Ibrahima Diagne, coordinateur de l'UCG : « Nous voulons hisser fortement les taux d’accès aux services de propreté de nos communes »

Pour être en cohérence avec la vision du chef de l’état, Macky SALL, l’Ucg a impulsé une nouvelle dynamique déclinée la semaine dernière au cours d’un atelier sur les réformes. Celles ci entrent en droite ligne du PSE et des objectifs qui sous tendent l’acte 3 de la décentralisation. Le coordinateur Ibrahima DIAGNE, définit ici la feuille de route et scrute l’horizon avec optimisme et détermination.


L’Unité de Coordination de la Gestion des déchets solides (UCG) a  organisé un atelier sur les réformes du secteur. Pourquoi ces réformes ?
Effectivement, la semaine passée, nous avons organisé la première réunion du comité technique chargée d’accompagner l’Ucg et les réformes du secteur. On a voulu que cela soit dans une démarche participative. Raison pour laquelle par arrêté du ministre de la Gouvernance locale, du Développement et de l’aménagement du territoire, un comité technique a été mis en place composé de plus de 25 membres. Donc, il y a un représentant de la Présidence, de la Primature, du Conseil économique social et environnemental (Cese), de l’Assemblée nationale et des différents ministères sectoriels que sont Environnement, Finances, Santé, Industries, Assainissement entre autres.  Mais aussi, les élus locaux, la société civile, les consommateurs et les directions concernés au sein des ministères. Ce comité technique a pour objectif d’appuyer l’Ucg en prenant connaissance des documents portant réformes et de donner leurs appréciations en vue d’une pré-validation avant que ces documents ne puissent être portés à l’attention du gouvernement. Il faut insister sur le fait que c’est sur demande express du Président de la République, Macky Sall qui, lors d’un Conseil des ministres au mois de mai 2012, avait donné pour instruction d’engager la réflexion pour proposer un système de management municipal de la gestion des déchets. Pour nous, on devait s’engager sur un processus de planification stratégique  pour déterminer la stratégie nationale de gestion des déchets, mais aussi travailler pour la mise en place d’une organisation appropriée pour pouvoir mettre en œuvre cette stratégie.
Quelle est la stratégie mise en place à cet effet ?
On a voulu qu’elle se fasse selon une démarche participative et inclusive. Il fallait rencontrer toutes les parties prenantes, les écouter, échanger avec elles pour identifier les soubassements de cette stratégie. Au total sur tout le processus, nous avons eu à rencontrer de plus de 6000 acteurs à travers des comités régionaux de développement qui sont au nombre de 14. Nous avons fait des entretiens aussi avec les différentes composantes que sont l’Association des maires du Sénégal (Ams), les présidents des conseils régionaux, les acteurs à la base et les travailleurs du nettoiement que sont les charretiers. Au bout de ce processus, un Conseil interministériel avait été tenu pour pré-valider les grandes orientations. L’objectif à la base était de pouvoir proposer une stratégie consensuelle qui puisse prendre en charge les attentes et les orientations de l’ensemble des parties prenantes. De cette stratégie, il est ressorti la nécessité de changer de paradigme c’est-à-dire changer la façon de percevoir le secteur.  En résumé, il faut passer de gestion des déchets à économie des déchets. Il était important au delà de l’aspect environnemental, c’est-à-dire, vous cherchez juste à satisfaire la demande sociale en matière de propreté, il fallait aussi que cela soit inscrit dans l’objectif de créer des emplois et de créer des richesses. Ce sont les trois objectifs majeurs de la stratégie. Il faut aussi le secteur de l’environnement dans lequel nous intervenons puisse être un environnement apaisé et encadré. Raison pour laquelle, on a senti qu’il était nécessaire d’avoir un cadre législatif, réglementaire, institutionnel, financier approprié. Il fallait revoir les choses à la base. Car, le dernier décret qui réglemente la gestion des déchets solides date de 1974 alors que quand on parle de déchets, c’est intimement lié  à la consommation. 40 ans après, les modes de consommation et les modes de vie ont beaucoup évolué. Donc, les types de déchets aussi ont beaucoup évolué. Cela veut dire que tous les nouveaux types de déchets ne sont pas suffisamment pris en charge par le décret qui réglemente la gestion des déchets, de même qu’aussi nos modes de gestion et nos modes de vie. Il était impératif de mettre à jour ce décret  et aussi pour qu’une fois le Sénégal ait une loi spécifique sur la gestion des déchets parce qu’on a beaucoup de lois où on peut faire référence. Sur la question de la responsabilité en matière des déchets, on peut aller voir le Code des collectivités locales ou le Code de l’environnement et sur les questions d’hygiène, il y a le code de l’hygiène. Par contre, on n’avait pas un cadre unifié qui prend en charge toutes les spécificités du secteur. C’est pour cela qu’on a senti la nécessité d’aller vers ce cadre unifié qui permet quand même de pouvoir réglementer à suffisance le secteur. C’est pour cela que nous avons eu à travailler pendant ces deux dernières années sur la stratégie nationale de gestions intégrées et durables des déchets qui encadrent l’orientation nationale, mais aussi qui posent les bases d’une gestion locale des déchets. Egalement, nous avons travaillé sur une loi relative à la gestion intégrée et durable des déchets. Aussi avons-nous travaillé sur des projets de décrets qui vont réglementer la gestion des déchets solides municipaux. Ce sont tous ces documents disponibles qu’il fallait soumettre pendant ces 48 heures au comité technique à l’effet de pouvoir donner leurs appréciations mais surtout de les pré-valider de ce qui a été fait. Ce qui nous permet aujourd’hui de lancer la deuxième phase du processus. C’est-à-dire de pouvoir les soumettre au Président de la République.
 
