JEUX OLYMPIQUES : AU REVOIR RIO 2016, DÉJÀ TOKYO 2020 ! (Adama THIAM)


JEUX OLYMPIQUES : AU REVOIR RIO 2016, DÉJÀ TOKYO 2020 ! (Adama THIAM)
Ainsi, les rideaux sont-ils en train de tomber sur les Jeux Olympiques de Rio 2016, emportant la magie et l’œcuménisme  social qui, par le sport, avaient fini de redonner, dans la bulle festive  de Rio, l’illusion d’une trêve olympique. Alors que partout,  la violence, le terrorisme aveugle et la guerre, ont plus que jamais, fini de passer le monde en coupe réglée. Malgré tout, Rio aura jusqu’au bout, tenu la dragée haute, avec un  spectacle  coloré, des compétitions rudes et riches en intensité et  émotions, en joies et déceptions, en souffrances et drames, avec au final, comme toujours, l’exaltante ivresse d’hommes et  de femmes ayant triomphé de leurs limites propres pour dépasser celles des autres. Victoires, bonheur, consécration et fierté de faire monter  et briller   ses couleurs nationales, avec ce reflexe quasi rituel, de se saisir de son drapeau national pour s’en couvrir et le déployer haut et fort. Sans doute eût- ce été un suprême bonheur et privilège, de voir notre étendard vert-jaune-rouge frappé de l’étoile verte, hissé et déployé, après compétition, par l’un de nos vaillants ambassadeurs. Car, « le sport participe à l’établissement d’un légendaire spécifiquement national avec  ses héros, ses épopées, ses Austerlitz et ses Waterloo » (on  pourrait faire   local , en traduisant d’une part, Austerlitz par Ngolgol et Pathé Badiane et d’autre part, Waterloo par Loro).
Cependant, même si nous ne connaissons pas le grand bonheur rêvé, il nous revient de saluer  et d’encourager tous nos représentants ainsi que leurs encadreurs et dirigeants de tous ordres. En effet, tous ceux qui ont eu à exercer et  à assumer des responsabilités et devoirs à ce niveau olympique, savent bien combien cet événement et cet instant sont importants dans la vie de tout  sportif. Nos représentants et dirigeants peuvent donc être félicités pour les nombreux efforts et sacrifices faits pour être à ce niveau.
Alors que les lampions s’éteignent sur Rio 2016, le soleil levant est déjà là, sur Tokyo 2020 ,dont la période précise est déjà calée du 24 juillet au 9 août 2020.Cela doit être pour nous, un signal fort et une invite pressante pour une remise en cause  de tout notre système, pour nous inscrire  de façon inédite, dans une olympiade de vision et de leadership, d’orientations stratégiques et d’investissements adaptés, de programmation et d’organisation, dans une perspective de travail méthodique,  d’ordre, de durée, de discipline ,d’efficacité  et de sacerdoce patriotique. Il n’y a pas de secret à ce niveau élevé, en dehors du  travail organisé. Et il va falloir qu’on y arrive. Enfin ! C’est dans ce sens que, je voudrais rappeler une importante directive du Premier Ministre d’alors, Abdoul MBAYE qui, quelques semaines après les JO de Londres 2012, demandait par lettre au Ministre des Sports, deux choses :
1)    Le bilan de la préparation et de la participation de la délégation sénégalaise aux JO de Londres 2012 ;
2)    Le tableau de marche vers Rio 2016(préparation et participation).
Mais comme souvent, sûrement les inerties et  peut-être les changements, avaient  pris le dessus et rien n’avait été fait. Car, si cette directive avait été mise en œuvre même sous six mois, on aurait eu dés janvier 2013, tout le bilan des JO de Londres ainsi que le programme de préparation et de participation pour  Rio 2016.On eût pu ainsi, éviter cette ultime réunion de dernière heure où l’Etat a néanmoins, dégagé des moyens financiers très  importants(800 millions)à moins de dix jours des Jeux, pour financer et la préparation et la participation et qui, au final, entre autres charges, ne serviront qu’à payer des primes records et à étayer l’estocade d’ Hortance DIEDHIOU à  la gestion du sport sénégalais et à lui donner malgré tout, quelque consistance. 
