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Laser du lundi : Mali ou la Martinique du Sahel ? (Par Babacar Justin Ndiaye)

Laser du lundi ,Retrouvez chaque Lundi matin sur Dakaractu la chronique politique de Babacar Justin Ndiaye, Analyste politique et social .


Laser du lundi : Mali ou la Martinique du Sahel ?  (Par Babacar Justin Ndiaye)
Hier, 28 juillet 2013, les élections franco-maliennes se sont déroulées (presque) sur l’ensemble du territoire de l’ex-Soudan français. Vous lisez bien : franco-maliennes. Les mots n’ont pas dépassé ma pensée ; c’est plutôt la réalité qui dépasse la fiction et la caricature. Qui, elles-mêmes, (fiction et caricature) sont lourdement taclées par la boutade de l’ancien ministre Tiébilé Dramé : « Laurent Fabius est le directeur des élections au Mali ».

Ne riez pas ! Car la boutade est le prolongement des pensées sérieuses par la plaisanterie. Notamment dans ce Mali mâtiné de malheurs, où il y a forcément un avant et, surtout, un après-Serval qui commande la suite, c’est-à-dire la légitimation par les urnes, de l’influence hégémonique – jusqu’au seuil de la recolonisation – de la France.

Le décor d’un scrutin franco-malien est déjà planté. François Hollande a donné le ton de la chanson – que dis-je – de la vassalisation : « Je serai intraitable sur la date des élections au Mali ». On se croirait à Mayotte ou en Martinique. Et pourtant, on est au Mali de Soundiata Keita, de Biton Coulibaly et, plus près de nous dans le temps, de Modibo Keita. Bref, il s’agit d’un pays qui est allé à l’indépendance, en duo avec le Sénégal, par la voie fédérale.

La classe politique malienne a encaissé l’injonction brutale de l’Elysée, la CEDEAO a opiné et l’UA a avalé son propre avis. Le rapport de forces – la puissante force Serval domptant de facto la junte militaire de Kati – a triomphé de la volonté des Maliens auparavant majoritairement enclins à voter après le Ramadan, après les travaux champêtres et après l’épilogue du feuilleton intrigant et antinational de Kidal.

« Il y a toujours une facture à payer quand quelqu’un vous fait gratuitement le travail » dit l’adage. Il fallait être le roi des naïfs pour espérer des élections vraiment nationales après la libération ou, plus exactement, après l’inféodation du Mali. La France ne peut pas financer et gagner une guerre de cette envergure, sans prendre le contrôle du pays. Les dés sont donc jetés et …pipés. Du coup, le scrutin le plus ouvert à la surface (images de meetings et guerre des foules) est aussi l’élection la plus fermée. Voire manipulée dans les coulisses.

Au Mali, Paris n’improvise pas. Bien au contraire. Elle planifie tout, suivant une méthode et une méticulosité qui ont débouché, le 25 avril dernier, sur le vote de la très astucieuse résolution 2100 de l’ONU. Laquelle a transformé la MISMA (mission ouest-africaine plus le Tchad) en MINUSMA (opération onusienne moins la France, mais avec la France). En clair, la MINUSMA fait figure d’excroissance onusienne de l’opération Serval plus dotée en puissance de feu et en moyens de mobilité que l’ensemble des contingents de Ban Ki-moon.

En effet, le Quai d’Orsay a pu, par un tour de passe-passe, placer Serval sous la bannière de Nations-Unies, tout en la maintenant sous le commandement français du Général Grégoire de Saint-Quentin. Des micmacs qui ont choqué et incité le Nigéria à retirer progressivement ses troupes du Mali. Abuja étant furieuse, par ailleurs, de voir le commandement des casques bleus échapper aux 15 armées de la CEDEAO, pourvoyeuses des effectifs les plus nombreux.

Sur le terrain politique, la carte électorale est très bariolée (à l’image d’une peau de léopard) avec les 27 candidats issus de Partis, eux-mêmes, déchirés par des dissidences découlant plus des ambitions gênées et des frustrations accumulées que des divergences programmatiques.