« D’ici 2020, on projette d’avoir un taux d’accès de  90%  dans les communes de Dakar »
 
Quelles sont les retombées de la stratégie ?
La stratégie est planifiée avec une échéance d’ici 2020. L’objectif est d’améliorer le cadre de vie par l’augmentation des taux d’accès aux services de propreté. A Dakar où on a un meilleur accès aux services, on est à des taux d’accès inférieurs qui tournent autour de 75%. C’est assez hétérogène dans la région. A Guédiawaye, on n’en est pas loin. Par contre à Pikine, cela baisse vers les 56 et 60%. A Rufisque, c’est moins de 50% parce qu’il y a toute la zone rurale qui est sous collectée. Ce qui fait que nous nous sommes fixés un certain nombre d’objectifs à travers la stratégie pour hisser ce taux d’accès pour que d’ici 2020, les communes de la région de Dakar puissent dépasser les taux de 90%. Ce sont des indicateurs qui vont permettre de suivre la mise en œuvre de la stratégie. Par contre, dans les autres communes des 13 autres régions, on est à des taux d’accès inférieurs à 15%. Avec les communes qui bénéficient du premier financement de la Banque islamique de développement (Bid), d’ici 2017, on va atteindre un taux d’accès de 75%. Car, il est prévu dans le programme de construire des infrastructures, d’acheter de la logistique. Dans certaines communes où il n’y a aucun dispositif de prise en charge de la propreté, on projette d’atteindre les 50%. En termes de création de richesse, le taux de valorisation est très faible. Il y a moins de 1% des déchets qui sont valorisés. Nous ambitionnons de porter le taux à plus de 70% des déchets. Avec les villes qui bénéficient du financement de la Bid à partir de 2017-2018, une fois que les infrastructures seront disponibles, nous seront en mesure d’atteindre les 75% et progressivement les rehausser. Le programme prioritaire de propreté qu’on a mis en œuvre dans les régions ces deux dernières années, a permis de créer au moins 1000 emplois. On pourra, grâce à cette stratégie, l’élargir dans toutes les localités. Elle participe aussi dans la professionnalisation de certains métiers informels de ce secteur. Nous avons un projet qui permet de les restructurer, de les renforcer, de leur donner plus d’outils pour permettre aux travailleurs informels d’être de vrais entrepreneurs qui s’inscrivent dans tout ce qui est emploi vert et surtout décent. Dans nos infrastructures, on va mettre des points de regroupement normalisés dans les quartiers. Ce qui permettrait de créer entre 15 et 20 emplois. Déjà, nous allons en mettre d’ici à la fin de l’année une cinquantaine. Au niveau des centres intégrés de valorisation de déchets, chaque centre a un potentiel de plus de 300 emplois. La stratégie matérialise la vision du président de la République par rapport à l’acte 3 de la décentralisation à partir duquel on peut construire des territoires compétitifs, viables et porteurs de développement durable. La base de la compétitivité d’un territoire, c’est la propreté. Cette stratégie est en parfaite cohérence avec l’acte III de la décentralisation. Elle va permettre aussi d’avoir des territoires émergents qui impliquent un cadre de vie propre. C’est une contribution manifeste pour l’émergence.
« …Saluer l’engagement et rendre hommage  à notre ministre de tutelle, Abdoulaye Diouf SARR, qui a mis en œuvre la vision du Président de la République.  Il s’investit et mobilise ses autres collègues ministres … »
Aujourd’hui Dakar est propre. Comment assurer la pérennisation des acquis ?
Pérenniser la propreté de Dakar, c’est mettre en place un cadre de performance différent de ceux qui gèrent la propreté. Donc, c’est aujourd’hui le pacte de stabilité que nous avons finalisé avec l’ensemble des syndicats qui engagent tout le monde sur la propreté. Cela veut dire qu’il y a un engagement collectif des acteurs pour la propreté. Je trouve que c’est un acte fort qui vise la pérennisation des acquis. L’autre orientation est la responsabilisation des populations à la base.  Nettoyer, c’est bien mais ne pas salir, c’est encore mieux. Aujourd’hui, on considère que si on sensibilise à suffisance, qu’on adopte de comportements responsables, cela peut offrir un cadre de participation à l’effet de propreté et en cela nous avons lancé un processus qui vise à promouvoir «les quartiers zéro déchet». Il permet d’encadrer des projets de quartier. C’est-à-dire au niveau de ces derniers, tous les acteurs réunis autour du délégué de quartier, les femmes et les jeunes vont s’unir et engager des activités d’investissement citoyennes mais aussi toutes les mesures qui visent à la réduction de la production des déchets.. Toutes ces mesures d’ordres technique, technologique et social permettent de garantir la pérennisation. Il faut saluer l’engagement des autorités, au premier chef le Président de la République qui ont fait de la propreté une priorité nationale. Il faut également rendre hommage notre ministre de tutelle, Abdoulaye Diouf Sarr, qui a mis en œuvre la vision du Président de la République.  Il s’investit et mobilise ses autres collègues ministres parce qu’il faut comprendre que la gestion des déchets est plurielle. Il ne faut pas seulement compter sur l’Ucg pour consolider les acquis. Il faut qu’elle soit appuyée par les ministères sectoriels. Récemment, on avait lancé l’appel auprès des entreprises autour de «l’entreprise zéro déchet» pour que, dans le cadre de leur responsabilité sociétale, elles puissent accompagner l’Etat et les collectivités locales.
 
