Iran - Arabie saoudite : Téhéran accuse Ryad de "bloquer le chemin" vers la Mecque

Un an après la bousculade qui avait fait 2.300 morts, l’Ayatollah Khamenei appelle à une autre gestion des lieux saints, sans quoi "le monde musulman sera confronté à des problèmes plus grands".


Le guide suprême de la révolution iranienne, Ali Khamenei, défie l’Arabie saoudite à une semaine du hadj, le grand pèlerinage à la Mecque dont seront privés les Iraniens. L’Ayatollah accuse sans ambages, lundi 5 septembre, ses dirigeants en qualifiant "leur nature" d’'"irrévérencieuse, non croyante et dépendante". Il appelle également les musulmans à "réfléchir sérieusement à la gestion des lieux saints. Sinon le monde musulman sera confronté à des problèmes plus grands".

Derrière cette menace, Khamenei critique surtout le fait que les Iraniens ne pourront pas effectuer leur pèlerinage à la Mecque cette année alors qu’ils étaient 60.000 l’an dernier. "Les dirigeants saoudiens qui ont bloqué le chemin du hadj aux fidèles iraniens sont des égarés honteux qui voient la continuation de leur pouvoir oppressif dans [...] l'alliance avec le sionisme et les Etats-Unis et ne renoncent à aucune trahison sur ce chemin", fustige l’Ayatollah.

Une gigantesque bousculade

Cette décision, prise par l’Iran en mai dernier, est une réponse aux incidents qui ont fait 2.300 morts, dont 464 Iraniens l’an dernier après une gigantesque bousculade lors de la fête de l’Aïd Al-Adha le 24 septembre 2015. La catastrophe s’était produite aux abords d’un pont étroit qui relie deux falaises sur lequel les pèlerins doivent passer pour jeter des pierres sur une stèle représentant le diable.

Les deux puissances régionales ont tenté ensuite de trouver une solution pour éviter que cette catastrophe se reproduise, en vain.

"Après deux séries de négociations sans résultats à cause des entraves des Saoudiens, les pèlerins iraniens ne pourront malheureusement pas effectuer le hadj", a déclaré en mai le ministre iranien de la Culture et de l’Orientation islamique, Ali Janati.

Le président de l'Organisation iranienne du hadj, Saïd Ohadi, affirme, pour sa part, que Ryad a également refusé de "donner l'autorisation aux compagnies aériennes iraniennes d'aller en Arabie saoudite" pour transporter les pèlerins.

"Une pression supplémentaire"

Cela fait trois décennies que l’Iran n’a pas été privé d’accès au pèlerinage à la Mecque. Preuve que les relations irano-saoudiennes ne s’améliorent pas, au contraire. "C’est une manière pour Khamenei de mettre une pression supplémentaire compte tenu des tensions entre les deux pays", explique à "l'Obs" Thierry Coville, chercheur à l’Iris, spécialiste de l’Iran :

"La branche forte de l’Iran, dont fait partie Khamenei, mène une politique agressive pour équilibrer les concessions de Rohani, sur l’accord nucléairenotamment."

L’Arabie saoudite n’entretient plus de relations avec l’Irandepuis l’attaque de son ambassade à Téhéran le 2 janvier dernier par des manifestants iraniens, en signe de contestation contre l’exécution de l’imam chiite saoudien Nimr Baqr al-Nimr. La rupture paralyse une région en proie à de nombreux conflits, la privant de négociations pourtant indispensables. Cette léthargie agit sur le hadj, certes, mais également et surtout sur la situation en Syrie, au Yémen et en Irak, où les bilans des différents conflits continuent de s’aggraver.

Nouvel Observateur 
Vendredi 9 Septembre 2016
Dakaractu



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