L’actuel Premier Ministre, Monsieur DIONE, en présidant la réunion ministérielle avant le départ pour Rio 2016, avait semblé fort heureusement, accorder une singulière attention à cette question du bilan des jeux. Il convient qu’il veuille bien y ajouter un programme net et précis de préparation et de participation de notre pays aux prochains JO de TOKYO 2020 et ce, dès maintenant. Il conviendra sans doute plus encore, qu’il tienne singulièrement la main sur cette importante question face à nombre de pesanteurs. Notamment en fixant  des échéances précises pour que, dans le premier trimestre de  2017, le tableau de marche du Sénégal vers Tokyo 2020,  soit en approche affinée.
Comme toujours, si le sport est confiné quelques parts, entre bagatelle festive, frivolités légères et mondanités fugaces, l’on ne mesurera jamais assez, les ressorts secrets et puissants qu’il charrie et  qui jouent un rôle essentiel dans l’affirmation et la valorisation de notre communauté nationale, singulièrement de notre jeunesse. C’est pourquoi, pour le Chef de l’Etat, comme ce fut le cas en 2012  pour les JO de Londres et comme renouvelé en 2016 pour les JO de Rio, avoir à remettre solennellement et symboliquement  le drapeau national(on aurait pu ajouter les autres compétions sportives de haut niveau) sans jamais au retour avoir quelques lauriers à exhiber(à l’exception notable de l’afrobasket), devrait inciter à réfléchir et à poser des actes majeurs pour renverser cette perspective et placer notre pays sur une rampe plus favorable de pays qui gagne et qui compte sur l’échiquier sportif international. De voir notre compatriote Astou NDOUR, snobée au Sénégal et  comme transfigurée par l’environnement  ibérique, emmenant les troupes espagnoles à l’assaut de nos lignes, ou Chérif Younouss SAMBA, le  sénégalo-qatari gagner des matches  au  beach-volley  ou encore, la belge d’origine sénégalaise, Nafissatou THIAM, trônant sur l’heptathlon olympique féminin ,  comme de nombreux autres sénégalais d’ici et d’ailleurs , connus ou méconnus, nous montre bien que, l’Homo senegalensis comme dirait SENGHOR,  n’est pas fait que pour de la figuration. Au demeurant, entre 2000 et 2003, sur plusieurs disciplines sportives, il a été prouvé que notre pays pouvait jouer un rôle important sur la scène sportive mondiale. Continuer de le faire, c’est tout le sens de l’olympiade de défis, d’imagination et d’actions innovantes qui nous interpelle  et exige de nous une réaction à la mesure des enjeux multiples.  Le General de GAULLE, placé dans la situation humiliante de l’après JO de Rome de  1960, avait su prendre les mesures nécessaires et poser les actes majeurs qui on révolutionné le sport français. Parce  qu’il y a des responsabilités et des actes qui relèvent exclusivement de ce haut niveau, dans le formatage et le renforcement de notre sentiment national, dans la construction d’un présent de bien-être, de dignité et de fierté. Il relève singulièrement  de ce niveau, de dégager  les  visions et de fixer les   orientations tout en veillant à l’allocation conséquente de ressources et de moyens pour conduire les politiques.
Quant au  bilan des JO de Rio 2016 dont la forme technique  est laissée aux dirigeants, d’une certaine façon, il  est  facile à faire pour nous citoyens supporters : Il est dans cet extraordinaire décalage entre les autres et nous, Il est dans ces enthousiasmes refoulés, ces joies ignorées, cette fierté non ressentie, ce triomphalisme exubérant  de l’adversaire qui fait baisser la tête, ce sentiment anesthésiant de ne pas être à la hauteur. Alors, c’est peut-être l’heure de l’introspection lucide, de l’évaluation honnête et franche. L’heure de la réflexion collective, de la mise en commun des ressources et des moyens, sans chercher à donner des bons ou des mauvais points .Même si, après 10 ans  de responsabilités, après avoir géré trois JO (Beijing 2008, Londres 2012 et Rio 2016),nos amis du CNOSS sont-ils les premiers interpelés, eux qui n’ont sans doute rien ménagé pour des résultats favorables. Alors, à l’heure fatidique, que faut-il faire ? Faut-il continuer toujours dans la même lancée ? Faut-il un  changement de cap, de démarches, de méthodes et de ressources ? Il reviendra au CNOSS de faire face à ce débat, ave le soutien de toute la communauté sportive. Il est vrai que certains observateurs avertis de chez nous, s’évertuent à nous dénier toute prétention de médaille aux Jeux Olympiques, compte tenu du niveau particulièrement élevé. Grave erreur. Je ne  parle  pas de l’Afrique du sud et des pays d’Afrique de l’Est mais notons la méritoire médaille du Nigéria en football , le retentissant titre olympique de la Côte d’Ivoire doublé d’une autre médaille de bronze ainsi que  la médaille d’argent du Niger pour constater que ça bouge et évolue dans notre zone. Or, pour le cas de ces deux derniers  pays avec lesquels nous partageons des standards d’identité, on peut sans conteste signaler que, sur un spectre sportif pluridisciplinaire,  notamment  aux jeux africains, ils sont   toujours  classés derrière notre pays. Il y a donc là aussi des choses à méditer.