« Tous les secrétaires généraux des syndicats sont engagés à porter la parole pour que les techniciens de surface puissent comprendre les réformes que nous avons engagées, mais surtout pour qu’ils puissent s’engager davantage pour la propreté de Dakar »
 
A propos des syndicats, vous venez de signer avec eux, samedi dernier, un protocole d’accord. Que comptez-vous faire pour satisfaire leurs revendications dans le but de travailler en harmonie ?
Notre démarche est de les responsabiliser autour des attentes. Ils sont acteurs et membres de l’Ucg. C’est ensemble qu’on trouvera des solutions durables. Nous avons identifié ensemble les besoins  et nous nous sommes accordés sur une feuille de route consensuelle qui engage tout le monde pour satisfaire les attentes des travailleurs. Nous nous sommes engagés sur l’amélioration du cadre de travail. Tous les travailleurs ont aujourd’hui de nouvelles tenues complètes. Ce qui augure des lendemains meilleurs. Nous avons aussi engagé une campagne de consultation médicale et de vaccination car nous considérons que chaque travailleur doit avoir un dossier médical. Cela a démarré depuis une quinzaine de jours. Cela leur permettra d’avoir une carte d’identité médicale. Nous avons aussi mené une campagne d’identification, c’est-à-dire faire un bilan social grâce à une base de données bien renseignée. Cela nous a permis de mieux connaître la qualité de nos ressources humaines et de pouvoir bâtir une politique sociale. Quand on parlera de plan de carrière, ce ne sera que sur la base des capacités acquises et du profil de chacun. Il fallait privilégier la concertation à la place de la grève et des mouvements d’humeur, élaborer une feuille de route, partager ce qui nous engage tous et travailler ensemble sur les maux du secteur. Ce protocole d’accord pose les bases d’un pacte social de la stabilité du secteur. Autour de cela, nous avons regroupé l’ensemble des 6 syndicats. Et, ils sont prêts à nous appuyer dans la recherche de solutions mais surtout apporter la parole parce qu’aujourd’hui dans ces temps de réformes, il y a des mesures qui sont attendues et parfois des mesures courageuses  qui vont à l’encontre de certains acquis, de certains intérêts, il faut de la communication autour de ces réformes, de la sensibilisation et aujourd’hui, tous les secrétaires généraux des syndicats sont engagés à porter la parole pour que les techniciens de surface puissent comprendre les réformes que nous avons engagées, mais surtout pour qu’ils puissent s’engager davantage pour la propreté de Dakar, parce que c’est cela la finalité.
Qu’entendez-vous par changement de paradigme qui passe selon vous par le passage d’une gestion des déchets à une économie de déchets. Comment rendre cela effectif ?
C’est cela qui a été décliné dans le document portant stratégie de gestion intégrée et durable des déchets. On a décliné tous les domaines d’intervention qui permettent d’atteindre ces objectifs. Aujourd’hui, au delà de l’amélioration du cadre juridique, il y a la promotion des infrastructures avec de nouvelles vocations. Nous ne voulons pas avoir des infrastructures qui sont des centres coûts, mais plutôt des infrastructures qui seront des centres de profits. C’est-à-dire des infrastructures qui vont produire de la richesse, de la