Laser du lundi : Plus de déférence et moins de réformes des institutions (Par Babacar Justin Ndiaye)

Laser du lundi ,Retrouvez chaque Lundi matin sur Dakaractu la chronique politique de Babacar Justin Ndiaye, Analyste politique et social .


Laser du lundi : Plus de déférence et moins de réformes des institutions  (Par Babacar Justin Ndiaye)
DAKARACTU.COM - Juriste éminent, le Professeur Ismaïla Madior Fall (le Georges Vedel sénégalais) est sûrement un rat de bibliothèque qui a assimilé la leçon de Louis Aragon, poète et membre du Parti communiste français. Cet intellectuel stalinien et raffiné (chose rare) avait enseigné à ses contemporains, le stade suprême de la politesse : « Il y a l’art et la manière de dire merde ; même à un Pape ».

Fort de cet art, le conseiller juridique du Président de la république a dit « Non » au Patriarche Amadou Makhtar Mbow, le Président de la Commission nationale de Réforme des Institutions (CNRI), avec une courtoisie exquise et …savante. Ce qui donne un relief de politesse et un supplément de charme aux arguments que lui (le constitutionnaliste) oppose à ceux qui ont une appétence sans limites et une soif inextinguible de réformes institutionnelles.

Inutile de revenir sur les éléments constitutifs du point de vue remarquable du Professeur Fall, exprimé lors du Forum Ipode, tenu il y a quelques jours. La presse les ayant déjà parfaitement répercutés. L’indispensable approche consiste plutôt à revisiter l’expérience de 50 ans de vie étatique (postcoloniale) et de cheminement institutionnel, pour asseoir une religion – non pas définitive, mais consensuelle et crédible – sur la santé des institutions du Sénégal.

Sous cet angle, le panorama est historiquement rassurant. Voire enthousiasmant à maints égards ; notamment au travers de quelques piques de rappel. De 1960 à nos jours, le Sénégal a échappé à l’épidémie de coups d’Etat qui a sévi sur le continent. Preuve que dans le magma d’institutions fondatrices de la République, l’institution militaire campe aux avant-postes de la légalité, pour la défendre âprement. Et non pour la décapiter.

Deuxièmement, la patrie de Blaise Diagne a enregistré deux alternances irréprochablement démocratiques en 2000 et en 2012, sur un air de carnaval, dans une région du monde où les vandales prennent le relais des électeurs, dès la proclamation des résultats. Au-delà des deux alternances démocratiquement exemplaires, le pouvoir a changé de mains trois fois, compte tenu de la mise en œuvre pacifique de l’article 35 par le biais duquel Abdou Diouf a succédé à Léopold Sédar Senghor.

Troisième constat institutionnellement honorable pour les Sénégalais, leur pays n’a jamais été une terre de totalitarisme, un camp de concentration ou un royaume du silence férocement régenté par une tyrannie. Même à l‘apogée du Parti unique – « unifié » corrigeait le grammairien Senghor – les citoyens n’ont jamais tu leurs opinions. Y compris les plus radicalement divergentes.

Dans le passé, des exactions et des bavures ont certes été dénombrées. Une série de relégations à l’intérieur du territoire, et des exils longs et mémorables comme ceux de Mahjmout Diop, Ly Baïdy et autre Madia Diop ont été notés. Exceptionnellement, le champ politique a été jonché de cadavres, au cours du bras de fer entre le Président Senghor et le jeune chef religieux chef d’alors, Cheikh Tidiane Sy, ou durant l’épreuve de force entre le Parti du Regroupement Africain (PRA) et l’Union Progressiste Sénégalaise (UPS) sur les Allées du Centenaire. Au même endroit, un meeting de l’opposition a connu un débordement sanglant (policiers tués et blessés) dans les années 90.

Toutefois, cette surchauffe sénégalaise correspondait à un climat de pique-nique ou à une atmosphère de garden-party, comparée à la terreur en vigueur dans la Guinée de Sékou Touré, à la férocité policière prévalant dans le Cameroun d’Amadou Ahidjo et aux éliminations ciblées, régulièrement ordonnées par l‘ex-maitre du Gabon : Omar Bongo.

Du coup, l’éloge des institutions s’impose dans une république non bananière comme le Sénégal. On peut pousser le bouchon assez loin, en chantant un hymne à la gloire des institutions. Et, surtout, en les portant au pinacle, à l’instar de Jean Monnet, père de la construction de l’Europe communautaire : « On ne peut rien faire sans les hommes ; mais rien n’est durable sans les institutions ».