 Au Sénégal , on  a toujours pu compter sur des dirigeants et encadreurs de grande  compétence et de remarquable talent. Ce qui a toujours fait défaut , c’est la vision dans la durée et les investissements dans la rationalité et la consistance ainsi que la disponibilité de moyens conséquents. Sous ce rapport du reste, on ne peut jamais manquer de rappeler combien la promesse du Chef de l’Etat de porter le budget du Ministère des Sports à  1% du budget national avait paru révolutionnaire à un point tel que, le Ministre Malick GAKOU, qui entrevoyait déjà  les formidables possibilités que ça dégageait, avait décliné son ambitieux ‘’plan Sénégal horizon 2022’’. A ce jour, cette promesse de 1% n’a pas connu de suite.
 Malgré tout,  des gestes  importants viennent d’être posés :
    1)Alors que pour les JO de Londres ,dans une grande capitale occidentale avec des standards élevés, la délégation sénégalaise beaucoup plus étoffée notamment avec l’équipe de football  n’avait qu’un budget de 400 millions, à Rio avec un effectif nettement moindre, l’Etat a dégagé 800 millions ; c’est un signe évident d’ouverture et d’attention à l’endroit des sportifs ;
 2) A l’occasion de la victoire à l’afro basket à Yaoundé, il a été décidé la construction d’un palais des sports à Diamniadio de 15 milliards dit-on ;
3) Il a été posé la première pierre de l’arène nationale de lutte d’un coût de 32 milliards. J’ai déjà indiqué ailleurs combien ce coût me paraît excessif. Le monde de la lutte ne devrait pas se tromper, il n’a besoin que d’une arène exclusivement dédiée à son sport, pas d’un complexe au prix énorme, ouvert à d’autres disciplines avec les problèmes de chevauchement de calendriers et de  programmation conflictuelle qui ne manqueront  pas de se poser inutilement et malencontreusement.
4) Décision récente de retourner le stade Assane DIOUF aux sportifs avec un investissement de 20 milliards (Félicitations aux Rebeussois pour la constance dans le combat et surtout nécessité de comprendre comment et pourquoi 20 milliards dans ce si petit stade).
  On constate ainsi pour s’en féliciter un effort de près de 67 milliards d’investissements en équipements sur environ deux ans dans notre pays, au profit du sport. Sans doute chacun a-t-il son opinion sur la question, comme nous sommes un pays d’idées  et de liberté. Pour ma part, pour un montant aussi important et qui pouvait changer fondamentalement et radicalement la face du sport sénégalais, je persiste et signe que les choix ne sont pas rationnels et efficaces et que, s’il n’est pas définitivement trop tard, d’importants correctifs peuvent et doivent être apportés notamment en prenant en compte :
•    La nécessaire reprise et réfection globale du stade Léopold S SENGHOR, notre principal fleuron qui  est dans une phase de décrépitude avec plus de 30 ans d’âge, en rappelant du reste que tous  les plus  grands événements sportifs internationaux s’y déroulent. Comme les grands événements  sociopolitiques du reste. Ce stade faut-il le rappeler, n’a connu que quelques rafistolages à hauteur de quelques centaines de millions, loin de la grande cure de jouvence dont il a tellement  besoin pour l’intérêt de notre pays et des sportifs. Pour avoir pris la direction de ce stade dans la période charnière de la rupture des relations diplomatiques entre la Chine et le Sénégal en 1994, entrainant le retrait de la mission technique chinoise, je puis aisément mesurer la situation ;
