Laser du lundi Leçons égyptiennes (Par Babacar Justin Ndiaye)

Laser du lundi, Retrouvez chaque Lundi matin sur Dakaractu la chronique politique de Babacar Justin Ndiaye, Analyste politique et social .


Laser du lundi  Leçons égyptiennes  (Par Babacar Justin Ndiaye)
DAKARACTU.COM - Le destin vacillant de l’Egypte renvoie, en vrac, les images d’un baromètre, d’un laboratoire d’un miroir et – pour user du vocabulaire de la photographie – fonctionne in fine comme un révélateur. En d’autres termes, l’Egypte est politiquement une espèce de Galerie Lafayette où s’affichent moult ingrédients qui nourrissent les tensions et corsent les confrontations régionales et internationales.

Dans ce méli-mélo à haute teneur géopolitique (duel entre l’Arabie Saoudite et le Qatar, jeu de bascule ou grand écart des USA entre les islamistes et les militaires, choc entre le camp chiite et le monde sunnite, micmacs souterrains du Mossad israélien etc.) il importe de voir ce qui tient lieu de leçons pour les pays africains situés au sud du Sahara. Donc non arabes.

A cet égard, il est d’emblée loisible de mettre en exergue les erreurs de l’Union Africaine (UA) qui ont desservi diplomatiquement le continent auquel appartient l’Egypte. Certes, l’Afrique ne boxe pas – s’agissant des affaires arabes – dans la même catégorie que l’Europe et les Etats-Unis. Cependant une démarche mieux ajustée, en l’occurrence plus convaincante de la Commission Paix et Sécurité de l’UA, aurait assuré à la délégation conduite (choix très mal inspiré) par Alpha Oumar Konaré, un respect politique, à défaut d’un succès, au moins égal, sinon plus élevé que celui réservé à Mme Catherine Ashton, commissaire aux Relations Extérieures de l’Union Européennes (UE).

En vérité, les généraux putschistes du Caire n’ont guère apprécié que l’ex-Président du Mali et ex-Président de la Commission de l’UA, Alpha Oumar Konaré, vienne leur montrer le chemin du retour à l’ordre constitutionnel. Lui qui a été muet comme une carpe, durant de longs mois, sur le déraillement constitutionnel de son pays : le Mali. Indiscutablement, Amara Essy et Lansana Kouyaté (ami de Broutos Ghali) auraient mieux porté le message de l’Afrique, sur les rives du canal de Suez.

Forts de la mémoire diplomatique de l’Etat égyptien (Le Caire entretient plus d’une quarantaine d’ambassades en Afrique) les tombeurs de Mohamed Morsi se souviennent – via les télégrammes diplomatiques – que le même Konaré, alors patron de la Commission de l’UA, avait fustigé et accablé de menaces les généraux togolais qui avaient installé de force un certain Faure Eyadema dans le fauteuil de son père, en 2005.

Question : comment l’UA a pu faire un si mauvais choix, en demandant au trouillard de Bamako (capitulard devant le capitaine Sanogo) d’aller prêcher la sauvegarde des principes démocratiques auprès de généraux autrement plus gradés, plus puissants et plus déterminés que l’officier subalterne de Kati ? Double conséquence de cette impardonnable erreur : le Caire a refusé le schéma de sortie de crise proposé par l’UA et, comble d’indifférence, a incité les médias officiels à snober la visite des facilitateurs venus d’Addis-Abeba.

Mais les maladresses de l’UA forment strictement la mousse qui barbouille le tracé de la frontière géopolitique fixée par le Sahara. En deçà de laquelle, la très mal nommée communauté internationale (Europe, Etats-Unis) a la berlue utile pour la défense de ses intérêts ; et au-delà de laquelle, son regard est d’une vigilante acuité.

