La technique des conseillères d’Obama pour se faire entendre au travail

Sur les Internets féministes, un nouveau terme se répand : « l’amplification ». Il désigne une façon pour les femmes de s’entraider, pour ne plus se faire voler la parole en réunion.


La technique des conseillères d’Obama pour se faire entendre au travail
Les féministes découvrent sur Twitter un nouveau mot  : « l’amplification », qui n’a rien à voir avec les haut-parleurs.

C’est un article du Washington Post qui a lancé le mot. Des femmes de l’administration Obama y racontent qu’elles ont constaté qu’il leur arrivait régulièrement de ne pas être invitées à des réunions et que, quand elles étaient présentes, elles étaient moins écoutées que les hommes. 

Se serrer les coudes

Elles se sont réunies et ont décidé de jouer collectif et de se serrer les coudes. Quand une femme avançait une idée importante, la suivante à parler devait la reprendre et rappeler qui l’avait émise.

Le but étant d’imposer les contributions des femmes dans la discussion et d’éviter que des idées émises par des femmes ne soient reprises par des hommes qui en tireraient ensuite crédit. 

Barack Obama et ses conseillers dans la salle de crise de la Maison Blanche, le 9 octobre 2009 
Barack Obama et ses conseillers dans la salle de crise de la Maison Blanche, le 9 octobre 2009 - Maison Blanche (Pete Souza)/WikimediaCommons/CC
La stratégie ressemble un peu à une équipe qui se ferait des passes pour éviter qu’on ne lui prenne le ballon : simple, collective et efficace.

Les conseillères d’Obama l’ont appelée  «  l’amplification  ». Elles affirment que cette tactique a poussé le président à faire plus attention au problème et à donner plus souvent la parole aux femmes, surtout aux jeunes. 

Les femmes dans la conversation

L’article du Washington Post est un article de fond sur l’évolution de la place des femmes à la Maison Blanche et les difficultés qu’elles rencontrent, mais c’est cette idée de l’amplification qui a été largement reprise sur les Internets américains, sites de presse et blogs. 

Signe que l’histoire des conseillères d’Obama avait touché un point sensible dans la vie des femmes au travail : la question de la prise de parole.

Qui parle dans les réunions, pour dire quoi et sur quel ton ? Ces points définissent des positions de pouvoir et, à long terme, des progressions et des carrières, mais ils sont rarement abordés, car moins visibles que des questions comme les inégalités de salaire ou la moindre représentation des femmes dans les postes de direction. 

Pourtant, de nombreuses études montrent que :

Les femmes sont beaucoup plus souvent interrompues que les hommes.
Elles assurent plus souvent le « travail de la conversation » (posent des questions, manifestent leur intérêt), mais imposent moins souvent le sujet de la conversation.
Les femmes qui parlent de façon péremptoire et occupent l’espace sont plus susceptibles d’être considérées de façon négative.
« Bropropriation » et « mansplaining »

Les féministes américaines (car la plupart sont des femmes) sont pleines de verve quand il s’agit d’inventer des mots pour ces comportements. Elles ont donc forgé les termes : 

« Manterrupting  », contraction de «  man  » et «  interrupting  », pour désigner le moment où un homme coupe la parole à une femme, souvent sans voir où est le problème.

Compilation de moments de « manterrupting » (en anglais)
Le mot est notamment apparu dans le Huffington Post et le New York Times à l’occasion du débat entre Donald Trump et Hillary Clinton : les journaux ont relevé que le candidat républicain avait abondamment interrompu son opposante : 40 fois selon le New York Times, contre une seule pour Clinton.

« Bropropriation  », contraction de «  bro  » (mec) et de «  appropriation  », qui désigne le fait pour un homme de reprendre une idée émise par une femme comme s’il en était à l’origine.
Ainsi, le créateur de la série «  The Shield  » a interdit les interruptions pendant les tours de parole de ses scénaristes, après avoir remarqué que les femmes étaient régulièrement interrompues ou que leurs idées étaient piquées au vol par leurs collègues masculins.

« Les hommes m’expliquent la vie »

Dans la série, rappelons aussi les délicieux mais plus anciens : 

« Mansplaining  », forgé par l’écrivain Rebecca Solnit, qui décrit le moment où un homme explique la vie à une femme. Le terme a été inventé par l’écrivain dans un article, «  Men explain things to me  » (qu’on peut traduire par «  Les hommes m’expliquent la vie  », à lire en anglais ici), où elle rencontre un homme qui lui explique... son dernier livre. 
​Comme ce fléau conversationnel qui sévit au travail comme dans les bars n’est pas limité au monde anglo-saxon, des féministes françaises ont proposé de le traduire par «  mecsplication  ».

« Manspreading  », désignant le fait pour un homme de s’asseoir avec les jambes largement écartées, occupant ainsi l’espace. Si le terme est critiqué, il a été reconnu par la MTA, qui gère le métro de New York et a affiché dans ces wagons ce poster : 
Affiche de la Metropolitan Transit Authority
Affiche de la Metropolitan Transit Authority - Metropolitan Transit Authority
En France, le site Elueslocales.fr, qui organise la Journée nationale de la femme élue (oui ça existe) a relayé la technique de l’amplification, ainsi que le site d’information Les Nouvelles NEWS, un journal d’information en ligne qui veille à donner autant de place aux hommes qu’aux femmes.

« J’aime beaucoup cette idée »

Le terme « amplification » a l’avantage de mettre un mot très clair sur une technique simple pour répondre à un problème diffus mais que beaucoup de femmes reconnaissent. Mais la stratégie n’est, en soi, pas nouvelle.

Ainsi, sur Facebook, sous un article de la directrice des opérations Sheryl Sandberg concernant le « silence des femmes au travail » (un article très partagé et commenté), une femme écrivait  :

« C’est une situation que j’ai rencontrée lors d’un workshop dans une université d’Ivy League [université d’élite américaine, ndlr]. Une des participantes avait avancé une bonne idée, ce pour quoi je l’ai complimentée.

Deux minutes plus tard, un des garçons a proposé la même chose. Mais comme la directrice et moi étions toutes les deux des femmes, cette dynamique ne nous a pas échappé. J’ai dit : “J’aime beaucoup cette idée, Alex, de même que je l’aimais beaucoup il y a deux minutes, quand Victoria l’a proposée.” Les chefs (hommes et femmes) qui empêchent cette dynamique se retrouveront avec des employées très loyales. »
Mardi 4 Octobre 2016
Dakaractu



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