•    Dans le cadre de l’élargissement de la base de la pyramide sportive, il s’impose plus que jamais, d’accompagner le renouveau sportif notamment avec le basket, le hand et les sports de combat, en érigeant des salles polyvalentes fonctionnelles dans les capitales régionales comme Louga, Saint-Louis, Kaolack ,Ziguinchor. Ainsi, au lieu de mettre un palais des sports de 15 milliards à Diamniadio, la moitié devrait aller aux régions et l’autre moitié pour la salle de Diamniadio. Il ne sert à rien de faire un seul investissement massif alors que le reste ne suit pas dans le cadre d’une pratique sportive élargie et décentralisée selon la pyramide coubertinienne. Sur cette question des installations et équipements sportifs dans notre pays, il serait hautement indiqué que nos compatriotes, hommes de l’art, singulièrement les Architectes, prennent part au débat pour ‘’redimensionner techniquement les choses’’(en nous indiquant notamment les coûts raisonnables pour ériger différents types d’infrastructures et  notamment des salles polyvalentes dans les régions, capables d’abriter des événements officiels ainsi que sur d’autres éléments liés aux équipements sportifs ;
•    La nécessité de disposer d’un point de base d’application de notre politique sportive de haut niveau, en équipant et modernisant notre CNEPS de Thiès qui, mis dans les conditions optimales, pourrait, toutes proportions gardées, jouer le même rôle que joue l’INSEP dans le sport de haut niveau français ou d’autres centres similaires en Europe, en Asie et aux Etats-Unis d’Amérique. Il s’agirait d’implanter dans cet établissement qui a de grandes traditions dans la préparation et la formation sportive, les principales filières validées dans les sports de haut niveau pour notre pays. Ainsi, en football, basket, lutte, hand, athlétisme, karaté, taekwondo, judo…. on mettrait en place tout l’environnement matériel, technique, médico-social et autres  qui, ailleurs, aide à faire la différence. En somme, tout ce qui aide Astou Ndour, ignorée et méconnue à Dakar, émigrée sous le climat ibérique, à prendre du relief et à dominer nos joueuses. Tout ce qui fait de Nafissatou THIAM la belge, une championne incontestée. Tout ce qui aide  Chérif Younouss SAMBA, après la galère sénégalo-sénégalaise, à trouver la voie chez les qataris.
Au moment où la décision est prise de la programmation du karaté pour les JO de Tokyo 2020, je ne peux manquer de repenser au parcours et au palmarès élogieux de cette discipline dans les années 2000/2010 qui nous aurait probablement valu médaille à ce niveau tout comme le taekwondo. Karaté, taekwondo, lutte, athlétisme et football sont sans doute des disciplines qui, soutenues et appuyées comme il se doit, pourraient bien valoir quelque chose à notre pays.
Au moment où, dirigeants politiques investis de l’autorité et des moyens de l’Etat ,administration, CNOSS ,fédérations, dirigeants, techniciens et sportifs sont tous interpelés, face aux contreperformances nombreuses et diverses auxquelles, il convient d’apporter remède, j’ai voulu esquisser ici quelques éléments de contribution au nécessaire débat, pour comprendre comment assurer et préserver les intérêts supérieurs de notre pays dans ce secteur des sports. Comme le note Paul E. OHL : « les athlètes olympiens et autres  feront dorénavant partie des budgets nationaux, des priorités nationales, des fluctuations des politiques étrangères. Ils seront l’alternative des bataillons d’infanterie, des batteries d’artillerie et des escadrons de  blindés. Ils seront investis d’une part de l’idéologie d’une nation et doivent s’inscrire comme volontaires des mouvements de propagande nationale ».
Alors, tous ensemble, au sursaut à tous les niveaux !
Car, comme nos vaillants DIAMBAARS que nos sportifs ainsi  suppléent  désormais: « On nous tue on ne nous déshonore pas ».


Très sportivement
Dakar, le 21 août  2016
Adama THIAM
Ancien Conseiller  à la Primature
Ancien Directeur de Cabinet au Ministère des Sports
Ancien Directeur de cabinet au Ministère de la Jeunesse et des Sports
Ancien Directeur de la Haute Compétition
stambabil@yahoo.fr
Dimanche 21 Août 2016
Dakaractu




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