La France est-elle le premier bailleur du Sénégal ?

L’ambassadeur de la France à Dakar s’est récemment réjoui du rang de son pays qui est, selon lui, «le premier bailleur et partenaire économique bilatéral» du Sénégal. Africa Check a vérifié.
Par Birame Faye


L'ambassadeur de France au Sénégal Jean-Félix Paganon. Photo AFP
L'ambassadeur de France au Sénégal Jean-Félix Paganon. Photo AFP

«La France reste quand même, le premier partenaire et le premier investisseur au Sénégal. Nous sommes le premier employeur étranger du Sénégal, le premier bailleur bilatéral du Sénégal. Nous sommes premiers, mais avec d’autres pays qui nous talonnent», selon Jean-Félix Paganon.

L’évolution de la coopération  du Sénégal  avec l’extérieur reflète-elle  le tableau décrit par l’ambassadeur de la France à Dakar?

Africa Check a demandé les sources à l’ambassade de France à Dakar. Le deuxième conseiller, Sophie Bel, a réitéré les propos de l’ambassadeur. Mais elle a précisé que «pour les non-OCDE, il nous manque des données (notamment le montant des engagements de la Chine au Sénégal). On notera que la France représente 65% des engagements des Etats membres [de l’OCDE]».

Qu’est-ce qu’un bailleur ?


L’économiste Amadou Bamba Diop de la Direction de la prévision et des études économiques  du Sénégal, contacté par Africa Check, a expliqué que le bailleur de fonds d’un pays est « celui qui donne de l’argent à ce pays sous forme de dons et de prêts. Les prêts se font sur la base de taux d’intérêt très faibles ».

Il ne faut pas confondre ces dons et prêts avec l’aide publique au développement qui, selon M. Diop, renvoie aux « flux financiers qu’un Etat met à la disposition d’un autre». Cette aide peut parfois comporter une dimension d’assistance technique.

« Il s’agit de dons sans contrepartie et de prêts à des taux concessionnels. C’est différent de l’IDE (investissement direct étranger) ou du transfert des migrants, etc. », a-t-il encore précisé.

Son collègue Cheikh Tidiane Dièye souligne que les bailleurs bilatéraux sont les Etats qui accordent directement de l’aide aux pays en développement. « En général, c’est l’aide au développement qui est prise en compte pour caractériser le statut de bailleur», relève le directeur d’Enda-CACID.

Que dit la «Plateforme des partenaires» ?


La Plateforme des partenaires techniques et financiers  du Sénégal, dont la Chine n’est pas membre, place la France en tête de la liste des partenaires bilatéraux.

Sur ce sujet, l’économiste Chérif Salif Sy a confié à Africa Check que « celui qui prête le plus est le premier bailleur. Ce sont les dons et les prêts qu’un pays accorde à un autre. A ne pas confondre avec le commerce extérieur ».

« La France est le premier bailleur du Sénégal, avec tous les projets qu’elle finance. La France reste leader », a affirmé M. Sy.

Le nouveau plan de développement a-t-il relancé Pékin ?


La situation est en train d’évoluer. Durant ces deux dernières années, les engagements financiers de la France sont loin derrière ceux la Chine. Une fiche de mobilisation des ressources financières, du ministère sénégalais de l’Economie, montre que la Chine a engagé 711,7 milliards de francs depuis février 2014, contre 215,1 milliards de francs par Paris.
 

Mobilisation des ressources financières en faveur du Sénégal en 2014 et 2015
 
 

Pays Engagements en faveur du Sénégal (en milliards FCFA)
Chine 711,7
France 215,1


La France table sur 1.000 milliards de francs comme valeur globale de l’investissement prévu au Sénégal. , dans la mise en œuvre du PSE (2014-2018). Sur la même période, les engagements de la Chine pour le financement des infrastructures portent sur 4,5 milliards de dollars (2.200 milliards de francs CFA).

Là-dessus, tempère Cherif Salif Sy, le PSE, « c’est des engagements. Un engagement, ce n’est pas de l’argent décaissé».


Investissements prévus dans le PSE (2014-2018)
 
 

Pays Engagements pour le financement des infrastructures (en milliards FCFA)
Chine 2.200
France 1.000


Paris est-il le premier investisseur au Sénégal ?​

 


Le chef de l’Etat sénégalais Macky Sall mise sur le PSE pour le développement de son pays. Photo AFP
Le chef de l’Etat sénégalais Macky Sall mise sur le PSE pour le développement de son pays. Photo AFP

Le Service économique de l’ambassade de France à Dakar note que le stock d’investissements directs étrangers au Sénégal  a été multiplié par dix en une décennie, en passant de 242 millions USD en 2002 à 2.346 millions USD en 2012. L’année suivante, le flux entrant a culminé à 338 millions USD.

Il ajoute que les entreprises et filiales françaises emploient près de 15.000 personnes   dans le pays.

Pékin premier importateur du Sénégal

 

Le ministère sénégalais du Commerce  signale qu’au moment où les exportations du Sénégal vers la France reculent, celles destinées à la Chine sont en nette hausse.

Il indique que « le volume d’échanges étant estimé à 380 milliards CFA, la Chine est la cinquième destination des exportations sénégalaises est aussi deuxième fournisseur du Sénégal derrière la France ».

Depuis deux ans, le Sénégal exporte plus vers la Chine que vers la France, en raison notamment de l’implication de Pékin dans la commercialisation de l’arachide.

M. Diop confirme d’ailleurs que «les exportations vers la Chine ont beaucoup augmenté en 2015 ». Mais, avertit-il, il s’agira de voir si c’était une situation conjoncturelle ou structurelle vers la Chine ».

Conclusion : la déclaration est correcte sur tous ses aspects sauf le commerce


A l’heure actuelle, selon les données disponibles, la France reste le premier bailleur bilatéral et le premier fournisseur du Sénégal, malgré la forte contribution de la Chine dans le financement du Plan Sénégal Emergent. Les données accessibles et les économistes le confirment.

La France est le premier exportateur vers le Sénégal, ses entreprises sont actuellement les plus présentes dans le pays où elles emploient des milliers de Sénégalais.

Il faut toutefois signaler que dans le domaine du commerce, même si la France est toujours le premier fournisseur du Sénégal, elle est derrière la Chine en ce qui concerne les exportations sénégalaises. Pour une économie – à l’échelle mondiale – le pays destinataire des exportations revêt une importance capitale d’autant plus que l’enjeu est comment elle gagne de l’argent.

 

 

Edité par Assane Diagne
Africa Check 


Mardi 31 Mai 2016
Dakaractu




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