L'Ambassadeur de France sur la menace terroriste au Sénégal : “Pourquoi nous n'avons pas relayé l'alerte des américains (...) Nous ne jouons pas avec la sécurité du Sénégal”

L'alerte lancée par les américains a donné des frayeurs à beaucoup d'expatriés occidentaux établis au Sénégal. Pourtant, la France a, dans une note, demandé à ses ressortissants de garder leur calme et de ne se fier qu'aux informations émanant sa représentation diplomatique. Une attitude on ne peut moins compréhensive d'autant que les États-Unis et la France ont toujours fait montre d'une collaboration saine dans la lutte contre le terrorisme.
Pour comprendre cette position “incompréhensible” de la France vis à vis des Américains, Dakaractu a tendu son micro à Christophe Bigot qui séjourne à Matam dans le cadre d'une tournée économique dans cette région située dans le nord du Sénégal. ENTRETIEN...


DAKARACTU : Excellence, comme vous le savez, les États-Unis ont alerté leurs ressortissants établis au Sénégal quant à l'imminence d'une attaque terroriste au Sénégal. Une information que l'ambassade de France n'a pas relayée. Pourquoi ?

Christophe Bigot : Nous avons beaucoup de points communs avec les américains, nous avons travaillé très étroitement ensemble, mais nous n'avons pas relayé ces informations parce que tout simplement nous ne les partageons pas. Ce n'est pas plus compliqué que cela. Après chacun a ses sources d'information, chacun connait le terrain. Nous ne pouvons relayer des informations que si nous les partageons.

Doit-on comprendre de la position de la France que les États-Unis ont donné une fausse information ?

C'est à eux qu'il faut poser la question. Dans le monde du renseignement, chacun peut avoir des sources différentes, une perception différente, une analyse différente. Notre analyse et nos sources nous ont conduit à ne pas relayer les informations de nos amis américains.

Pourtant, selon des informations relayées par la presse, un individu qui ferait partie du commando qui promettait un attentat au Sénégal a été arrêté. Eu égard à cela, les américains n'avaient ils pas raison d'alerter ?

Franchement, ce que je peux vous dire, c'est que dans le domaine de la sécurité, il faut beaucoup de vigilance et beaucoup de coopération (...) Il faut aussi beaucoup de vigilance et une bonne coordination entre tous les éléments (renseignement, police, gendarmerie, armée, justice). Avec les autorités sénégalaises, nous menons des coopérations de très longue date en apportant de la formation, en pratiquant des exercices...Nous avons pratiqué, c'était avec le ministre de l'Intérieur il y a quelques jours, un exercice grandeur nature à Saly pour tester la capacité de réaction et la cohérence du dispositif face à un risque d'attentat contre un hôtel. Nous menons également des activités dans le domaine du Cyber puisqu'on le sait, c'est un moyen privilégié utilisé par les terroristes pour mener des actions. Nous avons contribué à renforcer la division Cyber de la DGSE. Voila quelques actions que nous menons sans bruit pour renforcer les capacités de nos amis sénégalais en matière de sécurité. Maintenant le risque zéro n'existe pas. Vous êtes dans une région difficile. Nous même avons connu des attentats. Personne, aucun pays ne peut dire qu'il est immunisé aux risques d'attentats. Il faut être extrêmement vigilant, très attentif, déceler les moindres signaux faibles qui pourraient conduire à des attentats.

Le risque est là mais pour autant, il n'y a pas de quoi fouetter un chat...

Ce n'est pas le terme que j'utiliserais. Le risque est là, il faut être extrêmement vigilant et constamment travailler dans un esprit de coopération étroite avec tous les partenaires qui peuvent vous apporter du renseignement et qui peuvent prendre les mesures préventives nécessaires.

Selon certains sénégalais, la France et les États-Unis jouent avec la sécurité du Sénégal. Quelle réponse apportez vous à ces accusations ?

Personne ne joue avec la sécurité du Sénégal. Encore une fois, les informations sont différentes, ce qui est normal. Nous sommes dans un monde pluriel, dans un monde démocratique. Chacun a ses sources d'information et en fait état. Le fait qu'il y ait une diversité d'analyse n'est pas en soit choquant. Nous n'avons pas partagé les mêmes sources, nous n'avons pas partagé les mêmes informations mais chacun est convaincu de sa bonne foi. Il ne faut pas aller plus loin sur ce sujet.

Jeudi 26 Octobre 2017
Dakaractu



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