Ainsi, tout un cocktail de duplicité et d’hypocrisie assombrit la grille de lecture des évènements d’Egypte. Au commencement, c’est la sémantique tremblotante qui peine à dégager une terminologie : coup d’Etat militaire ou éviction politique (par la rue) du Président Morsi ? Les Occidentaux qui cafouillent sur le sanglant 18 Brumaire égyptien, sont les mêmes qui avaient vite caractérisé et promptement combattu – y compris par l’embargo et le complot – les putschs des capitaines Dadis Camara et Amadou Sanogo, respectivement en Guinée-Conakry et au Mali

Au chapitre des crimes, Hissène Habré et le sénateur Jean-Pierre Bemba de la RDC sont des enfants de cœur, comparés au Général Abdel Fattah al-Sissi, le boucher du Caire. D’après la Raddho, la répression a fait 600 morts en une semaine (7 jours). Mathématiquement, le Général al-Sissi a d’ores et déjà surclassé Hissène Habré et sa DDS qui auraient liquidé 2000 personnes en 8 ans. Doit-on alors secouer Mme Fatou Bensouda, Alioune Tine et Reed Brody, pour les tirer de leur profonde et commune léthargie ?

L’autre différence qui « innocente » presque Hissène Habré, c’est que dans le Ndjamena des années 80 – malgré le climat de guerre – on tuait en cachette. D’où la nécessité de financer des enquêtes et de recueillir des témoignages, à coup de millions, pour rassembler des preuves. A contrario, dans le Caire d’aujourd’hui, on massacre en live et en boucle sur CNN et Euronews. Même si l’Egypte n’a pas signé le statut de Rome, le vase déborde de sang. Et interpelle la CPI et Human Rights Watch.

N’empêche, les chasseurs de dictateurs assassins (c’est le cas de Human Rights Watch) évitent les berges du Nil et font cap sur les rivages du Djoliba, au Mali, pour dénoncer le décret de Dioncounda Traoré qui attribue les 4 étoiles de Général de corps d’armée au capitaine Sanogo. Dérisoire et ridicule. Et pourtant, le chef de la police égyptienne a fait une déclaration qui peut justifier la création d’un tribunal ad hoc pour l’inculper. Dans une récente interview de feu, le Général Amr a décliné sa feuille de route rouge de sang : « Il n y a que 3 millions d’islamistes. On peut les liquider ou les emprisonner en six mois ».

Sans commentaire. Sauf pour dire que le Sahara qui coupe géographiquement l’Afrique en deux, est la même ligne qui fracture géopolitiquement l’agenda de la communauté internationale, au sud de la Méditerranée. Au sud du Sahara, les pressons ont été telles – faiblesse oblige – que l’UA a donné mandat et le Sénégal a (toute souveraineté évacuée) favorisé la création de chambres africaines dans ses juridiction pour juger un ancien chef d’Etat qui, tout compte fait, a massacré moins que les Présidents Mengistu Hailé Mariam et Ould Taya. Ce dernier n’ayant pas eu l’excuse (partielle) de la guerre.

Au nord du Sahara, on peut parier que la Ligue Arabe ne donnera aucun mandat à aucun de ses 28 Etats membres, pour juger le Président Adly Mansour, chef de l’Etat nominal et le Général Abdel Fattah al- Sissi, vrai chef de l’Egypte et de son armée. C’est dire qu’on ne verra jamais des chambres arabes (à l’image des fameuses chambres africaines) logées dans les juridictions jordaniennes, saoudiennes, ou yéménites, pour juger l’ancien Président Ben Ali ou le Président soudanais en exercice, Omar El Béchir. Même par contumace.

Dans le même ordre d’idées, les gendarmes de la démocratie mondiale qui ont capturé Laurent Gbagbo, balayé Dadis Camara et isolé Sanogo, restent figés devant le Napoléon (au petit pied) d’Egypte qui restaure, sans gène, le régime de Hosni Moubarak. Signe qui ne trompe pas : l’ex-Raïs et Général Hosni Moubarak (responsable de la mort de 850 personnes, sur la place Tahrir) est sorti de prison par ses frères d’armes de la junte égyptienne.

Face à la décapitation de la démocratie égyptienne, conquise de haute et patiente lutte, Laurent Fabius a servi laborieusement l’insipide galimatias que voici : « Il faut que nous parvenions à faire bouger les choses dans le respect de la souveraineté égyptienne. Ce qui parait essentiel, c’est l’affirmation des principes, et en même temps, la volonté de dialogue avec la population égyptienne et ses représentants ».

