La CCLAT peut aider le Sénégal, mais aussi toute l'Afrique, à lutter contre l'épidémie de tabagisme toujours plus meurtrière


La CCLAT peut aider le Sénégal, mais aussi toute l'Afrique, à lutter contre l'épidémie de tabagisme toujours plus meurtrière
Par Tih Ntiabang et Mamadou Bamba Sagna*
 
Les informations sont encourageantes. Le gouvernement du Sénégal prévoit d'introduire des mises en garde sanitaires illustrées sur les paquets de tabac et d'augmenter les taxes sur ces produits. Le Sénégal est depuis longtemps un chef de file en matière de lutte antitabac. Ses activités constituent un exemple important et influent pour les autres pays du continent.
 
Les mises en garde sanitaires illustrées et la taxation du tabac font partie des mesures du traité international, la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT). Le Sénégal a ratifié la CCLAT en 2005. Aujourd'hui, le traité rassemble 43 Parties en Afrique et 180 dans le monde entier, soit près de 90 % de la population mondiale.
 
Les études ont démontré que les mises en garde sanitaires illustrées sont plus efficaces que les mises en garde textuelles pour communiquer les dangers du tabagisme aux fumeurs potentiels et notamment aux jeunes. Il faut savoir que la moitié des fumeurs mourront d'une maladie liée au tabac. Par conséquent, il est impératif d'éviter que les jeunes commencent à fumer et deviennent dépendants. Les mises en garde sanitaires illustrées incitent aussi davantage les fumeurs actuels à envisager d'arrêter de fumer.
 
L'augmentation du prix du tabac, notamment par la hausse des taxes, s'est avérée le meilleur moyen de réduire la consommation des fumeurs et de dissuader les enfants et les jeunes de commencer à fumer. Cette mesure est tellement efficace que l'industrie du tabac fait immédiatement pression dès qu'une hausse des taxes est proposée, soutenant qu'elle alimenterait la contrebande de cigarettes. En 2015, Margaret Chan, directrice générale de l'Organisation mondiale de la Santé, annonce devant l'Assemblée de l'Union interparlementaire :
 
« Encouragez vos gouvernements à augmenter les taxes sur les produits du tabac. Il s’agit incontestablement de la stratégie de réduction de la demande la plus efficace énoncée dans le Convention-cadre de l’OMS pour la lutte antitabac. Il faut noter que cette stratégie est également la moins exploitée, ce qui s’explique en grande partie par l’ingérence de l’industrie du tabac. »
 
La stratégie de l'industrie du tabac est simple. Elle tente d’intimider les gouvernements en déformant les faits et les données, tout particulièrement en ce qui concerne les suites d’importantes hausses des taxes. Il y a néanmoins un fait que l’industrie du tabac omet toujours de mentionner :  les pays où les taxes sont les plus élevées présentent les taux de contrebande les plus faibles. Ceci s'explique en partie parce que des ressources sont mobilisées pour lutter contre le commerce illicite à l'intérieur de leurs frontières mais aussi en collaboration avec les pays voisins. Aujourd'hui, la CCLAT dispose d’un outil supplémentaire, à savoir le Protocole pour éliminer le commerce illicite des produits du tabac, adopté en 2012. 
 
Il faut s'attendre à ce que l'industrie du tabac s'élève clairement contre la volonté du Sénégal. Toutefois, le pays, et toute l'Afrique, doivent d'urgence mettre en place ces mesures ainsi que d’autres mesures de la CCLAT pour contrecarrer les efforts de marketing croissants de l’industrie du tabac sur le continent. Comme le magazine The Economist l’a récemment indiqué, 17 des 27 pays du monde où le tabagisme a augmenté au cours des 15 dernières années se situent en Afrique. Les coûts de l’épidémie de tabagisme sont considérables et ne cesseront d'augmenter si aucune mesure n’est prise aujourd’hui. Par exemple, d’ici 2030, 80 % des décès liés au tabac surviendront dans les pays à revenu faible et intermédiaire.
 
Les conséquences négatives du tabagisme vont bien au-delà de la sphère de la santé. Le tabagisme constitue aussi un frein au développement. Il prive les familles de ressources qui pourraient être investies dans l’éducation, les soins de santé et même l’alimentation. La croissance économique des pays en souffre également car la moitié des décès liés au tabac surviennent durant les années les plus productives des fumeurs, à savoir entre 30 et 69 ans. De plus, répercussions de la culture du tabac sur l'environnement sont énormes. Par exemple, entre 1990 et 1995, la culture du tabac représentait 26 % de la déforestation au Malawi.
 
Reconnaissant l’impact dévastateur du tabac sur le développement, les dirigeants mondiaux ont inclus la CCLAT en 2015 dans les objectifs de développement durable (ODD), le programme de développement du monde d’ici 2030. Les ODD appellent les pays à accélérer la mise en œuvre du traité (Objectif 3a). Quelques mois avant l’adoption des ODD, la conférence sur le financement du développement a recommandé d'utiliser la taxation du tabac comme une source de revenu pour le financement des ODD. En effet, la mise en place des mesures éprouvées et efficaces de la CCLAT représente la meilleure façon pour les gouvernements de respecter leurs engagements vis-à-vis des ODD.
 
Les gouvernements du monde entier se réuniront de nouveau en novembre, dans le cadre de la COP-7 de la CCLAT, afin d'évaluer l'efficacité du traité en matière de lutte contre l'épidémie de tabagisme. La société civile mondiale plaide pour l'adoption de certains points clés de l'ordre du jour qui pourraient contribuer au but des ODD, à savoir assurer la meilleure efficacité possible de la CCLAT sur le terrain. Parmi ceux-ci figure 'le mécanisme d'examen de la mise en œuvre' qui réunira la sagesse collective de la Conférence des Parties (COP) de la CCLAT afin d'examiner les compte-rendu des Parties et de recommander des mesures pour surmonter les obstacles.
 
Autre point important de l'ordre du jour, le rapport d'un groupe de travail sur la viabilité de la CCLAT ou les moyens de susciter une plus forte volonté politique, des ressources et la coordination entre les différents organes d'un gouvernement (y compris les organismes de santé, de financement, des douanes et de développement) qui sont concernés par la lutte antitabac.
 
L'adoption par les gouvernements de ces mesures, ainsi que d'autres, notamment une meilleure collaboration pour combattre l'ingérence de l'industrie du tabac à l'échelle mondiale, aidera la CCLAT à utiliser tout son potentiel pour lutter contre l'épidémie de tabagisme toujours plus meurtrière en Afrique.
 
Tih Ntiabang est le directeur régional de la Framework Convention Alliance (FCA), un réseau de la société civile composé de près de 500 organisations dans plus de 100 pays dont la mission consiste à renforcer la Convention-cadre pour la lutte antitabac (CCLAT) et à soutenir sa mise en œuvre complète et accélérée dans le monde entier.
 
Mamadou Bamba Sagna est le Coordonnateur Régional de Campaign For Tobacco Free Kids (CTFK) une organisation à but non lucratif qui finance les organisations de lutte antitabac en Afrique et dans le monde.
CTFK est basé à Washington DC, Etats Unis d’Amérique. 
Vendredi 16 Septembre 2016
Dakar actu




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