Laser du lundi- UA : le sommet des chefs d’Etat et le summum des défis (Par Babacar Justin Ndiaye)


Laser du lundi- UA : le sommet des chefs d’Etat et le summum des défis (Par Babacar Justin Ndiaye)
Le 22ème sommet des Chefs d’Etat et de gouvernement  de l’Union Africaine (UA) s’est déroulé dans un contexte où les défis les plus sérieux voire périlleux ont plafonné ou carrément crevé le plafond. Dans la gamme des problèmes aigus et des dossiers chauds figurent – en très bonne place –  la laborieuse intégration (prélude à l’unité) et la vitale sécurité (nom commun à la stabilité et à la paix) dont les non-effectivités respectives hypothèquent le développement et brûlent la feuille de route léguée, en 1963, par les Pères fondateurs de l’Organisation de l’Unité Africaine (OUA) ou ancêtre de l’UA.

« Il ne suffit pas de bondir sur sa chaise, comme un cabri, en disant l’Europe, l’Europe, l’Europe…pour que l’unité européenne se fasse » disait et mimait ironiquement le Général De Gaulle. Dans une Afrique, siège des séquelles de toutes les attaques impitoyables (colonisation brutale, balkanisation postcoloniale et convoitises internationales) et arène d’une curée sans fin mettant aux prises les élites africaines, la question de l’unité (version Etat fédéral) ne trouvera jamais sa réponse satisfaisante dans les belles professions de foi ou les discours-fleuves prononcés annuellement à Addis-Abeba.

En effet, le questionnement des modalités a assez trainé en longueur. Il urge que le choix entre l’addition des souverainetés isolément fragiles (préférence des adeptes de la prudence) et l’évaporation des micro-Etats peu viables (option des adeptes de la vitesse) soit opéré, au regard des crises – les unes endémiques, les autres émergentes – qui muent le rêve unitaire en cauchemar dévastateur. Entre le naufrage et le sauvetage de l’Afrique, la voie reste étroite mais passante ; même si une conjoncture tourmentée commande aux leaders africains, une accélération… graduelle autour des deux chantiers précités.

Aucun exutoire n’épargnera à l’Afrique, le temps nécessaire et la corvée salvatrice d’une mise à niveau via les critères ou les impératifs plus ou moins standards d’une gouvernance acceptable et acceptée à l’échelle de la cinquantaine de pays concernés par la matérialisation de la charte de l’OUA-UA. Tellement les écarts sont pluriels et profonds entre eux. Tenez : bien que leurs dirigeants vibrent vocalement à l’unisson, dans la capitale éthiopienne, il n’existe rien de commun entre l’ancrage démocratique de l’Ile Maurice et la chienlit militaire en Guinée-Bissau.  Fossé similaire entre l’Afrique du Sud – un dragon africain membre du BRICS – et la Centrafrique où l’Etat et l’économie sont en cendres etc. On peut multiplier à l’infini, les exemples ou les indications qui prouvent l’existence d’une Afrique démocratiquement bariolée et économiquement contrastée, à l’image d’une peau de léopard.

Il n’empêche que la résignation devra s’effacer devant la volonté, à l‘instar des expériences éprouvantes ou non, recensées ailleurs. L’Amérique a réalisé son unité au travers d’une terrible guerre de sécession (1861-1865) dont une autre issue (défaite d’Abraham Lincoln) aurait, aujourd’hui, modifié le destin de la première puissance du monde. En Europe, l’Allemagne et la France qui ont tant mis en lambeaux la paix sur le vieux continent, sont devenues les deux locomotives de la construction très avancée (presque achevée) d’un espace intégré qui va de l’Atlantique à l’Oural. L’Afrique a donc des références pour – à la fois –  mixer et innover sa marche vers l’unité. En attendant, elle se coltine le second défi de taille qui conditionne son développement : la sécurité.

