La longévité politique au Sénégal : Un goulot d’étranglement pour le renouvellement générationnel dans les partis politiques. (par Amadou Tidiane THIELLO)


Dun regard attentif, au Sénégal, on a tendance à avoir la perception selon laquelle : nous sommes gouvernés par les mêmes hommes de l’accession à l’indépendance jusqu’au lendemain de la célébration du demi-siècle de celle-ci.
Cette perception peut être analysée à deux niveaux, d’abord au niveaudes dépositaires du pouvoir politiquec’est à dire les dirigeants etensuite au niveau desprogrammes politiques et par ricochet les politiques publiques.
Latranshumance et la personnalisationou personnification des partis politiques sont  les facteurs essentiels qui constituent la charpente de certains  hommes politiques pour demeurer « éternels » politiquement.
 
 
Considération des partis politiques en patrimoine personnel
         Au Sénégal, les principes les plus élémentaires de la démocratie sont foulés au pied. Les leaders des partis politiques ont tendance à considérer  ceux-ci comme leur bien personnel. Dû parfois au fait qu’ils en sont les créateurs ou Co-créateurs voire militants de la première heure.
« Le propriétaire », s’il est permis de l’appeler ainsi » fait du parti un objet personnel, le manipulant à sa guise. C’est ce qui pousse certains militants d’aspirer à des changements,  entrainant des contestations et « révolutions » internes c’est-à-dire au sein d’un même parti.
Il est de coutume que le fondateur du parti s’aventure à tenir le gouvernail de celui-ci autant que ça lui chante, du moins autant qu’il pense qu’il en est capable même s’il est toutefois conscient de son inaptitude à conduire le navire à bon port.
Dans le même ordre d’idées, le leader nonobstant la compétence et le choix démocratique, a tendance de manifester une volonté de  vouloir « léguer » le parti à qui il veut. Le plus souvent, le choix opéré, est porté sur un parent ou un proche à qui il a confiance.
La «longévité politique», source de prolifération accrue des luttes intestines:
Dans cette mouvance, l’exemple le plus éclatant demeure la crise dans laquelle s’est plongée le Parti Démocratique Sénégalais(PDS) avec les frondeurs dirigés par le tonitruant Modou Diagne Fada. C’est ainsi que lui et ses amis « révolutionnaires » ont prônés rigoureusement plus de démocratie et de changement au sein du PDS. En conséquence Modou Diagne Fada s’est vu exclu du parti. Avec ses amis, il a fini par mettre en place  le Mouvement des Démocrates Réformateurs.
C’est cette même crise que risque de vivre le Parti Socialiste, avec une différence peut-être de degrés comparé au PDS, si toutefois la comparaison est permise. Si Ousmane Tanor Dieng n’est pas le fondateur du parti socialiste, néanmoins, il semble être aujourd’hui le dépositaire légitime. Faisant de lui le leader du parti parfois avec une dose un peu narcissique de sa part. Toutefois avec les nouvelles forces montantes du parti à l’instar de Khalifa Sall, Aissata Tall Sall, sa légitimité est remise en cause et le Parti est en proie à la scission.
A titre de rappel, les revendications les plus sensibles au sein du Parti Socialiste  demeurent : le renouvellement à la tête  du parti – choix porté sur Khalifa Sall comme plébiscitaire– et la nécessité du Parti d’avoir son propre candidat à l’élection présidentielle de 2017. Les porteurs de ce dernier « combat » sont hostiles au fait que le parti soit coopté, inféodé et balloté par l’Alliance Pour la République (Parti du Président Macky Sall) qui, semble-t-il, n’a même pas une décennie d’existence.
 
