La boîte à bouquins de Forestier : La bio de Donald Trump vaut le détour

Romans non-traduits, nanars introuvables, bizarreries oubliées... François Forestier dégaine ses livres du second rayon. Cette semaine, on part aux Etats-Unis.


C’est fun : le barnum des élections américaines est en route. Le clown de service fait des pirouettes, des doubles axel, des gags, et, tous les jours, invente de nouvelles âneries, pour la plus grande terreur des petits, des grands et de vous autres, heureux contribuables. Mais voilà: qui est-il, ce Donald ahurissant, aussi rigolo qu’un accès de peste bubonique? «The Making of Donal Trump», le livre de David Cay Johnston, journaliste prix Pulitzer et spécialiste de la fiscalité, donne quelques éléments: l’auteur suit Trump depuis trente ans, et connaît le bonhomme sous tous les angles.

Depuis 1988, quand the Donald s’est proposé comme colistier de George Bush père (mais c’est Dan Quayle qui a été choisi), Cay Johnston s’est mis sérieusement au boulot: car, à cette occasion, Trump a déclaré qu’il serait le premier candidat à la présidence qui réussirait à se faire du pognon à la Maison Blanche. Tout le monde l’a pris pour un farceur. Erreur. Puis, quand Trump a fait son fameux discours en juin 2015, dans la Trump Tower, pour annoncer sa candidature et vomir sur les Mexicains, les musulmans et les journalistes, la foule a applaudi. Seulement voilà: l’audience était composée de figurants payés 50 dollars pièce. A ce prix-là, moi, j’applaudis même Estrosi ou Ribéry. Ou les deux.



Cogner, ne jamais dire la vérité

Toute l’histoire est savoureuse : le grand-père, Frederick Trump, un immigrant allemand, était patron de bordels au Yukon, en pleine ruée vers l’or. Le père, Fred, a débuté très fort: adolescent, il n’avait pas le droit de gérer un business. C’est donc la grand-mère qui signait les papiers. En 1929, Fred inventa l’épicerie self-service, puis se lança dans l’immobilier: les ouvriers le voyaient visiter les chantiers et ramasser les clous rouillés. Il s’associa avec Willie Tomasello, un homme d’affaires qui signait ses contrats à coups de poing dans la gueule. C’est là que Donald a appris la méthode Trump: cogner, ne jamais céder, ne jamais dire la vérité. Une maxime: «Get Even» (vengez-vous).


Dès ses débuts, Donald Trump a choisi le collaborateur le plus pugnace – mais aussi le plus nauséabond. Roy Cohn. L’homme lige de McCarthy, membre de la John Birch Society, le club le plus raciste des USA (le KKK, à côté, c’est les Bisounours), l’avocat de la famille Gambino, l’anti-communiste le plus fervent de New York. Quand les ouvriers des chantiers Trump se plaignaient de ne pas être payés, on leur envoyait Cohn. Pas d’assurance? Cohn. Pas de comptabilité? Cohn. Des réclamations? Gambino. Ça discute encore? Tomber dans le béton, c’est con, mais ça arrive.



Menteur, sociopathe, égocentrique... l'ex-biographe autorisé de Trump rétablit la vérité

Six faillites successives

Et pourquoi Trump refuse de publier sa feuille d’impôts aujourd’hui? Ben, parce qu’en 1978, 1979, 1984, 1992, 1994, le gars n’a pas payé un centime de taxes ! Donc, en 2015, sans doute, c’est pareil. Pour un homme qui se vante de valoir 8,7 milliards de dollars (mais qui est dans le rouge de 300 millions, bizarrement), ça fait mauvais effet.

Dettes impayées, six faillites successives, casinos en banqueroute, clubs de golf à la dérive, amitié intéressante avec Adnan Khashoggi, université Trump organisée comme un racket (35.000 dollars le séminaire de trois jours), fonds promis aux organismes philanthropiques mais évaporés, interviews téléphoniques sous une fausse identité, amitié avec Joe «No Socks» Cinque (le pote de John Gotti)…

Il y a déjà eu des présidents peu recommandables, aux USA: JFK, dont le papa était un gangster, et LBJ, dingue certifié qui se débraguettait et montrait son arme fatale (qu’il surnommait «Jumbo») aux journalistes en interview. Mais un perché comme Trump? Jamais. Lui, il est dans la catégorie maxi cadeau Kinder Bueno. Si j’étais ricain, je voterai pour lui illico. Lui, au moins, il trumpe énormément.
Lundi 19 Septembre 2016
Dakaractu



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter



Dans la même rubrique :