Il s'est fait passer pour un musulman pendant trois ans : "Je comprends les départs"

Pendant trois ans, le journaliste néerlandais Maarten Zeegers a mené une double vie. Il a choisi de se faire passer pour un musulman dans le quartier difficile de Transvaal, situé à La Haye aux Pays-Bas. L'homme a été très loin, tellement loin qu'il lui arrivait de réciter le Coran sous la douche. Son témoignage est à lire dans un livre sorti la semaine dernière : "Ik was een van hen" ("J'étais l'un deux"). Les conclusions de Maarten Zeegers sont éloquentes : "Je comprends pourquoi des jeunes partent en Syrie."


Il s'est fait passer pour un musulman pendant trois ans : "Je comprends les départs"


Maarten Zeegers a étudié l'arabe en Syrie et est journaliste pour le Volkskrant et NRC Handelsblad. Pour des raisons financières, il s'est installé à Transvaal à La Haye, un quartier où 90% de la population est d'origine étrangère, dont 75% de musulmans. 

Zeegers a été directement intrigué par son nouvel environnement. L'accueil n'a pas été des plus chaleureux. En tant que journaliste et non-croyant, il a dû affronter les regards. Etait-il un espion? Faisait-il partie des services de renseignement? Dans une mosquée, on lui a même demandé la raison de sa présence. "Qu'est-ce que tu viens faie ici?"

Zeegers s'est alors rendu compte que c'était à lui de s'intégrer dans ce quartier particulier. Il a compris que pour les comprendre, il devait devenir comme eux. Et c'est ce qu'il a fait pendant trois ans.

L'homme ne veut pas parler de conversion à l'islam, mais il a mené la même vie qu'eux. Il se levait pour la prière à 5h du matin, il mangeait halal, apprenait le Coran, ... Il a également laissé pousser sa barbe.

"Comme à Molenbeek"
Peu à peu, il a réussi à gagner la confiance de la communauté. Sa nouvelle identité lui a permis de découvrir un monde auquel il n'avait pas accès. "Comme à Molenbeek, des dizaines de personnes sont parties en Syrie", raconte-t-il sur Radio 1. "Mon voisin y a perdu la vie après être parti avec sa femme et ses enfants. Ces gars-là ont leurs propres idées, leurs rêves, leurs notions du bien et du mal. Ils sont évidemment motivés par la religion mais aussi par la dimension humaine. Ils cherchent avant tout l'aventure et ils pensent pouvoir la trouver en Syrie et en Irak."

"C'est forcément beaucoup plus facile quand les choses vont mal aux Pays-Bas. Pas d'emploi, des dettes, un passé dans le monde de la drogue, des délits, ... Si en plus, vous avez une motivation religieuse - quand vous mourrez sur place, vous allez au paradis et tous vos péchés sont lavés - le choix est encore plus facile à faire. Je comprends vraiment ces gens-là. Et peut-être... Si j'avais été vraiment musulman, j'aurais peut-être fait le même choix."

"Nous avons créé des ghettos"
A Transvaal, Zeegers a beaucoup appris. "C'est très choquant de constater qu'il y a une ségrégation totale au niveau économique et social. Cela crée une île de personnes qui sont exclues de la sociétés et qui construisent leur propre monde parallèle."

"Nous avons tout simplement créé des ghettos partout en Europe et je pense que si vous voulons éloigner ces personnes de ces idées, nous devons leur donner le sentiment de faire partie de notre société. Ce qui se passe actuellement, c'est que les gens se replient sur leur propre communauté et s'eloignent de la société. Le djihad ou les émeutes, ce ne sont que des symptômes de ce phénomène."

Aujourd'hui, Maarten Zeegers a déménagé dans un endroit tenu secret pour éviter les représailles. "Je trouve cela dommage d'avoir dû mentir", confie-t-il à De Morgen. "Mais je n'ai pas de regrets. Sinon je n'aurais pas publié ce livre. Si je n'avais pas voulu le faire, je ne l'aurais pas fait."
Samedi 30 Avril 2016
Dakaractu




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