LIBRE PROPOS : POLITIKMANIA ! (Par Abdoulaye Thiam)

«Si l’Etat est fort, il nous écrase. S’il est faible, nous périssons», Paul Valéry


On savait que le Sénégal était un pays qui marchait sur la tête. On savait que nous, Sénégalais, étions tenus en otage par nos hommes politiques qui avaient fini de piller, spolier, désagréger et éteindre à petit feu notre cher pays. Ce, avec une complicité d’une certaine classe maraboutique. Mais, nous ne pensions pas, un seul instant, que la République allait perdre toutes ses valeurs, en seulement 46 ans de notre existence juridique, à cause de la politique politicienne tous azimuts. 
Le Sénégal est pratiquement le seul pays au monde qui vit, respire, mange politique. A longueur de journée, dans les chaumières, les grand-places, les colonnes des journaux, les ondes des radios, au petit écran, les politicards s’invitent dans notre intimité, font des promesses mirobolantes avant de tourner casaque quand ça les chante, sans conséquence, aucune.
Sinon, comment comprendre, cette overdose médiatique sur la supposée ou réelle libération de Karim Wade. Que Macky Sall le gracie, que l’Assemblée nationale l’amnistie, qu’il bénéficie d’une liberté conditionnelle, cela devrait être le cadet des soucis des Sénégalais. Ce qui les intéresse c’est de retrouver leur argent. L’ancien ministre d’Etat a quand-même été condamné à payer 138 milliards de francs CFA d’amende pour enrichissement illicite. Ce qui constitue une énorme fortune dans un pays comme le Sénégal où tout est prioritaire. Mieux, quelle suite sera donnée à la traque des biens supposés mal acquis, avec la vingtaine de caciques du PDS qui figuraient sur la liste de la Crei ? 
A moins que tout ceci ne soit que du cinéma, une parodie de procès dans le seul but de décapiter un parti politique et d’assouvir une vengeance envers d’anciens «frères», il est tout à fait légitime que les Sénégalais se posent une telle interrogation.
D’ailleurs, Macky Sall semble pris dans un tourbillon depuis qu’il a annoncé un possible élargissement de Karim Wade à partir de la… France pour une question éminemment sénégalaise. 
Des voix discordantes au sein de la majorité se font déjà entendre. Pour le PIT et la LD, libérer Karim Wade, équivaudrait à donner carte blanche aux criminels à col blanc. 
Dieu sait qu’ils sont nombreux au Sénégal. Il s’agit juste de revisiter les rapports de l’ARMP, de l’IGE, de la Cour des comptes. Même le premier rapport de l’OFNAC n’a pas échappé à la règle. Face à une impunité totale, le népotisme et le clientélisme, le contraire aurait surpris plus d’un. Le vol et le pillage ont fini par devenir une composante dans l’ADN de certains de nos compatriotes qui nous gouvernent. 
Mais le comble, c’est quand pouvoir et opposition complotent contre le peuple. En plus des sondes pour tester la réaction de l’opinion sur certains sujets, c’est le système dit d’effet paravent qui sera mis en avant. Ainsi, on joue sur l’absence de sécurité dans notre pays pour ensuite faire passer une loi de finances rectificative avec plus de 25 milliards pour le renforcement de la sécurité intérieure. 
Pendant ce temps, on laisse le règlement de la crise scolaire entre les mains des marabouts. Diantre !
 Ces derniers, après avoir pourtant laissé la situation pourrir, saisissent la balle au rebond. Intelligemment. De «Citoyens ordinaires», ils passent désormais pour des «Sauveurs de la République» et de son école.
Pourtant, la crise reste entière. Elle est même loin  d’être terminée. Elle est juste mise en veilleuse avant de repartir de plus belle. A moins que les leaders des syndicats acceptent de lâcher du lest. Ce qui est très peu probable. En revanche, l’interventionnisme des Chefs religieux, dans cette crise que l’Etat avait presque fini par remporter, en utilisant la menace de la radiation, fragilise la puissance publique et ouvre des voies aux marabouts. Ne soyons pas alors étonnés qu’ils décident, un jour, de qui va nous gouverner.

Abdoulaye Thiam 
Journaliste à Sud Quotidien
Jeudi 23 Juin 2016
Dakaractu




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