La crise du Golfe et la position confuse du Sénégal (Mouhamed bachir diop)


Depuis son indépendance, le Sénégal adopte une diplomatie objective, dans laquelle l'État prend des positions équilibrées par lesquelles elle peut maintenir ses principes et sauvegarder ses intérêts en même temps.
 Le Sénégal n'est pas un pays doté d'un pouvoir économique ou une puissance militaire qui peut lui permettre de nuer les normes diplomatiques convenues au niveau international, en utilisant la force sans des conséquences négatives, comme le fait les grands puissants du monde, tout ce qu’il doit faire, c’est de choisir des positions conformes avec son influence régionale et internationale, en tenant compte des éventualités possibles à tous les niveaux. Le Sénégal a pu maintenir cette approche politique, obtenant une bonne appréciation aux niveaux régional et international. Cependant, certaines évolutions récentes indiquent un écart partiel par rapport à cette approche, il est parfois difficile même pour un simple observateur de le justifier.
La décision prise récemment par le Sénégal, qui a conduit à une rappelle de son ambassadeur au Qatar, suite à la crise qui s'est produite dans le Golfe, on peut le considérer une anomalie diplomatie commise par le Sénégal, c’est une position prise après une étude sélective, sans essayer de mettre le sujet dans son cadre complet, accompagné de toutes les dimensions interne et externe, afin d’atteindre des résultats de base pertinente qui fonderont une position satisfaisante.
La crise du Golfe en bref:
En analysant les causes de cette crise, on peut trouver de nombreuses versions, chacune selon la dimension laquelle elle se fonde, mais lorsqu’un pays envisage un état de fait, pour prendre une position qui aurait plus tard des impacts positifs ou négatifs, les arguments doivent être fondés sur des fondements sûrs et corrects, sans improvisation, comme dans le cas s’il s’agit d’une simple opinion publique.
Sans entrer dans la complexité, le décideur sénégalais aurait dû savoir que ce qui se passe dans le Golfe, est un problème interne dans les coulisses de la famille du Golfe, qui a été peint à l'échelle internationale à cause des influences extérieures connues, ce qui a conduit à ce résultat aujourd’hui.
La dimension interne de la crise:
Il faut reconnaître que les tensions politiques entre Riyad et Doha ne se datent pas d'aujourd'hui, la crise actuelle c'est le résultat des crises répétées, qui ont émergé en public depuis 1992. Depuis lors, des événements ont eu lieu, parmi lesquelles la sortie de Qatar du Conseil de coopération du Golfe, en 1992, et le retrait des ambassadeurs de Doha vers l'Arabie saoudite, les Emirats Arabes Unis et Bahrein, en 2014, semblable à ce qui se passe aujourd'hui.
La principale raison de tout cela est que, depuis l'indépendance du Qatar, l'Arabie saoudite a voulu imposer sa tutelle sur le Qatar, comme cela a été le cas pour les Émirats arabes unis et Bahrein. Le Qatar n'a jamais accepté cette tutelle; Plutôt, il a utilisé sa position stratégique et son pouvoir économique, qui rivalise même avec l'Arabie saoudite et le précède parfois dans nombreux domaines; pour adopter une politique interne et externe indépendante, ce qui le rendra à long terme une forte influence dans la région du Golfe au détriment de l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis combinés. Cette politique peut se résumer par la suivante:
La cohésion du leadership  qatari.
Malgré les tentatives désespérées pour déstabiliser les dirigeants de Qatar, en soutenant directement la tribu Ali Moura, ces tentatives de soutien ont été  échouées, et la famille Al-Thani est devenue plus forte, à cause des réalisations économiques du Cheikh Hamad Bin Khalifa Al-Thani; c’est grâce à lui  que le revenu annuel par habitant devenu 100 mille dollars (le plus élevé au monde), après avoir été 16 milles, à la fois la taille de l'économie qui était huit milliards devient 192 milliards de dollars, en effet, l'abdication du pouvoir par le père Hamad pour son fils Tamim - un précédent dans l'histoire des monarchies dans le Golfe - a considérablement augmenté la cohésion de la famille qui est au pouvoir, il a permis aussi le Qatar d’entrér dans une nouvelle ère, pour être plus capable de continuer son évolution économique, et son influence politique à long terme. Ainsi, au moment où que le Qatar a pu se distancer de tout problème interne la famille dirigeante en Arabie Saoudite subit une désintégration interne.
L'adoption de choix des peuples.
Vis-à-vis des peuples arabes, le Qatar a toujours adopté une politique qui est totalement différente avec les États du Golfe. Le Qatar a réconcilié avec les peuples arabes, il a reconnu leurs justes causes, comme il a soutenu aussi les mouvements d’opposition actifs, qui réclamaient le changement et résistaient pour défendre les sanctuaires des musulmans. Il a soutenu largement le printemps arabe sans réserve, en refusant toutes les tentatives visant à contrecarrer la volonté populaire des pays arabes, pour ces positions positives, le Qatar a réussi à obtenir la sympathie de la rue arabe, au détriment de l'Arabie Saoudite.
