L’Unesco doit envisager des ’’mesures conservatoires’’ pour les sites de Gao et Tombouctou


L’Unesco doit envisager des ’’mesures conservatoires’’ pour les sites de Gao et Tombouctou

Le directeur du Patrimoine culturel, Hamady Bocoum, appelle l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO), a envoyer des experts sur les sites historiques à Gao et Tombouctou, en vue de prendre des ‘’mesures conservatoires’’, face à la menace que représente la situation politique dans la zone.

‘’L’Unesco est interpellée à partir du moment où l’Etat malien n’est plus présent dans ces zones. Il faut qu’on envoie des experts qui doivent entrer en contact avec les conservateurs des sites pour faire l’état des lieux et prendre des mesures conservatoires’’, a-t-il dit dans un entretien publié mardi par le quotidien Le Soleil.

Depuis lundi matin, les rebelles du Mouvement national pour la libération de l’Azawad (MNLA), appuyés par des éléments d’Ansar Dine (affiliés à Al Qaida au Maghreb islamique – AQMI), contrôlent le Nord du Mali, où se trouvent les villes de Kidal, Gao et Tombouctou. S’y ajoute que, depuis le 22 mars, une junte a pris le pouvoir après avoir renversé le président Amadou Toumani Touré.

Pour Hamady Bocoum, cette situation crée en premier lieu ‘’une menace physique, puisque s’il y a des combats, il y aura nécessairement des destructions’’. ‘’Donc, architecturalement, il peut y avoir des dégâts assez importants’’, a-t-il dit, relevant qu’aujourd’hui, l’armée malienne s’est retirée de la plupart de la plupart des villes du nord sans combattre.

‘’Si jamais il devait y avoir une reconquête, on peut s’attendre à ce que ces villes deviennent des boucliers au sens patrimonial du terme’’, souligne M. Bocoum, par ailleurs directeur de l’Institut fondamental d’Afrique noire (IFAN).

Selon lui, ‘’il faudra envisager de manière très sérieuse et anticiper les dégâts que cela devrait occasionner si ces villes devenaient des enjeux militaires’’. Ensuite, poursuit-il, il y a ‘’des risques plus insidieux, mais plus sérieux, c’est-à-dire culturels et scientifiques’’.

Le directeur du patrimoine culturel a rappelé qu’il a des ‘’manuscrits uniques’’ conservés depuis plusieurs siècles dans ces villes du Nord du Mali. ‘’Aussi bien à Tombouctou, ville savante, ville des 333 saints, où, pratiquement, chaque concession est un patrimoine, une bibliothèque, qu’à Gao’’.

Signalant ‘’les trafics extrêmement dangereux’’ qu’il y a autour des manuscrits, Hamady Bocoum craint un développement de ce phénomène, redoutant aussi des destructions qui concernent ou portent sur des lieux de dépôts par les nouveaux arrivants.

Il estime que la situation de conflit est ‘’un drame historique’’, rappelant que dans cette zone Nord se trouvent ‘’les témoins les plus intéressants’’ de l’historienne ancienne et même récente. Du point du vue patrimonial, ce sont deux sites du patrimoine mondial de l’Unesco (Gao et Tombouctou) qui sont prises par la rébellion.

‘’Cela ne manquera pas de poser des problèmes, y compris au sein du comité du patrimoine mondial où siègent le Mali et le Sénégal (pour la région Afrique de l’Ouest)’’, a expliqué le directeur de l’IFAN.

Il a ajouté que les sites de Gao (tombeau des Askia) et la ville de Tombouctou sont inscrits au patrimoine mondial de l’Unesco à la demande de l’Etat malien ‘’qui en est le garant et doit, en principe, rendre compte de l’état de conservation de ces sites au comité du patrimoine mondial.

Interpellé sur l’importance des manuscrits, M. Bocoum a cité le ‘’Tarikh el Fatah’’, un ‘’document essentiel initié et conservé à Tombouctou’’, qui parle d’histoire, d’astronomie, de généalogie, d’anatomie humaine.

Il a relevé que c’étaient ‘’des centres extrêmement actifs en terme de réflexion sur l’homme, la nature, l’environnement, la religion…’’. ‘’On est très loin de connaître tout ce qui était conservé dans ces deux centres (Gao et Tombouctou)’’, dit-il.

Sur le rôle de ces centres, le directeur du Patrimoine culturel indique ces sites étaient des zones de contact entre des courants nord-africains et des courants sahéliens. Il précise : ‘’Donc, nécessairement, c’étaient des zones de brassage où les populations et les deux cultures de l’Afrique se rencontrent. Ces centres ont été puissants et intéressants, parce qu’ils ont été de très actifs relais pour l’islam’’.

Hamady Bocoum y ajoute ‘’les rôles multiformes’’ que ces centres ont joué dans le commerce transsaharien qui a précédé l’arrivée de l’islam. ‘’C’est aussi, souligne-t-il, des villes de création de nouvelles identités. Ce qui fait qu’on y trouve des synthèses entre l’Afrique subsaharienne, l’Afrique du nord, l’Orient, l’Occident. Donc ce sont véritablement des zones de fabrication de cultures nouvelles.’’
APS

Mardi 3 Avril 2012




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