LE DÉPUTÉ OMAR DIAKHATÉ ASSOMME LES "SERIGNE DAARAS" : « Je tiens un daara de 200 ndongos… Parmi les talibés errants, il y a de grands voleurs… Le modèle proposé par Serigne Saliou »

Dans cet entretien qu’il nous accorde, Baye Omar Diakhaté dit Maguette, compagnon et disciple de l’ex-Khalife Général des Mourides Serigne Saliou Mbacké et député à l‘Assemblée Nationale, s’est refusé de ménager certains « businessmen » qui passent l’essentiel de leurs vies à exploiter les enfants. Revendiquant son statut de « Serigne Daara » pour avoir en charge plus de 200 enfants, le septuagénaire a dénoncé la pénible vie des « ndongos daaras » avant de revenir sur les conditions d’existence exemplaire des talibés à Khelcom, non sans signaler le travail dans ce sens de Serigne Cheikh Saliou qui dépense 1 614 000 francs par mois rien que pour acheter du sucre.


Dakaractu : Honorable député, vous avez mendié ?
Oui, j’ai effectivement mendié. Je l’ai fait pendant plusieurs années.


Et pourtant aujourd’hui, votre régime  interdit la mendicité des enfants !
Et, il a raison de le faire. Ce qui se passe aujourd’hui est grave et inexplicable. Nous, nous mendiions pour manger. Le temps qui nous était imparti pour le faire était tellement restreint qu’aucun d’entre nous n’avait la possibilité de faire autre chose. Même pour manger, il fallait faire vite pour être dans le temps car, l’apprentissage du Coran occupait l’essentiel de nos activités. Aujourd’hui, les talibés doivent d’abord mendier, ensuite mendier pour enfin apprendre. C’est cela qui est dommageable. 
 
Pour certains, la mendicité est une sorte de formation ?
Pour certains aussi, la mendicité est un business juteux qui rapporte gros. Les enfants ne mendient plus pour manger. Ils le font pour entretenir la famille de leur « Serigne Daara ». Certains de ces maitres coraniques s’enrichissent sur le dos des enfants. Tout le monde sait que certains talibés ont une obligation de résultat en empruntant les rues. Ils ont une somme bien précisée à ramener au daara. Autant vous dire qu’en lieu et place du Coran, ils ont en tête des techniques de vol imparables. Beaucoup d’entre eux sont devenus de grands voleurs. Petit voleur deviendra forcément grand. Dans les marchés, ils pensent tout leur temps à arracher les pochettes de dames. 
 
Vous êtes sévère là …
Nullement! Ils se comptent par centaines ces parents qui ont vu leurs fils devenir de grands pickpockets alors qu’ils avaient envisagé faire d’eux de grands érudits de l’Islam. Un enfant ne peut recevoir dans la rue aucune formation positive. Je sais de quoi je parle, parce que j’ai été ndongo daara et que je détiens un daara.
 
Un député qui détient un daara ? Vous devez être le seul ?
Quand je mettais en place ce daara, le Président Macky Sall n’était même pas ministre de la République. Cela fait plus de 10 ans que je l’ai installé. Tous les ans, des enfants quittent après avoir maitrisé le livre Saint. Actuellement, vous verrez plus de 200 enfants sur place. C’est juste derrière la concession de l’ex-Khalife des Baay-Fall, Serigne Modou Aminata Fall, pour ceux qui voudraient vérifier. Si je suis le seul député, propriétaire de daara ? Je ne sais pas. De toute façon, c’est une passion pour moi que d’aider des bouts de bois de Dieu à apprendre le Coran.  Je continuerais à le faire jusqu’à la fin de ma vie, si Dieu le veut. D’ailleurs, ce n’est pas la seule activité que je fais. Je tiens une unité de transformation céréalière qui emploie une trentaine de personnes.
 
Vos talibés ne mendient pas ?
Jamais, ils ne l’ont jamais fait et ils ne le feront jamais.
 
Mais, vous, vous avez les moyens, vous êtes député ?
Il y a 20 ans, je ne pensais même pas un jour devenir député. Il y a un sacrifice à faire. Je n’accepte pas d’aimer un enfant plus que ses parents. Un père de famille qui m’amène son enfant et qui n’accepte pas de le prendre en charge, je te le retourne. Maintenant, je m’occupe de ceux dont les parents n’ont vraiment pas les capacités financières pour les prendre en charge. Les enfants qui mendient sont jetés à la rue et quand la rue s’occupe d’un enfant, vous aurez un piètre produit. C’est de l’exploitation et rien d’autre. Parmi les « Serigne Daaras », il y en a qui sont aiguillonnés par l’opposition. Ce sont eux que vous allez sous peu entendre dire que la mesure de retrait des enfants est abusive ou insensée. 
 
Les « Ndongos daaras » sont généralement voués à l’échec dans la vie ?
Ce n’est pas vrai ! Moi, je suis issu des daaras. Je suis un député qui participe au développement de mon pays. Toutes les mosquées que Serigne Cheikh Saliou a construites l’ont été entièrement de la main des ndongos daaras. C’est au niveau des daaras qu’ils sont initiés à des métiers. Il s’agit de véritables centres de formation. Ces enfants ne mendient pas. Rien que pour satisfaire la dépense mensuelle en sucre,  Serigne Cheikh dégage la somme de 1 614 000. Pour le café, il achète 7 tonnes par an. Je ne parle pas de la dépense destinée aux différents repas du jour. Partout où il a installé un daara, il a installé, à côté, une infirmerie. 
 
Les Ndongos de Serigne Saliou… 
(il coupe ) Où est-ce que les « Ndongos » de Serigne Saliou avaient-ils la possibilité d’aller mendier ? C’est pour conserver la dignité de ces enfants et pour leur inculquer un savoir limpide que Serigne Saliou avait choisi de les amener très loin...hors de la portée de ce monde si cruel. Le contact avec la rue est corrosif. 
 
 
 
Samedi 9 Juillet 2016
Dakaractu





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