Il faut dissoudre Benno Bokk Yakaar pour freiner la déchéance politique sénégalaise.

Senghor ne voulait pas d’un vrai multipartisme. Il considérait que la liberté absolue de participer à la conquête du pouvoir à travers un suffrage universel n’était pas adaptée pour le Sénégal. Il avait donc opté pour la limitation des partis politiques. Ce qui est contraire au fonctionnement d’un régime démocratique. Abdou Diouf est passé outre en instaurant un vrai multipartisme. Mais cet acquis risque de s’étioler si la coalition Benno Bokk Yakaar (BBY) n’est pas dissoute à temps.


Il faut dissoudre Benno Bokk Yakaar pour freiner la déchéance politique sénégalaise.
En matière de démocratie, BBY ne fait pas avancer le schmilblick
BBY compromet le multipartisme nécessaire au jeu démocratique. L’effectivité du suffrage universel dans un régime démocratique suppose une diversité dans la représentation populaire. Par conséquent la pluralité des partis politiques  est nécessaire au bon fonctionnement de la démocratie. Les coalitions de partis politiques ne doivent pas aboutir à la conséquence malencontreuse d’un monopartisme ou d’un bipartisme de fait. BBY est malheureusement sur cette pente. Quand plusieurs partis se regroupent autour du régime en place pour gouverner, il y a un risque de retour à l’oligarchie, régime dans lequel  un petit nombre garde jalousement les rênes du pouvoir. L’oligarchie n’est pas si différente de la monarchie. Sauf qu’en lieu et place de la famille du roi, il y a le cercle des coalisés. Il y a un risque réel avec BBY que le multipartisme, acquis important de la démocratie sénégalaise, soit escamoté. C’est le pluralisme des opinions et des programmes politiques et  socioéconomiques  qui fait de la démocratie un facteur de développement. Avec la tendance BBY les courants d’opinions se fondent ou se clonent sur un seul model. Elle encourage la démagogie, dans la mesure où ce projet politique unitaire et superficiel trépasse à la veille de chaque élection, pour laisser la place à la compétition.


BBY encourage la démagogie, la transhumance et la politique alimentaire
Les coalitions de circonstance favorisent la démagogie quand elles durent. Chacun fait semblant de soutenir l’élu, en avalant sans grincher des dents ses sautes d’humeur ou humiliations. Lorsque les élections municipales, législatives ou présidentielles approchent, ils trouveront le prétexte pour sortir de la coalition. Non pas parce qu’ils ne s’entendent plus avec le camp du Président élu (ils n’ont jamais été avec lui en réalité), mais parce qu’ils se préparent à lui arracher tout le gâteau. 
Maintenir une coalition artificielle et circonstancielle de partis politiques, ébrèche l’acquis démocratique du Sénégal.  Il faut être écervelé pour croire que Macky Sall ; Idrissa Seck, Moustapha Niass et Landing Savané défendent les mêmes convictions et intérêts politiques.
Comment donner du crédit à un Demba Dia qui a le génie d’échauder ses positions au profit de ses ennemis d’hier, à chaque fois que ceux-ci, aujourd’hui au pouvoir, lui tendent la main ? De telles pirouettes politiques sont indécentes et n’honorent pas notre démocratie.
Des politiciens ou politicards éhontés, qui n’hésitent pas une seconde à tourner leurs vestes pour  se faire embecquer avec l’argent du contribuable, banalisent la politique alimentaire et ternissent l’image de la démocratie sénégalaise. Alors que le peuple crédule fait confiance à ces élites, ceux-là s’embusquent derrière le Président élu pour goûter au pouvoir ou ramasser ses miettes sans aucune vergogne.
Des députés qui animaient tristement l’assemblée nationale par d’infantiles échauffourées et invectives, se retrouvent aujourd’hui coalisés. Des pseudos messies politiques aux élucubrations théâtrales, bernent le peuple avec des convictions qui évoluent en dents de scie d’une année à l’autre.
Des militants de causes jugées amorales dans notre pays, comme l’homosexualité, appuient sur le bouton « pause » pour mettre en standby leurs convictions, le temps d’un mandat ministériel.
Un retour factuel au monopartisme ou au bipartisme aurait la fâcheuse conséquence d’écimer les piliers de notre République. L’efflorescence des partis politiques devrait servir la démocratie, et non la massacrer.  
 
BBY, un opium pour le débat politique
De jeunes apprentis politiciens glandouilleurs, rongés par le chômage, incitent leurs mentors à transhumer ou à coaliser avec le régime en place pour devenir ministre, chef d’une agence nationale ou  PDG d’une société d’Etat. Ainsi ils pourront bénéficier du clientélisme et sortir de leur torpeur et de leur impécuniosité. Le racolage politicien devient un métier pour eux, une réponse à leur chômage endémique.
Un hémicycle bondé de députés au mandat obséquieux, des macchabées moins dynamiques qu’une marionnette quand il s’agit de proposer ou d’amender des lois, mais plus loquaces qu’un perroquet colombien quand il s’agit d’insulter, de se chamailler, d’applaudir ou de tenir les murs, est une honte pour notre pays longtemps cité comme model de démocratie en Afrique.
 Ceux qui n’ont pas de poste passent leur temps à morfondre un prochain remaniement ministériel pour espérer une promotion. Ceux qui ont un poste non mérité, font le chou gras de marabouts et autres charlatans à qui ils versent des millions de francs pour survivre à chaque conseil des ministres. Servir la République est le cadet de leurs soucis.  
En contrepartie de passe-droits, des nano-partis politiques acceptent d’être phagocytés par le parti au pouvoir. Toute critique d’un coalisé à l’égard du gouvernement sera considérée comme séditieuse, et son auteur sera invité à se ranger derrière la ligne dressée par le président élu. Quand la menace de perdre son poste pèse sur la tête de la brebis égarée, celle-ci est prête à la génuflexion devant le président de la République pour ne pas perdre ses avantages. C’est répugnant !
Le tonitruant député Me El Hadj Diouf s’est vu taxé de perturbateur, parce qu’il ose dire ce qu’il pense et refuse d’être un « mouton parlementaire ». Pourtant il devrait inspirer pas mal de pantins dont le comportement politique accélère la déchéance de notre modèle démocratique.

Aliou TALL,
Président du RADUCC
(Réseau Africain de Défense des Usagers, des Consommateurs et du Citoyen)
Mercredi 30 Octobre 2013
Dakaractu




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