Le Conseil constitutionnel ne peut pas se substituer à la volonté du peuple, seul souverain en République. (Dr Cheikh Tidiane DIEYE)


Le Conseil constitutionnel ne peut pas se substituer à la volonté du peuple, seul souverain en République. (Dr Cheikh Tidiane DIEYE)
Il ont  franchi le rubicond. Et c'est peut-être le début de la fin, comme pour les autres, lorsqu'ils ont commencé à se croire au dessus des lois. Demander au Conseil constitutionnel de valider, par des arguties juridiques, un renoncement à la parole donnée est une chose. Mais lui demander de se substituer au peuple pour faire la loi à sa place est la pire des forfaitures. C'est ce qui vient de se passer. Ce conseil constitutionnel, connu désormais pour sa soumission totale à la volonté du prince, ne peut pas, par un simple avis, même dûment motivé et adossé à des circonstances exceptionnelles préfabriquées, changer une loi adoptée par le Peuple Sénégalais à travers ses représentants. Les "sages" ne se sont pas limités à donner leur avis, ni même à interpréter la loi, puisque le code électoral est suffisamment clair pour avoir besoin d'être interprété. Le code électoral est une loi et seule une autre loi peut le changer. Or le Conseil constitutionnel a  créé une nouvelle loi, la tienne. Cela est anticonstitutionnel. 

Si les sages du Conseil constitutionnel, dont on peut douter de la sagesse, osent le faire, c'est qu'ils se savent protégés et couvés par un pouvoir qui ne se fixe plus aucune limite. Le pouvoir qui gouverne le Sénégal depuis le 25 mars 2012 apparaît aujourd'hui, en dépit de ses promesses de rupture, comme un condensé de tous les maux qui avaient caractérisé les libéraux, avec l'incompétence en plus.

Ce pouvoir semble poser, acte après acte, les jalons vers un pouvoir despotique. Un despotisme obscur. Le despotisme est le pouvoir d’un homme qui se rend absolu, un pouvoir qui ne trouve pas de limites. Le despote, qui crée les choses comme le roi établi les lois de son royaume, produit de l’instabilité permanente. 

La situation que nous vivons est inédite. C'est le fruit de l'incompétence incontestable du Ministère de l'intérieur et des institutions en charge des élections. Le processus électoral est biaisé, délégitimé et pris au piège des manœuvres et des calculs que le pouvoir a érigé en mode de gouvernance. 

Dans un Etat moderne gouverné par des règles de droit et selon les principes de l’imputabilité et de la transparence, un échec aussi criard aurait engendré inévitablement la démission de tous les responsables. 

Le Sénégal est vulnérable et fragilisé. Fermer les yeux sur cette réalité, l’occulter délibérément ou  la taire, c’est se rendre coupable de complicité de cette violence programmée. Et demain, en cas de violence, à Dieu ne plaise, nul ne sera épargné. C'est pourquoi nous sommes tous interpelés, les acteurs politiques, partisans ou indépendants, en premier lieu. 


Nous devons tous reconnaitre et accepter que le système démocratique fonctionne comme un jeu de compétition. Bien que les concurrents s’opposent entre eux et qu’ils puissent même se détester, le fait même de jouer un jeu indique qu’ils se sont mis d’accord sur la façon de jouer et sur l'enjeu de la compétition. Cela est également vrai d’une structure politique : elle est aussi un ensemble de règles destinées à codifier la compétition. Sans ces règles communes, la politique cesse d’être une compétition et se transforme en un combat où l’objectif n’est  pas de battre l’adversaire au cours d’une lutte codifiée, mais de détruire le jeu et de mettre sur pieds un ensemble nouveau et différent de règles. C'est une telle attitude qui a été, le plus souvent, la cause de tous les conflits qui ont jalonné l'évolution de l'humanité. 

On ne doit pas changer les règles du jeu au cours du jeu, de façon unilatérale, simplement parce qu’on est plus fort et qu’on monopolise à la fois la violence légitime, par la police, ou la prépondérance dans l'interprétation du droit, par un Conseil constitutionnel sous influence. Comme la science, la démocratie procède par bons qualitatifs. Croire par conséquent qu’on peut tripatouiller sans retenue les lois constitutionnelles aux fins de garder le pouvoir relève d’une méconnaissance de la réalité politique actuelle. Les changements de l’an 2000 et 2012 ne sont pas des évènements accidentels mais bien l’expression tangible de l’aspiration du peuple sénégalais au changement et au progrès.

C’est le retour d’une citoyenneté jadis capturée, niée, voire refoulée et qui s’impose désormais comme pierre angulaire de la construction de la démocratie au sein d’une république libérée. Vous pouvez donc calculer, ruser et manipuler, comme l’ont fait bien des despotes dans le passé, mais la marche des citoyens du Sénégal vers la liberté et le progrès est irréversible.  Quarante ans de manipulations et de corruptions socialistes n’ont pas sauvé ces derniers, pourtant dotés d’appareils politiques expérimentés, de la déferlante citoyenne au soir du 19 mars 2000. Douze années de tripatouillages constitutionnels, d'achats des conscience et de manœuvres politiques n'ont pas sauvé les libéraux du sursaut populaire du 25 mars 2012. 

Ce n’est donc pas un régime jeune, mais déjà vieux, déliquescent et usé après seulement cinq ans au pouvoir, qui fera reculer un peuple sénégalais qui marche vers la refondation et le renouveau.   

Il y a une  limite à toute chose et les despotismes les plus forts ont tous fini par périr. La manipulation, la ruse et le maquillage ne font pas un système de gouvernance viable. 

Il appartient au Président de la République de réagir avant qu'il ne soit trop tard. 
Vendredi 28 Juillet 2017
Dakaractu



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