Ibrahima Sène, le père de Léna Sène, dit sa part de vérité


Ibrahima Sène, le père de Léna Sène, dit sa part de vérité
Question : A un mois des élections présidentielles, qu’elle est la situation du Sénégal ?

Réponse :

Au plan économique et social, le rapport de l’Agence Nationale de la Statistique et de la Démographie (ANSD) indique que la crise, sur tous les plans, s’est approfondie en 2011.

En effet, le taux d’inflation se situe à 3,4%, contre 3% de norme UEMOA, les produits alimentaires ont augmenté de 5%, dont celui du riz, de 10,7%. L’emploi a globalement baissé de 0,4%, dont l’industrie de 6,7% et les services de 2,4%, aggravant la tendance à la hausse du taux de chômage qui est passé de 5,6% en 2005 à plus de 10% en 2010.

Au plan budgétaire, le déficit est passé de 333,7 milliards en 2010 à 429,8 milliards en 2011, tandis que le déficit commercial de 131 milliards en 2010 est arrivé à 184,6 milliards en 2011.

L’inflation, l’aggravation des déficits budgétaire et commercial, et l’aggravation de la tendance lourde du chômage à la hausse, sont les véritables performances macroéconomiques et sociales des onze années de règne de Wade.

Quand aux investissements dans le secteur routier dont se vente le Chef de l’Etat, l’état des routes au Sénégal ne les reflète pas.

C’est ainsi que les rapports de l’ANSD sur la Situation économique et sociale du Sénégal pour 2005 et 2010, montrent que le taux de dégradation des routes goudronnées est passé de 41,6% à 45,4% et celle des pistes de production, de 32% en 2006 à 64,9% en 2010.

La dégradation de nos routes, avec ses conséquences désastreuses sur l’évacuation des productions des zones rurales, le transport des marchandises vers l’intérieur du pays, et sur la sécurité des populations, a été donc, sous Wade, le prix payé par notre peuple, durant la période, à sa politique d’infrastructures de prestige essentiellement centrées sur Dakar.

A cette crise économique et sociale qui préoccupe au premier plan tous ceux qui espèrent voir le bout du tunnel avec une nouvelle alternance en 2012, le Chef de l’Etat y a ajouté une crise politique artificielle en bloquant toute perspective à sa succession démocratique.

C’est ainsi qu’il a cherché, par des artifices divers, à se faire succéder par son fils. Mais devant l’échec de toutes ses tentatives, il s’est résolu à confisquer le pouvoir en présentant sa candidature à un 3ème mandat, auquel la constitution ne lui reconnait pas le droit, tout en verrouillant le processus électoral pour se faire déclarer victorieux dés le 1er tour des élections du 26 Février, avec l’assurance d’être confirmé par le Conseil Constitutionnel, qui vient de violer allègrement la Constitution en validant sa candidature le 27 Janvier 2012.


Question : Qu’elle a été la réaction de l’opposition face à cette crise artificielle ?

Réponse :

L’opposition politique a su admirablement s’associer avec les forces de la Société civile qui sont, autant qu’elle, soucieuses des conséquences négatives de cette crise artificielle sur notre République et notre Démocratie, pour créer le Mouvement du 23 Juin (M23), au nom de ce jour historique, quand les forces vives de la Nation se sont soulevées pour se rassembler devant l’Assemblée nationale, afin d’ empêcher l’adoption d’un projet de loi par lequel Wade voulait légaliser sa volonté de se faire succéder par son fils.

Depuis lors, le M23 a su organiser de puissantes mobilisations autour du mot d’ordre « touche pas ma constitution », devant les grilles de l’Assemblée nationale, et, à la place de l’Obélisque, au tour de « Non à la candidature de Wade à un 3ème mandat ».

Le succès populaire de ces mobilisations, et leurs échos profonds dans notre sous région et chez les partenaires économiques du Sénégal, a grandement isolé le Chef de l’Etat dans sa tentative d’imposer cette candidature.

Sa validation, par le Conseil Constitutionnel le 27 Janvier, a suscité une telle levée de masse, que le pouvoir a cherché, en vain, à étouffer par la répression aveugle qui a déjà occasionné cinq morts, dont un parmi les forces de l’ordre.

Question : A 4 jours de l’ouverture de la campagne électorale, comment pouvez vous espérer garder cette dynamique unitaire et combative pour empêcher Wade de participer aux élections du 26 Février prochain ?

Réponse :

Après la grande mobilisation du 31 janvier pour rejeter la décision du Conseil Constitutionnel validant la candidature de Wade, le M23 a maintenant la légitimité d’exiger le départ de Wade pour l’empêcher de participer à ces élections.

En effet, suite aux mots d’ordre de « touche pas à ma constitution », et de « non à la candidature de Wade », un nouveau mot d’ordre, le « départ de Wade » s’est imposé à travers les vastes mobilisations populaires qui se sont succédées.