La transhumance : un boulet sur la « malsaine » scène politique sénégalaise
         Les alliances sont une forme de transhumance indirecte et solennellement inavouée. Il demeure pertinent de s’appesantir sur le cas des  « immortels politiques ».
Au Sénégal, beaucoup d’hommes politiques ont fait presque l’expérience de tous les partis politiques ayant été au  pouvoir. Est-ce par conviction politique ou par désir de jouissance et de réjouissance des délices du pouvoir ?
En ce sens, par ces mutations bizarres, il y’a de quoi s’interroger sur la pertinence des idéologies qui auraient pu animer les partis et définir leur trajectoire.
Les transhumances qui s’opèrent sur la scène politique ne sauraient être justifiées par la concordance d’idéologies ou de quelconques principes que ce soit. La charpente de celles-ci n’est autre que la satisfaction des intérêts personnels quitte à trahir ses convictions.
Par ailleurs, c’est e qui fait que quand le parti au pouvoir est défait aux élections, on assiste à son effritement et à son éclatement car le facteur autour duquel gravitaient les transhumants n’est plus.  
Face à cette triste réalité, le Sénégal pour sortir des ténèbres, a besoin d’une nouvelle frange d’hommes politiques avec une autre manière de concevoir et de faire la politique.
Nécessité de rajeunissement de la scène politique
Au Sénégal, la politique fait partie des rares « métiers », toutefois si métier elle est, parmi lesquels il n’existe pas « d’âge plafond ». Les politiciens peuvent donc la faire autant que ça leur chante. C’est ce qui pousse beaucoup à vouloir s’éterniser à la tête de leurs Partis. Cette pratique aux antipodes des principes les plus banales de la démocratie n’est pas sans entrainer des conséquences. Parmi celles-ci, on peut noter les querelles internes entre jeunes aspirants au changement et « vieux » hostiles et réfractaires à tout changement. C’est dans cette connivence que se situe actuellement le parti socialiste qui risque de butter sur l’impasse.
En outre à travers cette pratique, on assiste à une uniformisation et une redondance des programmes politiques proposées aux populations à l’occasion des élections. Alors que le monde avance à grandes enjambées, ces hommes politiques, au lieu de se soumettre à la logique qui voudrait que les projets de sociétés riment et évoluent avec la progression de celles-ci et du monde, se situent dans une perspective passéiste avec des programmes archaïques et classiques inadaptés et incompatibles aux attentes contemporaines.
Frantz Fanon avertissait que «Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, la remplir ou la trahir ». Ce faisant ces « dinosaures politiques » doivent méditer sur ces propos de Fanon. En conséquence s’ils ont accompli leur mission, ils doivent céder la place aux jeunes pour accomplir la leur à plus forte raison que s’ils ont trahi celle-ci. Leur docilité d’aller à la retraite politique semble plaider à leur défaveur et laisserait penser malheureusement, qu’ils n’ont pas pu accomplir leur mission.
Ces hommes à la longévité politique doivent céder les places aux jeunes avant que les échecs ne se répètent et que les lueurs d’espoirs ne s’éteignent.
De surcroit, les Hommes politiques des années postindépendance doivent prendre leur « retraite politique » pour laisser la place aux jeunes générations afin d’éviter le confit générationnel et en ce sens promouvoir la démocratie interne.
La jeunesse sénégalaise doit alors assumer sa responsabilité. Elle doit prendre celle-ci en main pour qu’elle accomplisse sa mission à l’orée de ce XXIème en pleines mutations.
Les changements générationnels en politique au Sénégal ne sont pas toujours faciles mais force est d’admettre qu’ils sont inévitables pour la pluralité des opinions.
Il urge de procéder à une reconfiguration de la scène politique avec des jeunes dynamiques, patriotes, bien formés et conscients du défi qu’ils doivent relever.  
Conscient de l’expérience, de l’expertise et de la longue trajectoire politique de ces « dinosaures », ce plaidoyer ne consiste pas à les exclure carrément des affaires de la cité. Ils peuvent glisser vers le statut de sentinelles, de conseillers politiques auprès des jeunes.
Je termine par ces propos humoristiques non moins instructifs de Napoléon Bonaparte qui nous enseigne que « l’art de gouverner consiste à ne pas laisser vieillir les hommes dans leur poste ».
 
 
Amadou Tidiane THIELLO
Science Po/Sanar
Université Gaston Berger de Saint-Louis
thiellotidjane@gmail.com
Samedi 5 Novembre 2016
Dakaractu



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