Dès sa naissance en mai 1963, les très clairvoyants Pères fondateurs de l’OUA (Nasser, Nkrumah, Bourguiba, Sékou Touré, Hailé Sélassié etc.) avaient ciblé les bastions de l’Apartheid (Afrique du Sud, Namibie, Rhodésie du Sud) et les vestiges du colonialisme attardé du Portugal (possessions d’Angola, du Mozambique et de Guinée Bissau) comme des vecteurs de menaces réelles contre l’Afrique massivement indépendante, trois ans auparavant, en 1960. Pour faire face à ces ultimes citadelles du fascisme portugais et du racisme blanc lourdement armés, un Comité de Libération de l’OUA fut créé et installé en Tanzanie. Des officiers issus des jeunes armées du continent (parmi lesquels les lieutenants Moussa Traoré du Mali et Fanciné Touré  de Guinée) y furent affectés comme conseillers en charge de l’aide destinée aux mouvements armés de libération. La mission du  Comité prit fin avec l’émancipation de tous les territoires sous domination étrangère.  Et de toutes les enclaves coloniales : Comores, Djibouti, Ile Maurice et les Seychelles.
Toujours attachés à la paix et à la sécurité, les premiers dirigeants du continent établirent le dogme de l’intangibilité des frontières héritées de la colonisation. Dans une Afrique dont les limites territoriales furent fâcheusement tracées au cordeau par des conférenciers siégeant à Berlin – loin des savanes, des forêts, des marécages, des déserts mal explorés et approximativement représentés sur des cartes grossièrement dessinées – l’intangibilité des frontières stabilise officiellement les espaces mais creuse la tombe des cohésions nationales tant recherchées. Même si le dogme affichait son côté louable : empêcher les guerres en chaine autour des frontières. Toutefois, le choc des réalités a balayé la beauté des idéaux ; puisque l’Erythrée se détachera de l’Ethiopie en 1993. Huit ans après, le Soudan se scindera en deux, avec la naissance du Sud-Soudan en 2011. Depuis 2012, le spectre d’un démantèlement plane sur le Mali.
En ce début d’année 2014, les chefs d’Etat de l’UA sont confrontés à une série crises d’une toute autre et nouvelle typologie. Les pays en confit sont précisément en conflit avec eux-mêmes. C’est ainsi que l’Algérie, la Centrafrique, la RDC, le Sénégal (en Casamance) le Mali, le Soudan, et le Sud-Soudan sont vautrés dans des guerres internes. Avec, bien sûr, des doses variables d’ingérences extérieures. Un phénomène nouveau qui exige une réadaptation de l’outil militaire, là où l’armée ne s’est pas effondrée.

Bref, un nouveau cahier des charges sécuritaires que seule une Défense continentale unifiée et non des Défenses nationales éparses (notoirement vulnérables) peut réaliser. Hier, les experts avaient planché sur une Force Africaine en Attente (AAA). Elle est toujours en attente. De son côté, la France avait proposé son concept Recamp : renforcement des capacités africaines de maintien de la paix.  En coiffant au poteau la CEDEAO trainante et inopérante, l’opération Serval a signé l’arrêt de mort de Recamp, dans l’immense triangle Tombouctou-Gao-Kidal.

Aujourd’hui, l’heure est à la CARIC : capacité africaine de réponse aux crises. Magnifique sur le papier, la CARIC prendra difficilement forme sur le terrain. Car le nerf de la guerre (l’argent) sera son éternel talon d’Achille. Or sans budget conséquent, point de logistique adéquate. C’est d’autant plus vrai que la France – une des cinq puissances militaires – n’aurait pas été à la hauteur du défi logistique au Nord-Mali, sans l’aide des Etats-Unis dans le domaine du transport aérien. Et celle discrète mais décisive de l’Algérie en fuel. Si le Abdelaziz Bouteflika, chef d’un Etat pétrolier et voisin, n’avait pas (à la demande Hollande) coopéré en fournissant du carburant et du kérosène, les hélicoptères et les blindés de Serval en activité à Kidal (1 500 kilomètres de Bamako) auraient été à sec. Moralité : une défense africaine autonome est encore dans les limbes.

Voilà pourquoi l’Afrique reste un gigantesque laboratoire onusien de maintien de la paix. On y observe un gros embouteillage des forces d’interposition et des missions de stabilisation. D’où la forêt des sigles bleus qui colorent le panorama : Minusma, Minuad, Amisom, Minurso, Monusco, Onuci etc. On peut se demande si l’UA n’est pas une succursale africaine de l’ONU, c’est-à-dire un sous-machin du « machin » de New-York. Donc un jouet entre les mains des Grandes Puissances qui régentent le Conseil de sécurité. Et, par ricochet, supervisent la sécurité de l’Afrique.   

PS : c’est le lieu de magnifier l’initiative du ministre Mankeur Ndiaye qui a rencontré, à Addis-Abeba, son homologue du Portugal, Rui Machete, et – dans la foulée – imprimé un regain de dynamisme à l’axe Dakar-Lisbonne. Dans la perspective de la prochaine présidentielle à Bissau, des contacts poussés avec le Portugal, chef de file des pays de la CPLP ne peuvent que conforter les intérêts vitaux du Sénégal.
 
Lundi 3 Février 2014
Dakaractu




1.Posté par antus le 03/02/2014 21:40
justin, mankeur est nul. tu as beau lui faire un clin d'œil mais cela ne servira à rien.il ne fait que du folklore.



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