Toutefois, il existe bel et bien des viviers historiquement identifiés et des milieux traditionnellement catalogués sur lesquels les conseillers de Hollande et les experts de Fabius ont longuement travaillé en rapport avec le nouvel ambassadeur de France à Bamako, Gilles Huberson, très proche des services secrets. Un travail qui permet à la France de garder, au moins, deux fers au feu, c’est-à-dire deux candidats bien adoubés par elle.

Du reste, les dépouillements en cours préfigurent un schéma oscillant entre une victoire (possible mais invraisemblable) au premier tour et un duel au second tour, entre Ibrahim Boubacar Keita du RPM et Soumaïla Cissé de l’URD. Un scénario de confrontation entre un ancien directeur de la Compagnie Malienne pour le Développement du Textile (CMDT, vivier des cadres adoubés par la France) et un acteur du changement démocratique de 1991 (contre Moussa Traoré) soutenu alors par la Fondation France-Libertés de Mme Danielle Mitterrand, sponsor des démocrates maliens – parmi lesquels on dénombre IBK – au lendemain du Discours de La Baule.

Si un deuxième tour survient, l’arbitrage Français et les manigances de la junte (le Colonel Moussa Sinko Coulibaly, saint-cyrien et copain de Sanogo, est aussi ministre de l’Administration territoriale et patron des préfets) seront alors déterminants à travers les alliances et / ou les reports de voix qui seront téléguidés. Nul doute que, la France – capable d’une fine lecture des réalités maliennes – favorisera l’accession au pouvoir du candidat, à la fois, le plus nationaliste dans la malléabilité et le plus malléable dans le nationalisme. Dans un Mali où elle a plus besoin d’un pantin que d’un Président.

Avec sa ferveur patriotique et sa fierté contagieuse, le social-démocrate IBK (soutenu par le clergé catholique) a le profil de l’emploi. Ce qui ne l’a pas empêché de tranquilliser les Algériens via son allié Soumeyla Boubèye Maiga, ancien directeur de la Sécurité d’Etat sous l’ère Konaré, et homme-lige d’Alger.

Enfin, derrière l’écran du scrutin, se cachent des enjeux de taille autour de l’immensité malienne (1 240 000 km2) parfaitement à cheval sur le Sahara et le Sahel. Une base terrestre à Mopti et une annexe aérienne à Tessalit – les deux formant une sorte de porte-avions fixe au cœur du Sahel – combineront et supplanteront tous les atouts stratégiques des installations militaires de Dakar, d’Abidjan et de Ndjamena. Et, à ce titre, pèseront sur la balance des intérêts davantage que les vertus fumeuses de la démocratie malienne. Sans oublier l’Azawad ou Nord-Mali (capitale, Kidal) qui a vocation à devenir un département français d’outremer – que dis-je – d’outresahel.




Lundi 29 Juillet 2013
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1.Posté par OEUIL CLAIR le 29/07/2013 10:25
AUCUNE BASE AU MALI NE PEUT ÊTRE PLUS STRATÉGIQUE QUE LA POSITION GÉOGRAPHIQUE DU SENEGAL, OUVERTE SUR LE MONDE ENTIER. PEUT ETRE LES BASES D'ABIDJAN ET DE DJAMENA AU TCHAD... A MON AVIS IL YA PLUS DE SPÉCULATIONS QUE D' ANALYSES ARTICULÉES A DES HYPOTHÈSES ARGUMENTÉES SUR LES ÉLECTIONS AU MALI .

2.Posté par L''''observateur le 29/07/2013 10:36
Mentalité de sous-développé, paranoïa de colonisé, idées ringardes. Si je comprend bien, la France est derrière chaque citoyen malien, le menaçant et l'obligeant avec le fusil à voter pour le Pantin de son choix. Un peu de respect pour le peuple malien, pour les candidats et les africains que nous sommes.

3.Posté par babacar le 29/07/2013 10:41
La France a tous les droits au Mali grâce à sa brillante intervention contre l'avancée des bandes armées qui ont tenté de conquérir le Mali.
Ce n'est pas la peine de chercher très loin car sans cette intervention on ne parlerait plus du Mali tel qu'il est aujourdhui ainsi il faut reconnaitre le mérite de la France. A ce titre le Mali lui est redevable, un point, un trait.