valeur. Auparavant, on a beaucoup parlé des centres d’enfouissement technique et maintenant dans la nouvelle stratégie, on a va mettre plutôt en place des centres intégrés de valorisation des déchets (Civd). Ce sont des infrastructures qui vont permettre d’accueillir les déchets, les trier, de récupérer la partie valorisante et de les orienter dans des filières de valorisation. Autour de ces centres, on va avoir des unités de production énergétique. On va produire des énergies à partir des déchets. Ces unités vont permettre de produire de la matière première. Ce changement va être accompagné par la capacitation des acteurs parce que c’est nécessaire. Quand on a de nouveaux métiers, quand on promeut de nouvelles façons de faire, il faut également capaciter les acteurs. Donc, il y a tout un mécanisme de renforcement de capacités, de formation, mais aussi de communication et de sensibilisation. Tout ceci va être encadré par une nouvelle forme de gouvernance. Aujourd’hui la planification à travers la loi relative à la gestion des déchets va être institutionnalisée. Chaque commune devra avoir un plan de gestion des déchets. Ce qui permettra au niveau de chaque localité d’avoir les voies et les moyens pour prendre en charge correctement le secteur, mais surtout avec un dispositif de suivi évaluation parce qu’aujourd’hui dans la stratégie, il est attendu des institutions de gestion, de produire des rapports annuels sur le secteur. C’est ce qui a été proposé et retenu dans la stratégie.
 
«..Dans les quartiers, les femmes sortent de manière spontanée deux fois par semaine pour balayer leur espace de vie commun … »
 
Y’a-t-il  une mobilisation  sociale autour de  l’Ucg ?
Les techniciens de surface se sont bien investis pour rendre la ville propre. Au-delà de ceux-ci, nous avons été beaucoup appuyés par les populations. Il y a un phénomène extraordinaire qui est en train de se consolider, c’est le regroupement des femmes dans beaucoup de quartiers. Elles sortent de manière spontanée deux fois par semaine pour balayer leur espace de vie commun. Leur participation citoyenne dans bien des quartiers est salutaire. Nous sommes en train de mettre en place des corbeilles de rue dans les différentes localités. Les populations prennent de plus en plus conscience de leurs devoirs dans cette entreprise commune.
L’Ucg intervient-il dans toutes les régions du Sénégal ?
L’Ucg a deux mécanismes d’intervention. On engage des actions spécifiques qui ne sont pas menées dans toutes les localités. Ce qu’on fait à Dakar, on ne le fait pas partout. Ici, ainsi que dans certaines capitales régionales et dans certaines villes religieuses, notre présence est meilleure. Nous avons aussi des interventions ponctuelles sur certaines localités où on vient en appui aux collectivités locales. On a aussi une intervention transversale comme les réformes. Pour preuve, sur le mécanisme de financement, nous avons lancé une étude pour mettre en place un dispositif innovant de financement du secteur. Les recommandations issues de cette étude vont profiter à tout le monde en ceci qu’elles permettront à toutes les localités de voir leurs budgets renforcés dans le cadre de la gestion des déchets.
 
 
 

Lundi 9 Mai 2016
Dakaractu




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