Voilà un chef d’œuvre de fumisterie diplomatique. Et, aussi, une façon molle pour le Quai d’Orsay, de défendre les principes démocratiques. En Côte d’Ivoire, c’est l’opération Licorne de l’armée française qui a sécurisé la démocratie. En Guinée, c’est le bras armé et téléguidé du lieutenant Toumba Diakité qui a abrégé la vie du régime transitoire de Dadis Camara. Au Mali, François Hollande a été « intraitable », donc ferme sur la date du 28 juillet pour le scrutin présidentiel. En Egypte, la France veut, par la voix de Fabius, défendre la démocratie, tout cajolant les fossoyeurs de la démocratie. Deux poids, mille mesures !

Une certaine Afrique, au sud du Sahara, est décidément, le dindon de la farce internationale que sert une communauté internationale très douée en comédie…internationale.

Dakar actu




Lundi 26 Août 2013
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1.Posté par doulouwade le 26/08/2013 09:06
ARRETEZ ABDOULAYE WADE ,LE VOLEUR,L'ASSASSIN.

-IL A FAIT TROP DE MAL À CE PAYS.
IL VOULAIT DIVISER ( TARIKHA,ENSEIGNANTS,MILITANTS ETC)POUR REGNER MAIS MALHEUREUSEEMNT POUR LUI,IL NE SAIT PAS COMMENT S'Y PRENDRE ET SON PLAN ECHOUA.

2.Posté par Xeme le 26/08/2013 10:02
C'est tout ce que j'attend de nos intellectuels. Merci, Babacar. C'est là tout le contraire de ce à quoi nos intellectuels sénégalais nous ont habitué. En ce 2013, c'est la prostitution intellectuelle qui est de mode chez nous. Il faut avoir la honteuse manière avec laquelle ils tentent de défendre l'indéfendable.

3.Posté par CAIRE le 26/08/2013 12:40
plus que parfait. toujours egal a lui meme . merci justin.

4.Posté par kossaye le 26/08/2013 12:41
tous les sénégalais le président macky sall en tête iba der thiam les oulémas les étudiants dénonçent le coup d'état faciste du général sisi d'égypte.
les pays arabes ont montré leur incapacité a vivre dans un pays démocratique.
la france malgré les grandes manifestations pour tous ont acceptes le vote de la loi sur le mariage pour tous.
on ce demande si les pays arabes ne sont pas géres par israel sous l'égide des u s a de barack obama.
Les français tels que FABUIS ont montré leur mépris des droits de l'homme lorsqu'il s'agit des pays africains.
La libération de Hussen Habré serais plus juste que celle HOSNI MUBARAK
Mes félicitations a justin BABACAR NDIAYE une sentinelle africaine pour la justice et la bonne gouvernance

5.Posté par Ousmane le 26/08/2013 13:03
Quel pertinence dans vos analyses Mr NDIAYE .Merci du laser d'aujourd'hui hate encore de vous lire la prochaine fois Inchallah.

6.Posté par Ndiaye le 26/08/2013 15:25
Toute la diplomatie occidentale se fait à l'aune des intérêts israéliens. Tant que cela perdure le Moyen-Orient sera en instabilité permanente car pour plaire à 6 millions de personnes on ne peut éternellement destabiliser des centaines de millions d'autres autour à coup de désinformation et de complotites en tous genres.

7.Posté par Balde Amadou le 26/08/2013 15:28
je vois la meme situation venir au senegal...si ce gouvernement n arrete pas de nous mentir

8.Posté par Deugg gui le 26/08/2013 16:27
Discours éminemment africaniste! Sankariste, lumbumbiste et j'en passe. Aussi, surveillez vos arrières!

9.Posté par Legrand le 27/08/2013 06:18
Un bonheur de vous lire a chaque lundi que d'enseignement plein de philosophie .merci

10.Posté par DIENG le 28/08/2013 10:48
Babacar, vous faites parti de mes idoles. Vos analyses et commentaires sont d'une extrême pertinence. cela dénote votre constante préocopation des faits et gestes que posent les politiques de ce monde. Nous vous encourangeons à aller de l'avant.

11.Posté par PEKH le 30/08/2013 01:28
Monsieur Ndiaye, vos analyses sont trés pertinentes les 2 energumènes qui vous insultent sont à la solde de l'APR et changent fréquemment de nom en autant de commentaire. Pour ce boulot de lâche, ils gagnent 150000F chacuns. Ce même procédé est utilisé contre le mouvement Y EN A MARRE. Merci.



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