mais Luc pense aussi à Bertrand, son ami et presque frère qu’il va avoir à croiser dès cet après midi, lors du moment de promenade, accordé au détenus, dans cette vaste cour de la prison de Thiès. Impossible de ne pas y penser. Refuser la liberté provisoire, n’aura été que leurre et bravade. Luc sait que le moment de croiser son ami est inéluctable. Mais lorsqu’il pénètre dans ce sinistre endroit, ses pensées vont vers ce qu’il n’avait jamais imaginé. Mise à poil totale, c’est la loi. Découverte d’individus qui vous admirent souvent et qui sont là pour des motifs divers et variés, et qui vous témoignent de leur compassion, en relativisant vos déboires, les justifiant de paroles convenues, du genre «ça n’arrive qu’aux vrais hommes, les plus grands sont passés par cette épreuve, c’est la volonté divine» et bla bla bla. Il n’écoute que d’une oreille, et ses autres sens sont déjà pris de tourments divers. Son odorat défaille, sa peau se crispe à la vue des murs décrépis et galeux, et Luc frémit. Pour l’instant, il écoute hagard tous ses «nouveaux amis», découvre des destins qu’il n’aurait jamais imaginé croiser en ces endroits, des tombereaux d’injustices rassemblées en ce lieu où la particularité la mieux partagée est d’être innocent, où d’avoir toujours dans l’entendement des détenus été trompé par ses avocats. Il devra s’habituer et faire attention Luc, lorsqu’il va aller aux toilettes de le faire sans dégoût. Cela pourrait vexer ceux qui sont là depuis des lustres et qui vivent de façon quotidienne son enfer, et sans moufter. Et puis pour qui se prend-t-il pour avoir des hauts-le-coeur? Déjà, il faudra apprendre à marquer son territoire. Heureusement, il est mis, standing oblige, dans d’excellentes conditions, si tant est que d’excellentes conditions puissent exister lorsqu’on est privé de liberté.Les fatigues accumulées lors de l’éprouvante garde à vue, vont avoir raison de Luc. Une fois couché et pensif, il se mettra à gamberger à sa vie qui lui a échappé en un instant, à ses responsabilités qu’il assumait, d’abord paternelles et matrimoniales, puis civiles et professionnelles, il songera à toutes ces personnes qui comptaient sur lui et qui sont plongés dans le plus total effarement, depuis que cette incroyable affaire du «Lamentable» comme il conviendrait de l’appeler, nous a pété à la figure comme un coup de tonnerre dans un ciel serein. Il aura du mal à dormir, Luc, il pensera à demain et ne s’écroulera que de fatigue de désolation. Justement, demain arrive vite. Au clairon!! Du moins à l’appel, oui, cet instant où votre patronyme résonne dans un endroit incongru et qui fait du bruit de la clé une insupportable souffrance. Et puis arrive alors la pensée inévitable. Où est Bertrand Touly? Dans quelle chambre est-il? Rien ne lui interdit de venir le voir, lui qui depuis trois semaines, est presque un habitué des lieux, y a ses moments de joies, même si c’est pénible. Il a dû grossir un peu, bronzer, c’est évident, et lui, attend plus sereinement ce face-à-face qu’il a depuis le fond de sa cellule provoqué. Alors, Luc attend. Il sait que cette rencontre va avoir lieu, dans la cour de promenade ou ailleurs, peu importe, elle est inéluctable. A peine a-t-il fini de s’imaginer dans quelles circonstances il allait vivre ce «combat» imprévu, que la clé s’introduit dans l’huis de la porte de sa cellule. Un garde apparaît.» Monsieur Nicolaï, un homme veut vous voir.» Avant même qu’il ne s’enquiert de son identité, la silhouette de Bertrand Touly se fiche dans l’encadrement de la porte et leurs regards se croisent. Entre défi et affection. Les deux frères d’un même père sont devenus ennemis. Intense moment de léwato mental. Luc va pour parler. Il n’en n’a pas le temps. Touly dégage en touche avant qu’il ne saisisse son souffle et attaque. Violemment. «Tu croyais quoi? Que tu pouvais m’avoir comme ça, facilement, on se connaît toi et moi. Tu croyais quoi hein? Tu sais pourtant que je tiens ce pays dans le creux de ma main, les puissants viennent à ma table et j’en fais ce je veux!! Saly m’appartient !!! Tu croyais quoi Hein? Que t’allais être soutenu par ces négros qui ne t’ont suivi que parce t’as été riche. Qui te connaissait avant que mon père ne fasse de toi ce que tu es devenu? Tu penses qu’ils vont te soutenir ces nègres qui ne t’ont jamais aimé, parce que tu n’es pas des leurs, avec ton nom d’ukrainien à la mords-moi-le noeud. Ils t’ont sucé tes tunes, point barre, attendant comme ils aiment ta chute, avant de te dévorer, comme ils brûlent toujours ce qu’ils ont adoré. Tu croyais quoi hein? Que ton Gaston Mbengue allait venir te secourir? En cet instant, il se pisse dessus de plaisir!!! Conn..!!! Tu croyais quoi hein? Que tes petits ridicules millions t’avaient rendu puissant au point d’embarquer des conn.. de douaniers dans ton jeu? Que valent tes malheureux millions à côté de mes milliards? Ils m’ouvriront les portes de cette prison, dans laquelle tu croupiras de t’en être pris à moi!!!» Luc allait pour répondre, mais Bertrand le coupa net. «Je t’écraserai comme une m...». Luc ne put répondre à cette menace qu’avec un inaudible «On se verra mercredi. Dieu est Grand et Serigne Touba n’est pas petit...». Le garde referma la cellule à clé. Luc s’allongea sur son lit, fixa le ventilateur et après quelques soupirs qui flirtaient avec des sanglots, se leva pour tambouriner à la porte de sa cellule. Le garde de faction arriva plein de respect et s’entendit demander par celui qui était son idole pour avoir «coaché» les plus talentueux lutteurs de ce pays : « S’il vous plait, pouvez-vous me mener à l’infirmerie?» Le garde ne put réprimer un sourire avant de lui dire : «Allons alors chez Ardo!», pendant que Luc décidément pensait qu’il n’avait pas bien tenu sa garde, en laissant germer une telle idée dans sa tête pour quelques millions de francs. Il avait, décidément, bien du pain sur la «blanche»...
PS: Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé est pur hasard. Ceci n’est que fiction.
PS: Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé est pur hasard. Ceci n’est que fiction.
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