Les Africains, à commencer par le Sénégal, n'envisageais nullement un soutien à l'armée malienne, on se rappelle de la déclaration du Président Sall en France: "Je n'enverrai aucun militaire sénégalais au Mali". Même avec la présence de la France, les militaires de la CDEAO sont arrivés derniers après les tchadiens.

Les maliens savent combien ils doivent à la France.

4.Posté par Jean le 29/07/2013 10:56
Bien dit mais en bande sonore la prochaine fois. Merci Justin

5.Posté par Xeme le 29/07/2013 12:40
Merci, Justin. Blessantes vérités ! Hélas !

6.Posté par yndiay le 29/07/2013 13:23
IL EST TEMPS DE DISSOUDRE TOUS CES MACHINS QU'ON APPELLE UA, CEDEAO...
L'ARGENT DES CONTRIBUABLES AFRICAINS EST DÉPENSE POUR SATISFAIRE LES PRIVILÈGES DES CHEFS D’ÉTAT QUI SE RÉUNISSENT ENGONCES DANS LE FROU-FROU DES BOUBOUS AMIDONNES ET/OU COSTARDS TAILLES PAR LES GRANDS COUTURIERS D'OCCIDENT .
IL EST GRAND TEMPS DE FAIRE UNE ÉVALUATION DE CES ORGANISATIONS.
LA FRANCE A TOUTES LES RAISONS D'IMPOSER CE QU' ELLE VEUT.
L'ADAGE AFRICAIN DIT : "CELUI QUI VOUS PRÊTE DES YEUX A LE DROIT DE VOUS IMPOSER DE REGARDER LA Où IL VEUT"

7.Posté par senAfricain le 29/07/2013 13:34
1. Hollande peut bien se targuer d'être intraitable sur la date des élections pour avoir libéré les maliens des maliens en ravissant la vedette au Sénégal presque frère jumeau dont la case ne pourrait échapper du feu brûlant la case malienne :

2. LES MALIENS VOTENT QUAND MËME LIBREMENT :


3; JUSTIN, toi même tu es malléable à volonté ! Ton discours est aussi versatile que tes analyses bidons !

Très facile de jouer avec les mots pour accoucher d'une prétendue pseudo-analyse !

Y a vraiment rien de dit ici que n'importe quel non-analyste ne saurait dire !
Comme d'habitude : blabla rek :

8.Posté par cheikhDepuis le 29/07/2013 17:44
Pour ceux qui sont contre l'avis de Justin Ndiaye, donnez des arguments !! Au lieu de l'insulter donnez des contre-arguments et on verra qui est qui , qui est quoi et qui comprend quoi.

Pour ma part, je sais que la France n'investira pas des millions et des millions d'euros pour les beaux yeux des maliens , et là tous les etres humains devraient etre daccord sur ça

L'impression globale que j'ai c'est que on est dans un jeu d'échecs et la france est en train de nous (africains) battre à plate couture, mais le pire c'est qu'on ne comprend pas qu'on a perdu

9.Posté par Objectivement le 31/07/2013 13:15
Vous savez "sen Africain" tu critiques B.J.Nd dans un français tellement laconique qu'un brillant élève du CM2 serait en mesure de te corriger!
Ce qu'il y a à comprendre c'est que lorsque quelqu'un émet des idées pertinentes que ton quotien intellectuel ne permet d'appréhender, il faut le respecter ou meme s'en abreuver pour s'enrichir en vocabulaire et se perfectionner en grammaire!
il est clair que les Etats n'ont point d'amis mais plutôt des intérêts et rien que sur cette base, il est possible d'imaginer que la France ne se privera pas d'aiguillonner le destin des maliens en organisant "ses" élections et en "faisant" le roi, non le Président!

10.Posté par Abdul le 31/07/2013 15:00
Il est vrai qu'entre le Mali qui vient de se faire recoloniser et le Sénégal qui n'a jamais voulu se faire decoloniser , le pont français est maintenant bien établi entre les deux pays. Bases militaires omniprésente à Dakar et Serval à Kidal, l'AOF est bien reconstituée. Pauvre Sénégal. Pauvre Mali.

11.Posté par senegalais le 01/08/2013 15:06
just a question for you B J ND, une base militaire française au Mali pour koi faire

12.Posté par senegalais le 01/08/2013 15:07
just a question B J ND, une base militaire française au Mali pour koi faire



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