La Décentralisation au Sénégal : Un Fait Social Total

« Les faits (…) sociaux totaux (…) mettent en branle dans certains cas la totalité de la société et de ses institutions et dans d’autres cas seulement un très grand nombre d’institutions... »
Marcel Mauss (1872-1950), Essai sur le don


La Décentralisation au Sénégal : Un Fait Social Total
Si l’État se veut intemporel, les régimes politiques se succédant ont tout intérêt à bien marquer leur temps. Ainsi, la continuité et le changement sont les deux ailes qui font l’équilibre d’un nouveau régime politique qui se doit alors de courir derrière deux lièvres :
-  Le devoir d’incarner la continuité de l’État souverain.
- L’obligation vitale d’apporter des innovations et ruptures majeures dans l’optique de prouver leur originalité et de poser des actes majeurs de consolidation dans des secteurs stratégiques. En effet, la sociologie de l’action publique a fini de démontrer que  si l’innovation et la rupture marquent l’avènement d’une vision nouvelle et la fin d’une approche politique devenue impopulaire, l’implémentation et la consolidation sont la suite technique d’une vision sectorielle acceptée par les populations.
Pour ma part, et toujours dans une approche objective, contributive et technique,  je fais la ferme assertion que  la décentralisation sénégalaise se situe à ces deux niveaux ô combien complexe.  Le fait est que  la décentralisation n’est plus une innovation politique. Elle a fini d’intégrer les mœurs citoyennes pour devenir un fait sociétal total bouleversant l’économie des territoires, la dimension citoyenne, la perception de l’État par le citoyen et la propre logique de planification de l’action gouvernementale pour le développement.
 
Mon postulat est que l’acte III de la décentralisation rentre dans le cadre des actes majeurs de consolidation où une vision politique ayant intégrée les masses doit maintenant continuer sa mutation pour aboutir à un dispositif technique et à un instrument de gouvernance territorial. Ainsi, l’enjeu majeur de l’acte 3 est en réalité la préoccupation bien traditionnelle de toute politique publique dont les populations se sont appropriées et qui se trouve être la question de la cohérence, de l’efficience et des résultats.
Comprenons une bonne fois pour toute, que l’acte 3 sera technique ou ne sera pas la troisième grande réforme. Et J’ai la ferme conviction que la connaissance des différents milieux de vie (territoire) nous assurera d'abord la pertinence du dispositif final de gouvernance territoriale, ensuite la planification du cadre de vie des populations qui en découlera nous permettra d'avoir une bonne cohérence d’ensemble, puis le modèle organisationnel et les fonctionnalités techniques qui résulteront de ce dispositif cadre seront plus propices à nos modes vie, enfin la planification stratégique des investissements publics et privés dans nos localités aura alors un meilleur impact sur le niveau de vie des populations et la compétitivité des entreprises en terme de croissance et d’emploi.
 
Voilà pourquoi la question de la Planification Étatique (L’usage de la science pour un encadrement méthodique et technique de l’action publique pour le développement) sera de plus en plus au centre du débat public. Et le principe méthodique voulant que le niveau de complexité du projet de réforme soit déterminé par les fonctionnalités que le dispositif final se doit de comporter pour assouvir les besoins exprimés et identifiés en résulte.
En d’autres termes, c’est la nature de l’objet de l’action municipal (ici le milieu, le cadre, le mode et le niveau de vie des populations) qui campe l’enjeu, le défi, la problématique, les opportunités mais aussi les risques. La méthodologie de la mise en œuvre d’une réforme ne peut échapper à cette règle. Elle doit comprendre, appréhender et intégrer les tendances lourdes qui dictent leurs lois par  des dynamiques endogènes et exogènes au cadre sectoriel en question. En conséquence, dès lors qu’une volonté politique devient un fait social total, parce qu’ayant intégrée les masses, toute réforme subséquente tirera impérativement son essence, son sens et son horizon depuis le milieu, le cadre, le mode et le niveau de vie des populations et selon l’espace éco-géographique considéré.
 
Conclusion :
 
En résumé, un diagnostic sans complaisance de notre politique de décentralisation impose donc  l’usage d’une méthodologie d’implémentation et de consolidation dictée par sa complexité propre pour la mise en place d’un dispositif de gouvernance territoriale.
Cependant, bien au-delà de cette espérance d’un bon instrument de gouvernance, la réussite de l’acte III marquera l’avènement d’une approche étatique dont le processus de prise de décision gouvernementale s’adosse de plus en plus à des connaissances scientifiques, à travers une planification étatique s’inspirant d’une maitrise du milieu, du cadre, du mode et du niveau de vie des populations.
Par voie de conséquence, la  clef de la réussite d’une politique publique en phase d’implémentation des outils techniques et de consolidation  repose essentiellement sur la pertinence, la cohérence, l’efficience et la rentabilité du dispositif final et cela rejoint l’affirmation qui voudrait que dans les Démocraties matures on gouverne par les instruments.
 
Moussa Bala Fofana (Canada-Montréal)
* Ancien Conseiller Technique de Cabinet Ministériel – Gouvernement du Sénégal 2012-2013
* Actuellement Conseiller Financier en Banque & Représentant en Épargne Collective.
- Diplômé en Ingénierie de la Planification des Projets - l’Institut National Polytechnique Lorraine (INPL)
- Expert en Développement Territorial, Développement Économique Local et Transfrontalier.
- En sociologie de l’Action Publique, du Développement, de l’Économie, des Organisations et de l’Entreprise
ctfofana.matcl@gmail.com
https://www.facebook.com/moussabala.fofana
 
 
Dimanche 29 Novembre 2015
Dakaractu




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