Néanmoins, la clairvoyance plante un bémol, non sans aiguillonner vers des évidences souvent perdues de vue. En effet, les institutions ne sont faites ni pour les animaux, ni pour les végétaux. Encore moins pour les minéraux. Elles sont créées par et pour les hommes qui sont ce qu’ils sont, ici et ailleurs, c’est-à-dire pleins de mérites mais bourrés de turpitudes.

Ce qui est vrai pour les institutions, l’est également pour le système démocratique. Et dans une moindre mesure pour l’idéologie politique. En termes abrupts, les institutions ne valent que ce que valent les hommes qui les animent. Dans cet ordre d’idées, chaque jour démontre que la démocratie ne se résume pas à un apparat juridique (textes) ; tout comme elle n’est pas consacrée par un décor électoral (scrutins à répétitions). La démocratie est une question de sincérité.

Le régime d’Adolphe Hitler ne fut-il pas le produit d’institutions démocratiques et le fruit d’un triomphe électoral survenu dans les années 30, avant de virer vers un fascisme démentiel ? Chez nous, un Parti démocratique qui a lutté héroïquement pour le succès de la démocratie, ne s’est-il pas mué en Parti dynastique, en arrachant à sa majorité parlementaire, le vote d’une loi dite du quart bloquant, pour faire le lit d’une succession davantage monarchique que républicaine ?

En définitive, les vrais garde-fous d’une démocratie et les réels gages de performance des institutions reposent sur l’éthique des acteurs politiques. Voilà pourquoi les citoyens ne doivent jamais dormir sur leurs lauriers. La crise de l’institution policière, aujourd’hui, et le scandale de la justice sous l’ère Wade, hier, recommandent une vigilance autour de la santé et de l’éclat des institutions. Mais vigilance n’est pas synonyme d’urgence. Ceux qui réclament 700 millions pour conduire des réformes presque sans objet, ont une botte secrète habilement mise sous le boisseau.

Sur les préoccupations d’ordre institutionnel, on peut greffer le vacarme soulevé par le propos – mi-agacé, mi-furieux – du Président Macky Sall, sur les procédures « ennuyeuses », selon son expression. L’adjectif n’est ni heureux, ni bon. Les procédures peuvent être lourdes, contraignantes et paralysantes. Jamais ennuyeuses. Car les institutions, les lois, les procédures et les règles (elles ne sont pas pareilles, mais ont un air de famille) se moquent des humeurs. Elles sont également peu compatibles avec la démagogie et le populisme chers aux hommes politiques. Bref, elles doivent être respectées.

Cependant le culte louable de l’efficacité et la soif de résultats qui transparaissent sincèrement dans le discours du chef de l’Etat, méritent une grande attention. En allant en guerre contre les insupportables conditionnalités des bailleurs de fonds, Macky Sall (peu soucieux de faire du Sénégal, un bon élève du FMI) réactualise une interrogation, jusque-là, sans réponse dans les pays situés au sud du Sahara : « L’ajustement structurel est-il une thérapie de choc ou un choc sans thérapie ? ».







Dakar actu




Lundi 12 Août 2013
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1.Posté par warou le 12/08/2013 09:28
Cette CNRI sert tout juste a enrichir des proches, les institutions senegalaises sont tres solides et fonctionnent normalement. Le probleme concernent les hommes qui les dirigent, ils sont lies au PR qui les dicte ceux qu'ils doivent faire. Regardez l'Assemblee National, le Conseil Constitutionnel, le Ministere de la Justice, le Procureur de la Republique, les Gouverneurs, Les prefets... etc. Ils ne prennent jamais des decisions, ils attendent toujours des ordres politiques du President de la Republique.

2.Posté par W = M le 12/08/2013 09:38
Quelque soit l'institution, celui qui prend une decision a l'encontre des interets du PR et de son parti se fera virer. Vous avez vu le Conseil contionnel avec la candidature de Wade, c'est pareil avec Mimi Toure et sa CREI. Ceux sont les hommes a la tete de ces institutions qui posent problemes mais pas celles ci, Macky gaspille encore de l'argent (700 millions) pour faire croire aux senegalais qu'il innove, alors quelque soit les textes que vont nous pondre cette CNRI si on met un politicien ou un poltron, il executera tjrs des ordres du PR.

3.Posté par beye le 12/08/2013 12:27
amadou makhtar mbow est un corrompu

4.Posté par beye le 12/08/2013 12:27
amadou makhtar mbow est un corrompu

5.Posté par hugo le 12/08/2013 13:23
Cet article est grandiloque , fade et vide de contenu.
Le style ,comme toujours, est propre à celui de Grand 'place, fait de formule sulfureuse, redondante.
C'est dire que Mr Justin n'aurait à peine que le niveau du BEPC.....à vérifier !!!



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