L'adoption d'une politique étrangère d'ouverture.
Au moment où la politique étrangère de l'Arabie saoudite et les Emirats arabes unis suivent seulement  la politique étrangère américaine, et traitent les sujets d'actualité au Moyen-Orient selon la perspective américaine, le Qatar s'est détourné de cette équation, et s'éloigne d'impliquer dans les conflits sectaires du golf, lesquels l'Amérique parie constamment  pour la commercialisation de ces armes,  Le Qatar n'a jamais accepté de considérer l'Iran le plus grand ennemi dans la région du golf, et en même temps, il a réussi  à établir une forte alliance régionale avec la Turquie, en revanche il a trouvé un équilibre approprié dans ses relations avec l'Amérique, en tant qu’un acteur clé dans la région. Cette politique judicieuse et équilibrée adoptée par le Qatar a augmenté son influence et son pouvoir régional, causant la jalousie et la condamnation de certains pays du Golfe dirigés par l'Arabie saoudite et les Émirats arabes unis.
La dimension internationale de la crise:
L'Amérique s'est imposée comme une force internationale ayant l’influence la plus effective dans les dossiers du Moyen-Orient, et avec l'arrivée du président américain Trump, il n'est pas surprenant qu’il  cible la région du Golfe, dans sa première visite à l'étranger en Arabie saoudite sous la forme d'un sommet, il a obtenu des promesses financières s'élevait à 350 milliards de dollars, au début de la crise  le président Trump a pris une position ferme contre le Qatar, il l’a même accusé directement de financer le terrorisme, mais dans le même jour, il a appelé le roi du Qatar pour lui inviter à la Maison-Blache, espérant de conclure des accords similaires avec lui, et effectivement trois jours plus tard  il a signé un contrat de 12 milliards de dollars avec Qatar, tout cela après  lui mettre dans une tension avec ses voisines,  cela peut être considéré comme une politique américaine, pour piller les richesses du golfe.
Ce que devrait être la position du Sénégal.
Il faut reconnaître que le faite que le Sénégal rappelle son ambassadeur au Qatar pour une consultation, cela est une position claire, cette position ne peut s'expliquer qu’une solidarité ferme pour les pays qui ont boycotté leurs voisins, parce que  si l'objectif était de comprendre ce qui se passe au golfe, la logique serait d’appeler l'ambassadeur du Sénégal en Arabie saoudite ou aux Emirats arabes unis pour une consultation.
Le communiqué déclaré par le gouvernement sénégalais pour moi n'a pas une justification logique ou morale, surtout pour un pays qui prône des principes et des valeurs sur ses relations diplomatiques avec les autres pays, un pays qui a une bonne réputation sur le plan régional et international, les accusations selon lesquelles l'Arabie saoudite a tenté de promouvoir avec difficulté dans des pays comme l'Allemagne et la France a été échouée parce que ces pays connaissaient les règles du jeu, en le chassant ils ont exprimé leur réticence à s'immiscer dans cette situation épineuse.
La chose la plus étrange dans ce cas, c’est qu’on ne peut pas même deviner les vraies raisons derrière cette décision, si c’est pour satisfaire  l'Arabie saoudite, c’est là où se trouve le défaut, parce que le Sénégal doit considérer le Golfe unifié et indivisible, qui doit être dans son ensemble un allié intégral pour le Sénégal  au lieu de s'appuyer sur un pays particulier, notant que cette décision est prise à un moment où les relations Sénégalo Qatar ont connu des progrès significatifs. Et si la décision c’est pour faire plaisir à l'Amérique et de leur faire imaginer que le Sénégal est impatient de lutter contre le terrorisme, il serait tellement imprudent, car le Sénégal n’est pas dans une position où il a besoin de se manifester en s'appuyant sur des accusations absurdes, pour incarner cette position, car son  apparence dans la lutte contre le terrorisme et significativement témoigné,
De ce cas de figure, il s'agissait pour le Sénégal d'envisager une position qui va combiner le Golfe, et essayer  de ne pas être une partie dans ce conflit, ou une partie dans le  problème; surtout au moment où les efforts koweïtiens sont dans la direction d’apaiser la tension, et essayer de trouver une sortie,  le Sénégal devrait être au minimum parmi les initiateurs, et respecter la neutralité dans la crise, mais malheureusement ce qui s'est passé était une vision étroite des choses, qui a conduit à une erreur diplomatique que le Sénégal va payer, pourtant il n'y avait aucune raison persuasive de commettre de telles erreurs.  


Mouhamed bachir diop
Vendredi 16 Juin 2017
Dakar actu




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