Jammeh, nos adieux à Jamais ! (Par Oumou Wane)


 Jammeh, nos adieux à Jamais ! (Par Oumou Wane)
Il aura donc négocié jusqu’au bout ce dictateur fantasque, au point de se prendre les pieds dans les filets factices qu’il avait tricotés de lui-même. Depuis le début, il n’a pensé qu’à cela ! Se sauver, sauver son clan et mettre à l’abri ce magot soustrait de la bouche de ces pauvres gambiens meurtris, réduits à la pauvreté extrême par cet homme qui les a soumis, marché sur leur dignité plus de vingt ans durant…

Ce n’est pas le premier cas de frénésie dictatoriale en Afrique, malheureusement, nous sommes coutumiers du fait, mais lorsque le pouvoir absolu rend hermétique à toute logique, toute raison, toute négociation, il n’y a plus que la force pour vous faire entendre raison. Un jusqu’auboutisme que le tyran de Banjul entretint au nez et à la barbe du monde entier, jusqu’à nous excéder ! Lui, sans foi ni loi, toujours dans ses accoutrements, ce chapelet démesuré et ce coran entre les mains, dont il n’hésita pas à profaner la sacralité, tant il voulut régner et dominer sans partage… Mais Dieu est patient !
 
Ce jeudi 19 janvier 2017, Adama Barrow, nouveau président élu à la tête de la Gambie, a prêté serment ici chez nous, au Sénégal, pays de la Téranga. Certes, il est regrettable que ce Chef d’Etat soit investi en terre étrangère, mais au moins peut-il se féliciter que le sort de la Gambie s’inscrive désormais dans la paix, la démocratie et le progrès.
 
Les chefs d’Etats de la CEDEAO auront tout fait pour trouver une solution pacifique à cette crise. Le Sénégal, que Jammey agressa sans cesse, allant jusqu’à soutenir une rébellion sur son propre territoire, ne commit jamais l’erreur de brûler les étapes pour en finir avec lui, même lorsqu’il fut affaibli… Certainement les tentations furent grandes de réduire à néant ce dictateur d’un autre temps... Mais la maitrise que notre pays a montrée au monde entier fut exemplaire.
 
En effet, dès la volte face de Jammey, c’est toutes les organisations régionales et internationales qui ont été saisies par notre diplomatie pour aider à rétablir les droits des gambiens et maintenir la paix dans la sous-région.

Les présidents Buhari, Ellen Johnson Sirleaf et Dramani Mahama n’ont ménagé aucune peine et n’ont jamais baissé les bras devant les affronts de Jammey, jusqu’à nous émouvoir et nous rendre fiers. Avec les présidents de la Commission de la CEDEAO Monsieur Alain da Souza, le représentant des Nations Unis dans la région, Mr Ibn Chambas, ils sont tous allés au bout de leurs possibilités.
 
Quant au Président Macky Sall, son rôle fut plus difficile encore puisque la gangrène Jammey, était nichée là, dans nos propres entrailles. Il se sera démené jour et nuit pour veiller à la sécurité et aux intérêts de notre pays et à ceux des gambiens... Il accepta même d’accueillir le président élu sur nos terres afin de l’éloigner du danger Jammeh… Après une journée harassante ce 18 janvier 2017, il alla de nuit rencontrer le Président mauritanien à l’aéroport de Dakar, l’espoir l’habitant toujours que le fou de Banjul retrouva la raison. Que nenni !  Le moins que l’on puisse dire est qu’il a su faire preuve de patience, d’abnégation afin de ne jamais se laisser aller à la loi du talion, de l’œil pour l’œil ! 

Tout aura donc été fait, mais rien n’y fit ! Yahya Jammeh refusa toujours de céder sa place à Adama Barrow, le nouveau président élu démocratiquement le 1er décembre dernier.
 
Il ne restait donc plus que l'intervention militaire, qui survint après l’investiture de Barrow depuis Dakar et après que le Conseil de sécurité des Nations unies a soutenu la résolution déposée par la diplomatie sénégalaise, toujours soucieuse d’opérer dans la légalité internationale.
 
Ce jeudi 19 janvier en fin de journée, après avoir constaté qu’il n’avait plus ni armée, ni un seul gambien qui voulait de lui, les bruits de canon à l’horizon lui ont peut être rendu un peu de jugeote… Dans Banjul déjà, des grappes de manifestants exultaient, criaient, klaxonnaient, certains arborant des T-shirts affichant «Gambia has decided» (La Gambie a choisi). Le chef de l'armée gambienne, le général Ousman Badjie se serait même joint aux manifestants.
 
Tout ça pour ça dirions-nous ! Le voilà aujourd’hui en route pour l’exil après l’entrée en scène des présidents Condé de Guinée et Aziz de la Mauritanie qui ont sauvé leur ami d’un destin tragique en lui servant de boucliers. 

Même pas courageux ce Jammey ! Lorsque l’on a tant fait souffrir son prochain, tant torturé et tant tué, fuir comme un petit fripon a quand même quelque chose de pathétique et d’humiliant... Certainement le fantasque ignore t’il l’honneur et le courage politique, mais il aura fallu en arriver à ce point pour que l’on se rendit compte de la futilité de ses valeurs et de la légèreté de sa contenance ! Plus de vingt ans de gâchis donc pour son peuple ! Quelle tristesse ! Mais à toute chose malheur est bon car nous sénégalais et ouest africains mesurons davantage la maturité de nos démocraties et la pertinence de la CEDEAO. Nous allons y veiller davantage !
 
Je ne peux le laisser partir ainsi ce Jammey sans espérer qu’il sera très vite rattrapé par la justice. Ou qu’il aille en effet, le peuple gambien ira le chercher pour qu’il vienne répondre de ses crimes.
 
Dans l’attente, j’emprunte à la chanson de Gainsbourg les mots de mon oraison : « …comme dit si bien Verlaine aux vents mauvais…Tu suffoques, tu blêmis à présent qu'a sonné l'heure, mais je suis au regret, de te dire que tu t’en vas, car tu en as trop fait ».

Oumou Wane
Présidente africa7
Dimanche 22 Janvier 2017
Dakar actu



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