Ce nouveau mot d’ordre est aujourd’hui porté, au-delà des composantes du M23, par des forces économiques, sociales et religieuses de plus en plus nombreuses.

Cette nouvelle situation, à quelques jours de l’ouverture de la campagne électorale, éclaire toute la pertinence de la recherche d’une candidature unique autour d’un programme commun, en mesure de soulever les masses, derrière ce nouveau mot d’ordre, pour mettre en échec le projet de holdup up électoral que mijotait Wade à la vue de tout le monde.

Mais cela n’a pas pu se produire à cause de la prégnance de l’électoralisme et des appétits pouvoiristes qui gangrènent notre société dans toutes ses composantes.

L’illusion de pouvoir se positionner au second tour des élections présidentielles, l’a emporté sur l’analyse froide des conséquences politiques du projet de hold up électoral de Wade. D’où la multiplicité des coalitions et des candidatures indépendantes que nous avons maintenant.

Cependant, malgré cette dispersion des forces dans la course pour conquérir l’électorat, une prise de conscience s’est fait jour quand à la nécessité de s’unir pour faire partir Wade.

En effet, il est aujourd’hui devenu plus évident, que la crise politique artificielle, que Wade a ajoutée à la crise économique et sociale, est comme un kyste sur le corps social sénégalais, qu’il n’est possible d’extirper que de façon chirurgicale, en le faisant partir, pour l’empêcher de participer aux élections, afin d’éviter que le corps social sénégalais ne gangrène à travers la mise en œuvre de son coup de force électoral.

D’où les propos contradictoires, enregistrés de part et d’autre, quand à la nécessité de boycotter les élections.

Mais le boycott, dans le contexte actuel de la bataille d’opinions pour le départ de Wade, va enlever aux candidats et au M23, l’opportunité d’accéder à la RTS et au Quotidien le Soleil, pour amplifier leur campagne pour le départ de Wade, déjà largement relayée par la presse privée.

Ce serait donc une erreur stratégique fatale, qui permettrait à Wade de continuer de jouir du monopole exclusif des médias publics pour continuer sa propagande contre le M23, et perpétuer son coup de force électoral.

Donc, transformer la campagne électorale en une campagne pour le départ de Wade, est la seule perspective de salut public, qui serait d’autant plus efficace et conforme aux traditions établies de lutte du M23, si elle se faisait en commun durant toute la période, à la place d’une quête individuelle du suffrage des électeurs.

D’où la nécessité d’un accord politique fort entre les candidats dans le cadre du M23, pour marcher séparément et frapper ensemble, comme cela s’était produit le 31 Janvier à la place de l’Obélisque.

Cet accord politique devrait être, non pas seulement une tactique de campagne électorale pour empêcher Wade de participer aux élections, mais aussi, et fondamentalement, une réponse politique à la crise de la succession de Wade au pouvoir.

C’est cette réponse politique que la candidature unique aurait pu apporter, mais il n’est pas impossible, ni trop tard pour apporter une réponse politique commune à cette crise politique, pour créer les conditions de tenue d’élections transparentes, afin que chaque candidat, selon sa vision, puisse soumettre au suffrage du peuple, son projet des solutions à la crise économique et sociale qui sévit dans notre pays.

Donc, extirper ce kyste est devenu un préalable à la création de conditions de tenue d’élections transparentes et crédibles pour trancher définitivement la question de la succession démocratique de Wade à la Présidence de la République, et mettre fin à la crise politique artificielle qu’il a créée de toute pièce pour perpétuer son régime.

Sans cette réponse politique, il serait illusoire de penser pouvoir empêcher Wade de participer aux élections et de se proclamer vainqueur au soir du 26 janvier, avec toutes les conséquences négatives inimaginables sur la paix civile et la stabilité dans le pays et dans la sous région, du fait de la remise en cause des acquis démocratiques du peuple sénégalais, la régression économique et sociale que cela va engendrer, et l’ampleur des violences qui vont immanquablement les accompagner.

C’est précisément pour ces conséquences désastreuses que La France, au nom des intérêts de ses entreprises et la sécurité de ses ressortissants, et les Etats Unis, au nom de ses intérêts stratégiques dans la sous région du Golf de Guinée, ne peuvent pas être indifférents vis-à-vis de la crise politique artificielle que Wade a imposée à notre peuple, et des perspectives d’en sortir.

C’est à l’aune de ces considérations qu’il faudrait analyser leurs exigences du départ de Wade à l’occasion des élections présidentielles du 26 Février 2012, qui coïncident avec celles des forces vives de la Nation, même si les motivations des uns et des autres sont différentes, voir contradictoires.

Ibrahima SENE PIT / SENEGAL

Fait à Dakar le 2 Janvier 2012.
Samedi 4 Février 2012




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