L’APS va vers le mur, la sauver ou la laisser périr


L’APS va vers le mur, la sauver ou la laisser périr
Les projecteurs s’étaient braqués sur l’Agence de presse sénégalaise (APS) à la fin de l’année 2012. A l’époque, le personnel avait dû multiplier les sorties médiatiques pour réclamer trois mois d’arriérés de salaires à cause d’un budget épuisé avant terme. Ce problème a connu une solution au mois de février grâce à une procédure d’urgence qui a permis à l’établissement de rentrer dans ses fonds. Pour autant, l’horizon ne semble pas s’éclaircir pour l’APS. Loin s’en faut. Les problèmes d’hier sont toujours là. Et, l’APS est en train d’aller vers le mur.
 
En dehors du paiement des salaires, le budget de 321 millions de francs ne peut presque couvrir aucune autre charge. En conséquence, le fonctionnement au quotidien de l’agence est aujourd’hui fortement paralysé. Les journalistes n’arrivent plus à faire les reportages, faute de mobilité avec de vieilles voitures qui, souvent, tombent en panne sèche par manque de carburant. A maintes reprises, un reporter est remonté à la rédaction parce que ne pouvant pas aller en reportage. A maintes reprises, les journalistes ont dû payer de leurs proches pour acheter du carburant et éviter une panne sèche en pleine circulation.
 
Ce tableau peu reluisant est la conséquence d’une situation structurelle qui est le résultat d’un sous-financement de l’entreprise par les pouvoirs publics. Dans la loi de finances 2013, l’agence a reçu 321 millions de francs Cfa au titre de la subvention alors que sa Direction générale sollicitait 609.520.520 francs Cfa pour une prise en charge correcte du fonctionnement et des investissements nécessaires à l’établissement. Cette allocation va à l’encontre des recommandations du Sous-comité technique du secteur de l’information et de la communication sur les modalités de calcul de la compensation financière au titre de la rémunération du Service public.
 
Selon ce Sous-comité, le coût des prestations de l’APS au service de l’Etat et de ses démembrements se chiffre à 1 057 875 000 FCFA, pour les frais de fonctionnement (site Internet, voitures, carburants, frais de reportages, etc.) et les salaires du personnel de la rédaction centrale et des bureaux régionaux. Aujourd’hui, la somme de 321 millions de francs Cfa correspond juste à la masse salariale nette, compte non tenu des créances à apurer auprès des banques et des arriérés de cotisations sociales (IPRESS et Caisse de sécurité sociale). Elle ne permet de dégager aucune  marge de financement pour l’investissement.
 
En dépit de ces difficultés financières, le personnel de l’APS garde le cap et travaille au quotidien pour la diffusion de l’information à destination de sa clientèle, notamment les médias (radios, télé, journaux et sites Internet). Avec une rédaction centrale basée à Dakar et des bureaux régionaux, l’APS assure, depuis sa création le 2 avril 1959, une couverture quotidienne de l’actualité nationale. Ses dépêches sont largement reprises par la presse nationale et internationale. Et, en 2005, au terme d’une étude menée par l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), elle a été désignée comme l’agence la plus utilisée par les journaux en Afrique de l’ouest francophone.
 
Pour toutes ces raisons, l’agence mériterait une revalorisation de son statut, avec plus de moyens  afin de renforcer sa position dans le paysage médiatique. La mission de service public des médias d’Etat, dont l’APS, est de répondre au droit du public sénégalais à l’information juste et crédible touchant tous les aspects de la vie économique et sociale de la nation sénégalaise.
 
Dans un contexte de diffusion continue de l’information et de foisonnement des sites Internet, la présence de l’APS dans le paysage médiatique garde toute sa pertinence. Si Internet facilite la circulation de l’information, il n’en garantit pas la fiabilité. Dans ce chaudron, le label APS peut être une plate-forme de référence grâce au professionnalisme et à la rigueur de son personnel.
 
L’allocation de ressources à la hauteur de la mission dévolue à l’agence n’est pas le seul enjeu pour la pérennité de l’entreprise. Aujourd’hui, il est également question de revoir la gouvernance de l’établissement avec le souci d’une plus grande stabilité. De 2010 à 2013, l’APS a changé de directeur général à trois reprises, ce qui ne participe pas de son bon fonctionnement. La nomination au poste de DG ne doit pas obéir à des critères d’appartenance politique mais plutôt à des critères de compétence. L’Etat qui a le pouvoir discrétionnaire de cette nomination peut faire son choix parmi les journalistes de ce pays, hommes et femmes, dont le professionnalisme et les qualités managériales sont reconnus de tout le monde.
 
Dans un monde médiatique en perpétuelle transformation, l’APS ne peut pas aussi rester en marge. Vivre, c’est s’adapter, dit-on. L’agence doit s’adapter à cet environnement technologique en proposant de produits d’information comme la vidéo et l’infographie, le tout appuyé par une politique commerciale dynamique.
 
L’APS est à un tournant fondamental de son existence. L’engagement de l’Etat sera crucial afin de conforter son statut d’agence d’information généraliste d’envergure continentale. A cet effet, sans oublier la question du siège, un financement public conséquent, quels que soient ses mécanismes, est un gage pour assurer la pérennité d’un outil qui peut être la vitrine de la qualité du rayonnement international de l’information au Sénégal.
 
 
Ousmane Ibrahima DIA
Journaliste à l’APS
 
Mercredi 10 Avril 2013
Dakaractu




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